États-Unis : Ce que le précédent Obama dit de la victoire démocrate - Par Bilal Talidi

États-Unis : Ce que le précédent Obama dit de la victoire démocrate - Par Bilal Talidi

Le Capitole américain au lever du soleil, au lendemain des élections de mi-mandat aux États-Unis, à Washington, DC, le 4 novembre 2026. (Photo de Roberto SCHMIDT / AFP)

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L’inflation, la guerre contre l’Iran et le renouvellement des candidatures démocrates éclairent le revers républicain aux élections américaines de mi-mandat. Bilal Tellidi y voit d’abord le rejet du modèle de pouvoir incarné par Donald Trump. Il examine ce que cette victoire permet d’attendre des progressistes démocrates.

Bilal Talidi

La victoire des démocrates aux élections américaines de mi-mandat suscite de nombreuses analyses. Entre les conséquences de la politique étrangère de Donald Trump, le renouvellement du Parti démocrate et le rejet d’un modèle de gouvernance, plusieurs facteurs expliquent le recul républicain.

Le poids de la politique étrangère

Donald Trump et son vice-président J. D. Vance ont notamment invoqué l’inflation, la hausse des prix, le soutien à Israël et la guerre contre l’Iran pour expliquer la défaite républicaine.

Ces facteurs révèlent une évolution majeure : la politique étrangère pèse désormais directement sur le vote américain. La crise du détroit d’Ormuz a renchéri l’énergie, tandis que les droits de douane imposés par Trump ont accentué la hausse des prix.

Les démocrates ont, eux, bénéficié d’une mobilisation accrue des minorités, d’un renouvellement générationnel des candidatures et d’un discours centré sur les services publics, la lutte contre la corruption et la dénonciation des dépenses militaires.

La progression des courants progressistes, désormais plus influents dans la direction du parti, a également contribué à cette dynamique. À l’inverse, l’attachement des républicains à leurs élites traditionnelles et aux méthodes de Trump apparaît comme un facteur d'affaiblissement.

Pour les défenseurs de la cause palestinienne, ce scrutin traduit aussi les effets politiques durables du 7-Octobre sur les sociétés occidentales.

Deux modèles de gouvernance

Au-delà de leurs différences, ces interprétations renvoient à une opposition entre deux modèles de pouvoir. Le premier, incarné par Trump, aurait conduit les États-Unis dans une impasse politique, économique et diplomatique. Le second, porté par le renouvellement démocrate, prétend corriger ces dérives.

Cette alternance témoigne également de la capacité de la démocratie américaine à sanctionner les pratiques qui fragilisent ses institutions et à faire émerger de nouvelles forces politiques susceptibles de les revitaliser.

Le scrutin américain a mis en évidence l’échec du modèle de pouvoir incarné par Donald Trump, le trumpisme, et la nécessité d’un autre modèle. Dans celui-ci, le contenu du programme, ses objectifs et les moyens de le mettre en œuvre priment sur le charisme et le repli sur une identité d’origine, celle de l’homme blanc.

C’est à la lumière de cet échec qu’il faut lire les résultats, en tenant compte des différentes dimensions du modèle trumpiste. Son discours est populiste et son projet d’expansion américaine, impérialiste. Son caractère raciste et discriminatoire à l’égard des Noirs, des femmes, des Hispaniques, des Arabes et des musulmans, ainsi que ses dimensions anarchique et compradore, n’ont rien arrangé. Avec cette propension particulière à se placer au-dessus de la Constitution, des lois et des institutions.

Ce modèle de pouvoir a engendré les tensions internationales que l’on impute à la politique étrangère américaine. Il a aussi nourri un mécontentement général qui a poussé les électeurs à se tourner vers le nouveau courant progressiste du Parti démocrate. Ils y ont trouvé un espoir auquel se raccrocher pour se défaire d’un modèle dépassé, sans pour autant être convaincus de la capacité des progressistes à gouverner et à conduire les affaires du monde.

Les limites de la victoire démocrate

Dans leur nouvelle configuration, plus diverse, les démocrates ne parviendront pas à trancher leurs désaccords internes sur nombre de questions d’identité, de valeurs et de politique. Ils n’auront pas non plus les moyens de s’opposer aux grandes orientations des centres de pouvoir de l’administration américaine dans les domaines de la sécurité, de la défense, du renseignement et de l’économie. Le vieux débat sur la liberté du capital restera lui aussi ouvert, avec la question de la légitimité de l’usage des fonds publics au service de la société. Comment prélever de l’argent sur les entreprises américaines et les plus riches pour le redistribuer aux plus pauvres sous forme de prestations sociales, sans travail en contrepartie de la part des bénéficiaires ? C’est en ces termes que le débat sur l’assurance maladie s’était déjà posé sous Obama.

Les démocrates peuvent opposer l’aide aux plus pauvres au financement des guerres et au soutien à Israël. Au-delà du discours, ils ne pourront guère s’opposer à la doctrine des centres de pouvoir de l’administration américaine. Aux yeux de ces derniers, ce soutien relève de la défense des grands intérêts stratégiques des États-Unis. Pour les progressistes démocrates, il constitue une « contribution au génocide ».

Le précédent Obama

Gardons-nous de faire dire aux résultats de ces élections plus qu’ils ne disent, en y voyant le début d’une transformation profonde et inéluctable qui gagnera tour à tour les pays occidentaux. La situation rappelle la transition qui a suivi la présidence de George W. Bush. Arrivé à la Maison-Blanche en 2009, Barack Obama a tenu un discours fort dont de nombreux chercheurs ont étudié le vocabulaire. Son célèbre discours du Caire a notamment incarné la réconciliation avec les musulmans. La politique étrangère américaine à l’égard d’Israël est restée la même.

Les différences de discours entre l’arrivée d’Obama au pouvoir et la période actuelle restent secondaires. Elles tiennent surtout à la nécessité d’écarter un modèle de pouvoir qui a fait son temps. Pour y parvenir, les démocrates ont laissé subsister certaines contradictions dans leur discours et cherché à en tirer parti face à un adversaire tenace. La question de savoir comment ils géreront ensuite ces contradictions en leur sein est passée au second plan. Mais elle ne tardera pas à se manifester à la première épreuve.