Le veto russe ou l’arroseur arrosé -Par Hatim Betioui

Le veto russe ou l’arroseur arrosé -Par Hatim Betioui

Le Maroc a lancé son initiative d’autonomie élargie au Sahara alors que la Minurso avait épuisé les missions pour lesquelles elle avait été créée : superviser le cessez-le-feu et le processus d’identification des personnes habilitées à participer au référendum. Ce processus s’était depuis longtemps retrouvé dans une impasse et soldé par un échec.

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Le veto russe contre le projet de résolution américain sur le Sahara a suscité une brève satisfaction à Alger. Hatim Betioui revient sur les conséquences de ce blocage et explique pourquoi la fin du mandat de la Minurso représente, selon lui, une avancée pour le Maroc.

Hatim Betioui

« Que de malheurs recèlent une bénédiction » et « À quelque chose malheur est bon » : ces deux adages s’appliquent au veto russe opposé au projet de résolution américain qui visait à proroger le mandat de la Minurso jusqu’au 31 décembre 2027, à modifier son nom en supprimant la référence au référendum et à faire de la proposition d’autonomie l’unique base des négociations.

Au Conseil de sécurité, le projet américain a recueilli onze voix favorables sur quinze. Trois pays se sont abstenus : la Chine, la Somalie et le Pakistan. Mais le droit de veto exercé par la Russie a fait échouer le texte, malgré la majorité qui le soutenait.

Pour faire bonne figure, au Conseil de sécurité du 30 octobre dernier, la Russie avait présenté un contre-projet se limitant à prolonger d’un an le mandat de la Minurso, sans aucun changement. Ce texte n’a pas davantage été adopté, Washington ayant voté contre.

Une joie algérienne de courte durée

Si l’Algérie a considéré le veto russe comme une victoire diplomatique, sa joie s’est brusquement dissipée. Elle a vite découvert que ce droit de veto avait servi le Maroc à son insu. Il est rapidement apparu que le veto avait fait tomber un projet de résolution, sans remettre en cause le processus, le cadre de référence ni le soutien international que le Maroc avait accumulé grâce à la dynamique de l’autonomie sous sa souveraineté.

L’Algérie s’est réjouie et a savouré l’instant, sans voir que le veto russe était une arme à double tranchant. Outre le rejet du projet américain, il a empêché la prolongation de la mission de la Minurso au Sahara marocain, mettant ainsi fin à la présence onusienne sur place. Une présence à laquelle Alger s’accrochait de toutes ses forces, parce qu’elle incarnait sa volonté d’organiser au Sahara un référendum d’autodétermination conforme à sa propre vision.

Le Maroc, averti du veto russe, a promptement compris l’usage qu’il pouvait en faire. Dans lecommuniqué du Cabinet royal publié à l’issue du vote. Le rejet de sa résolution actait la non-prorogation du mandat de la Minurso. Celle-ci constituait une évolution importante et une étape hautement significative vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain au sein des Nations unies.

Le communiqué précisait : « La non-prorogation de la mission de la Minurso signifie clairement que la présence de cette mission dans les provinces du Sud du Royaume, notamment par ses personnels, ses véhicules, ses équipements et ses symboles, doit prendre fin dans les prochains jours. »

Tourner la page de la Minurso

Pour le Maroc, le résultat est donc, selon ce même communiqué, de tourner la page d’une présence de la Minurso qui aura duré trente-cinq ans. L’un des effets positifs du veto russe est d’avoir mis fin à une Minurso héritée d’un contexte révolu, celui de la guerre froide. Pendant longtemps, cette mission a constitué un instrument d’internationalisation du différend régional relatif à la récupération légitime, par le Royaume du Maroc, de ses provinces sahariennes.

L’arroseur s’est retrouvé arrosé : la non-prorogation du mandat de la Minurso met fin à la saisine du Conseil de sécurité sur le différend du Sahara. Ce dossier doit donc être retiré de son ordre du jour.

Rabat estime qu’il n’existe plus aucune justification à la tenue des réunions ordinaires périodiques du Conseil consacrées au Sahara marocain, ni aux rapports du secrétaire général des Nations unies sur ce sujet, ni aux exposés de son envoyé personnel. 

Face à cette nouvelle donne, le gouvernement algérien n’a trouvé d’autre commentaire que d’exprimer son « profond regret » devant le non-renouvellement du mandat de la Minurso. Il a réaffirmé son attachement à une « solution politique juste, durable et mutuellement acceptable », garantissant l’exercice du droit à l’autodétermination conformément aux principes et aux buts de la Charte des Nations unies.

L’Algérie semblait ainsi faire du surplace, autiste à l’évolution du dossier du Sahara, encore et toujours arcboutée sur le temps révolu de la guerre froide.

Des relations ponctuées de tensions

Pour le Maroc, la non-prorogation du mandat de la Minurso est un cadeau du ciel. Les relations de cette mission avec les autorités marocaines n’ont, en effet, pas toujours été au beau fixe.

Je me souviens, à cet égard, de l’entretien téléphonique du samedi 12 avril 2014 entre le roi Mohammed VI et Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations unies. Le souverain lui avait parlé avec une telle franchise qu’il avait laissé entrevoir la possibilité de mettre fin aux activités de la Minurso sur le territoire marocain si certaines dérives menaçant le processus politique et les négociations destinées à résoudre le différend du Sahara n’étaient pas corrigées.

Le Maroc a lancé son initiative d’autonomie élargie au Sahara alors que la Minurso avait épuisé les missions pour lesquelles elle avait été créée : superviser le cessez-le-feu et le processus d’identification des personnes habilitées à participer au référendum. Ce processus s’était depuis longtemps retrouvé dans une impasse et soldé par un échec.

Des mises en garde contre les dérives et les risques liés à l’action de la Minurso avaient également été formulées lors d’un précédent entretien téléphonique et des correspondances entre le roi Mohammed VI et Ban Ki-moon, le 12 août 2012.

Les relations entre Rabat et la mission onusienne ont ainsi connu des hauts et des bas, avant d’aboutir à la situation actuelle qui, entre une joie aussi brève que fugace à Alger et le soulagement à Rabat, s’ouvre sur une nouvelle page.

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