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Espagne : en pleine crise du logement, Sánchez retente le coup des élections anticipées
Le Premier ministre par intérim Pedro Sánchez est embrassé par la vice-Première ministre par intérim et ministre du Travail et de l'Économie sociale, Yolanda Díaz, à leur arrivée pour assister à la séance constitutive du Parlement au Congrès des députés à Madrid, le 17 août 2023. (Photo de Javier Soriano / AFP)
Après le rejet au Parlement de son train de mesures contre la crise du logement, Pedro Sánchez a choisi de provoquer des élections législatives anticipées le 29 novembre. Le chef du gouvernement socialiste espère retrouver une majorité plus large dans un pays traversé par une forte mobilisation autour des expulsions, de la flambée des loyers et de l’accès au logement, tandis que le Parti populaire entend transformer le scrutin en confrontation sur le bilan de huit années de pouvoir.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a convoqué lundi des élections anticipées pour le 29 novembre, un pari en vue de reprendre l’initiative politique et de se maintenir au pouvoir après le rejet par les députés des mesures destinées à mettre un terme à la crise du logement.
"J’ai décidé de convoquer dès ce (lundi) matin un Conseil des ministres extraordinaire afin de dissoudre les chambres et de convoquer des élections législatives qui auront lieu le dimanche 29 novembre", a déclaré Pedro Sánchez dans une allocution solennelle prononcée du palais de la Moncloa, sa résidence officielle.
"Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin (...), nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux", a ajouté ce dirigeant socialiste, qui a déjà annoncé plusieurs fois son intention de se présenter de nouveau aux législatives.
C’est la deuxième fois en un peu plus de trois ans que Pedro Sanhez tente de sauver sa primature par des élections anticipées. La dernière dissolution des Cortes Generales espagnoles avant celle annoncée aujourd’hui remonte au 29 mai 2023.
Pedro Sánchez avait alors décidé de dissoudre le Congrès des députés et le Sénat après le mauvais résultat de la gauche aux élections municipales et régionales du 28 mai. Le décret royal 400/2023, signé le 29 mai et publié le 30 mai, avait convoqué des élections législatives anticipées pour le 23 juillet 2023.
Si le premier essai de 2023 lui avait réussi, le contraignant toutefois à une alliance avec l’extrême gauche de Podemos, l’actuelle décision ouvre une nouvelle page politique risquée pour le PSOE, où les prochaines législatives étaient initialement attendues pour la mi-2027.
Les sondages d’opinion les plus récents placent le principal parti d’opposition, le Parti populaire (PP, conservateur), devant les socialistes mais le PP n’obtiendrait pas la majorité absolue et pourrait être contraint de négocier avec l’extrême droite de Vox, actuellement la troisième force politique en Espagne.
"Reconstruction nationale"
"Si huit années n'ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus ?", a réagi lundi le chef du PP Alberto Nunez Feijóo, dont le parti réclamait régulièrement la convocation d'élections anticipées, se réjouissant que les Espagnols puissent "enfin" se prononcer.
"Ce qui est en jeu aux prochaines élections n’est plus la simple alternance. C’est la nécessité impérieuse d’engager une reconstruction nationale", a-t-il ajouté.
L’annonce surprise faite par M. Sánchez, au pouvoir depuis 2018, intervient après le dur revers politique essuyé vendredi au Congrès, qui a de nouveau mis en lumière les difficultés de son gouvernement de coalition minoritaire à faire adopter ses initiatives législatives.
Affaibli depuis des mois par les affaires touchant ses proches, encore fragilisé depuis l'été par les critiques sur sa gestion de la crise migratoire de Seba, et surtout par la crise du logement, Pedro Sánchez espère pourtant paradoxalement profiter de ce dernier accroc législatif pour tenter de capitaliser sur la colère née chez les électeurs de gauche contre les partis de droite qui ont rejeté ces mesures.
L'expulsion il y a une dizaine de jours de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans contrainte de quitter le logement qu'elle occupait depuis 70 ans après son achat par un fonds souhaitant en augmenter le loyer de 275 %, a déclenché en Espagne un vaste mouvement de protestation.
"Aujourd'hui débute une campagne électorale qui va être profondément marquée par le logement, cela va être la question centrale", a réagi à la mi-journée Alicia del Rio, une porte-parole du syndicat des locataires de Madrid.
"Cette vague d’indignation est irrésistible et nous n’allons pas nous arrêter", a-t-elle poursuivi, relançant un appel à la grève générale déjà formulé au cours de manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Espagne samedi.
Sur la Puerta del Sol, la vaste place du centre ultra touristique de Madrid, des centaines de militants organisent depuis une petite dizaine de jours un campement de fortune pour faire pression en faveur de réformes après l'expulsion de Maricarmen Abascal, devenue le symbole des difficultés d'accès au logement qui frappent l'Espagne depuis des années.
"Quelque chose à dire"
Au milieu des tentes, protégées des averses tombées ces derniers jours sur la capitale espagnole par de vastes bâches bleues, Sara Prieto Aparicio, une étudiante de 19 ans, veut croire que la convocation de nouvelles élections était "ce qu'il y avait de mieux à faire".
"Il n'y a pas de majorité au Parlement" pour des mesures comme celles défendues par les manifestants, insiste la jeune femme, qui campe sur la place depuis une semaine : "Et je pense aussi que c'est la meilleure solution de poursuivre l'action avec ce camp, parce qu'il s'agit d'une grande mobilisation citoyenne et je pense que ce sera favorable pour les élections".
"Ce mouvement a clairement quelque chose à dire", renchérit Maricarmen Lopez Vila, une retraitée de 69 ans présente lundi matin pour soutenir les manifestants. "Dans toute l'Espagne il se passe la même chose, ça doit vouloir dire quelque chose, c'est contre la droite", assure-t-elle.
Le rejet des propositions du gouvernement, notamment la suspension jusqu'en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, le renouvellement automatique des contrats de location et des mesures contre les fonds dits "vautour", a indigné les défenseurs du droit au logement. (Quid avec AFP)