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France : le mouvement lycéen s’embrase, agressions et fermetures d’établissements se multiplient
Des policiers face aux manifestants sous les nuages de gaz lacrymogène, tandis que des étudiants en manifestation mènent une action de blocage près du lycée Kerichen à Brest, dans l'ouest de la France, le 2 octobre 2026. (Photo de Fred Tanneau / AFP)
Deux personnes ont été placées en garde à vue après l’agression particulièrement violente d’un policier à Belfort, tandis qu’un adolescent de 16 ans a été interpellé dans l’enquête sur un enseignant aspergé d’essence à La Ciotat. Sur fond de blocages et d’affrontements, le mouvement lycéen qui secoue la France depuis la mi-septembre prend une tournure de plus en plus tendue. Entre 400 et 500 lycées devraient encore rester totalement ou partiellement fermés lundi, selon le ministre de l’Éducation nationale.

Un lycéen brandit une pancarte en anglais ‘’ Rendons à notre école sa grandeur’’ lors d'un rassemblement organisé dans le cadre d'un mouvement de protestation national contre les conditions de vie à l'école, à Saint-Denis, au nord de Paris, le 4 octobre 2026. (Photo de Kenzo Tribouillard / AFP
Belfort : deux gardes à vue après le passage à tabac d’un policier
L’enquête avance à Belfort après l’agression d’un policier survenue vendredi aux abords du lycée Courbet. Deux personnes soupçonnées d’avoir participé aux violences ont été interpellées et placées en garde à vue, a annoncé dimanche le procureur de la République, Paul-Édouard Lallois.
Le policier agressé est le chef du service départemental du renseignement territorial du Territoire de Belfort. Né en 1967, il avait tenté d’interpeller un jeune manifestant lorsqu’il a été projeté au sol puis roué de coups.
Des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent l’agent, en civil, jeté à terre par un individu vêtu de noir, qui lui porte plusieurs coups de poing au visage. Au moins deux autres personnes interviennent ensuite et lui assènent des coups de pied.
Le parquet a ouvert une enquête pour tentative de meurtre. Dès samedi, le procureur affirmait que plusieurs personnes susceptibles de figurer parmi les principaux auteurs avaient été identifiées et se disait confiant dans la possibilité de procéder rapidement à des arrestations.
L’agression a également provoqué une vive réaction du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui a qualifié les images d’« insoutenables » et d’une « rare violence ».
Une interpellation au cœur de la polémique
Les circonstances précédant l’agression ont toutefois alimenté une controverse. Le policier venait de poursuivre un jeune homme soupçonné d’avoir participé à des jets de projectiles et à des départs de feu.
La course-poursuite s’est achevée dans un ruisseau. Certaines vidéos ont été accompagnées sur les réseaux sociaux de commentaires accusant l’agent d’avoir maintenu la tête du jeune homme sous l’eau.
Le procureur de Belfort a rejeté cette version. Selon lui, le jeune homme est entré volontairement dans le ruisseau pour tenter d’échapper au policier, avant que les deux hommes ne chutent dans l’eau.
Le jeune homme, qui avait été menotté à une main, est ensuite parvenu à s’enfuir. Selon le parquet, il figure parmi les personnes identifiées comme ayant frappé le policier. Une première interpellation, celle d’un mineur de 17 ans, n’a en revanche donné lieu à aucune poursuite, aucun élément n’ayant permis d’établir qu’il avait porté des coups.
À La Ciotat, un professeur aspergé d’essence
À plusieurs centaines de kilomètres de Belfort, une autre enquête a connu une avancée dimanche matin. Un adolescent de 16 ans a été arrêté à Marseille et placé en garde à vue dans le cadre de l’agression d’un enseignant à La Ciotat.
Le lycéen est soupçonné d’avoir aspergé d’essence puis frappé un professeur de physique-chimie de 59 ans vendredi, à proximité d’un établissement scolaire.
L’enseignant avait tenté d’intervenir lorsqu’un feu avait été allumé au pied d’un arbre. Selon son récit, un ou deux élèves avaient versé de l’essence avant que les flammes ne commencent à se propager.
Le professeur a alors essayé d’éteindre le départ d’incendie en jetant de la terre dessus. C’est à ce moment, raconte-t-il, qu’il a reçu ce qu’il décrit comme une « douche à l’essence », ressentant notamment une brûlure à l’œil.
Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un individu vêtu de noir, le visage dissimulé, projetant un liquide sur l’enseignant, qui porte immédiatement ses mains au visage.
Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour violences avec une incapacité temporaire de travail inférieure ou égale à huit jours, aggravées par trois circonstances : l’utilisation d’une arme, la dissimulation du visage et le fait que la victime soit une personne chargée d’une mission de service public.
Jusqu’à 500 lycées encore touchés lundi
Ces violences surviennent alors que le mouvement de protestation lycéen, parti le 17 septembre de la région parisienne, s’est progressivement étendu à de nombreuses villes françaises.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé dimanche qu’entre 400 et 500 lycées devraient encore connaître lundi une suspension totale ou partielle des cours.
Vendredi, un nombre comparable d’établissements avait déjà interrompu leur fonctionnement. La reprise devrait être progressive dans une partie d’entre eux.
Selon le ministre, les fermetures sont décidées lorsque les conditions de sécurité ne sont plus réunies, en raison de dégâts matériels ou parce que des membres du personnel ont été directement pris pour cible.
Depuis le début des événements, 78 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés et 24 établissements scolaires ont été incendiés ou saccagés, selon les chiffres communiqués par le gouvernement.
Édouard Geffray accuse notamment des militants d’ultra-gauche d’avoir infiltré la mobilisation et d’avoir « dépossédé les lycéens du mouvement » en se livrant à des violences.
Plus de 5 000 interpellations
La tension s’est fortement accrue jeudi et vendredi dans plusieurs villes. Vendredi seulement, plus de 1 700 personnes ont été interpellées. Depuis lundi, le total dépasse 5 000 arrestations, dont environ 85 % concernent des mineurs, selon les autorités.
Les organisateurs ont appelé à poursuivre la mobilisation mardi en l’absence de « mesures concrètes ».
Les lycéens engagés dans le mouvement réclament davantage de moyens humains et financiers pour l’Éducation nationale. Ils dénoncent notamment les enseignants non remplacés, les bâtiments dégradés, des emplois du temps jugés trop lourds, la pression liée à Parcoursup ainsi que l’interdiction des téléphones portables dans les établissements.
À sept mois de l’élection présidentielle, cette crise scolaire se déroule dans un contexte politique particulièrement tendu. Le gouvernement dénonce des « violences urbaines » et met notamment en cause La France insoumise. À gauche et parmi les défenseurs du mouvement, les critiques portent au contraire sur la réponse des forces de l’ordre et sur la manière dont les manifestations sont encadrées.
Entre revendications scolaires, violences en marge des blocages et multiplication des fermetures d’établissements, la mobilisation lycéenne entre ainsi dans une nouvelle phase, marquée par une pression croissante sur les autorités, les personnels éducatifs et les forces de l’ordre.