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Sahara : les options du Maroc après la MINURSO – Par Bilal Talidi
La fin de la MINURSO soulève trois questions : ouvre-t-elle la voie à la guerre ? Le Conseil de sécurité peut-il reprendre la main ? Le règlement passera-t-il désormais par des négociations bilatérales ou régionales ?
Le double veto russe puis américain du 30 octobre au Conseil de sécurité a mis fin à la mission de la MINURSO. Bilal Talidi prospecte les potentiels scénarios pour le Sahara que la nouvelle donne ouvre, alors que le Maroc entend maintenir son offre d’autonomie au centre du règlement.

Bilal Talidi
Un gain stratégique pour Rabat
Le Maroc a obtenu ce que l’Algérie présentait depuis longtemps comme l’objectif prioritaire de Rabat : la fin de la MINURSO, sans perdre le maintien de sa proposition d’autonomie comme cadre exclusif de négociation. Alger, en revanche, n’a rien gagné au rejet du projet américain. Son euphorie initiale a laissé place au constat d’une perte stratégique majeure.
Publié moins d’une heure après le veto américain au projet russe, le communiqué du Cabinet royal a présenté cette rupture comme l’occasion de passer de la gestion du conflit à son règlement. Le ministère algérien des Affaires étrangères a, lui, exprimé ses regrets, mesurant les conséquences de la disparition du fondement juridique de la présence de la mission.
Après la résolution 2797, la dynamique internationale favorable au Maroc avait débouché sur un projet américain posant les bases procédurales d’un règlement définitif. Ce texte n’a pas été adopté, mais l’Algérie a perdu un soutien essentiel à l’option référendaire. À vouloir préserver le « R » de MINURSO, elle a vu disparaître la mission elle-même. Son communiqué a même réaffirmé la valeur de référence de la résolution 2797, auparavant jugée favorable à Rabat.
Une escalade militaire peu probable
La fin de la MINURSO soulève trois questions : ouvre-t-elle la voie à la guerre ? Le Conseil de sécurité peut-il reprendre la main ? Le règlement passera-t-il désormais par des négociations bilatérales ou régionales ?
Le secrétaire général de l’ONU a exprimé, par son porte-parole, ses inquiétudes sécuritaires. Pourtant, ni Rabat ni Alger n’ont évoqué d’escalade. Trois éléments rendent cette perspective peu probable.
Le Maroc a réaffirmé son attachement au cessez-le-feu. L’Algérie connaît, ensuite, le coût d’un encouragement du Polisario à reprendre les armes : avant sa modification, le projet américain menaçait de sanctions toute partie entravant le processus politique ou refusant les négociations.
Enfin, des sénateurs américains soutiennent une initiative visant à classer le Polisario comme organisation terroriste. L’Algérie, qui l’accueille et le soutient, s’exposerait alors à des sanctions. Cette menace impose à Alger de peser soigneusement ses décisions.
Une mission politique sous conditions
Les déclarations du secrétaire général, relayées par Stéphane Dujarric, montrent que l’ONU entend poursuivre son engagement et rechercher de nouveaux compromis. Lors de sa séance du 10 novembre, l’assemblée générale de l’ONU pourrait découcher sur un comité chargé de dégager une position consensuelle.
Mais le communiqué royal fixe une limite : pour Rabat, le temps de la gestion du conflit est révolu. Le Maroc n’acceptera rien en deçà de l’ambition du projet américain, ni le retour à des formulations ambiguës entretenant l’impasse.
La formule acceptable serait une mission onusienne politique, exclusivement chargée d’accompagner les négociations sur la proposition marocaine d’autonomie.
Alger face à la négociation directe
Des négociations entre le Maroc et l’Algérie constitueraient la solution idéale. Rabat les réclame depuis longtemps ; Alger les refuse. Les bouleversements régionaux pourraient toutefois modifier ce calcul si les autorités algériennes jugeaient ce dialogue nécessaire à leur sécurité ou à leur stabilité intérieure.
Les risques se multiplient aux frontières avec la Libye, le Niger et le Mali. L’approbation, par les deux chambres du Parlement algérien, de l’envoi d’unités militaires au Niger, sur le fondement de l’article 91 de la Constitution, illustre ces évolutions.
L’enlisement ne servirait pas le Maroc. Il transformerait néanmoins le Polisario en problème algérien, voire en menace politique et sécuritaire. Sans perspective de règlement, Alger aurait davantage de difficultés à convaincre les réfugiés de Tindouf, tandis que se poursuit le développement des provinces du Sud sous souveraineté marocaine.
La Quatrième Commission, une autre voie
Le retrait du dossier du Sahara de la Quatrième Commission représente une option possible et plus facile à concrétiser, selon Nasser Bourita. Ni cette commission ni l’Assemblée générale ne connaissent de droit de veto : une majorité suffit.
Le Maroc a réuni sans difficulté une majorité au Conseil de sécurité lors des séances des 31 octobre 2025 et 30 octobre 2026.
Cette voie pourrait réduire l’internationalisation du différend. Elle nécessiterait cependant une initiative de négociation fondée sur l’autonomie et soutenue internationalement, qu’elle soit bilatérale, conduite par médiation ou portée par une organisation régionale. La dimension internationale resterait donc incontournable.
Deux options à préparer
Deux scénarios méritent une attention égale. Le premier consiste à renforcer la mobilisation nationale et l’efficacité diplomatique, en attendant l’occasion stratégique qui conduirait l’Algérie à négocier directement.
Le Polisario deviendrait alors un problème intérieur algérien. Parallèlement, le Maroc et ses partenaires continueraient de défendre les décisions onusiennes préconisant des solutions durables pour les personnes retenues à Tindouf : rentrer au Maroc, s’établir en Algérie ou rejoindre un pays tiers.
Le second scénario consiste à donner davantage de portée stratégique au soutien international à l’autonomie, avec patience et en maintenant le choix de la voie pacifique.
Rabat pourrait également tirer parti d’éventuelles erreurs de ses adversaires, notamment militaires, pour reproduire le modèle de son intervention à El Guerguerat en novembre 2022. L’objectif dépasserait alors la sécurisation du commerce international : il s’agirait d’imposer une nouvelle réalité dans la zone tampon, avec l’appui des pays soutenant la proposition marocaine d’autonomie.