Sahara : le veto russe, en bloquant, ouvre une nouvelle voie - Talaa Saoud Al Atlassi

Sahara : le veto russe, en bloquant, ouvre une nouvelle voie - Talaa Saoud Al Atlassi

Le 6 novembre 1975, la Marche verte fut l’un de ces moments rares dans l’histoire des peuples où l’émotion se mêle à la politique, l’anecdotique au mélodramatique, la peur au courage et l’élan populaire au calcul stratégique, composant une épopée humaine dont le récit, porté par la mémoire collective, se transmettra de génération en génération.

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À la veille de l’anniversaire de la Marche verte, Talaa Saoud Al Atlassi analyse les conséquences du veto russe au Conseil de sécurité. Il y voit une opportunité de relancer le règlement du dossier du Sahara sur de nouvelles bases, autour de l’autonomie et de la continuité de la stratégie royale.

Talaa Saoud Al Atlassi

Le 6 novembre 1975, la Marche verte engageait la réintégration des provinces sahariennes à leur patrie d’origine, après une longue colonisation espagnole. Plus d’un demi-siècle plus tard, le Maroc poursuit la consolidation de la légitimité internationale de cette récupération.

Le 30 octobre dernier, la Russie a offert au dossier une « remise à zéro » : son veto a bloqué le projet américain, tandis que sa propre proposition ne recueillait que trois voix sur les neuf nécessaires. À rebours des intentions russes et des espérances algériennes, ce double blocage a supprimé le fondement juridique du maintien de la Minurso et des objectifs qui lui ont été assignés en 1991, par ailleurs depuis longtemps dépassés.

Un veto intégré au calcul marocain

Publié quasi instantanément avec la réunion du Conseil, le communiqué du Cabinet royal a surpris par sa rapidité. Sa teneur tacite disait qu’il avait été intégré à ‘’l’algorithme’’ marocain de getsion des crises et pouvait se résumer par cet adage : « Je ne l’ai pas ordonné, mais je n’en ai pas été mécontent. » C’est une « remise à zéro du compteur.

Lors de la réunion du 4 novembre 2026, Mohammed VI s’est attaché à organiser le départ de la Minurso, demandant aux autorités de le faciliter. Il a renouvelé l’engagement volontaire du Maroc à respecter le cessez-le-feu, tout en réaffirmant sa fermeté dans la défense de l’unité nationale et de la sécurité des Marocains.

Nasser Bourita l’a confirmé : Moscou avait informé Rabat de son intention. La stratégie royale avait donc intégré ce veto sans juger nécessaire d’en négocier l’abandon contre des avantages stratégiques, commerciaux ou économiques.

Le projet américain, s’il avait été adopté, aurait partiellement ouvert une voie nouvelle en permettant d’engager l’autonomie, accompagnée d’une mission onusienne dotée d’un nouveau mandat. Le veto russe a ouvert plus largement ce passage. Pourquoi Rabat aurait-il chercher à l’empêcher, dès lors que ses conséquences servaient la cause nationale ?

Préserver les liens avec Moscou

Ni le Cabinet royal ni le ministre des Affaires étrangères n’ont reproché sa décision à la Russie. Ce pragmatisme a préservé une relation nourrie de plus de soixante-dix années d’échanges, contre vents et marées de la guerre froide et des crises internationales.

Respect mutuel, intérêts réciproques et liberté des choix stratégiques en constituent les ressorts. La Russie ne reconnaît pas la « république du Polisario » et n’autorise aucune activité du Front dans ses milieux politiques et sociaux.

Pour le Maroc, l’essentiel reste de rechercher une solution pacifique sur des bases nouvelles, différentes de celles auxquelles la résolution 2797 a mis fin. La Minurso emporte les justifications de sa présence, érodées par l’entretien d’une illusion séparatiste.  James Baker, prenant acte d’une série de constats onusiens, avait été le premier à affirmer haut et fort l’impossibilité du référendum d’autodétermination.

L’autonomie face à la diversité sahraouie

Au sein du Polisario, des historiques du front ont compris qu’ils servaient, depuis deux générations, de « sous-traitant » au ressentiment algériens envers le Maroc et aux intérêts égocentrés d’Alger. Les dirigeants restés fidèles à ce conflit artificiel érigé en dogme s’accrochent aux avantages qu’elle leur procure.

Soutenu par onze membres du Conseil de sécurité, dont le vote conserve sa portée politique, le projet américain retenait cette donne dans sa perspective et prévoyait un dialogue du médiateur onusien avec les expressions sahraouies extérieures au Polisario : « Sahraouis pour la paix », « Khat Achahid » et, au premier chef, les Marocains sahraouis attachés à leur patrie.

Cette ouverture se poursuivra dans le processus de mise en œuvre de l’autonomie. Elle isolera davantage un Front enfermé dans son illusion séparatiste. Sa prétention à représenter seul le « peuple sahraoui » s’est dissipée, emportant l’affirmation trompeuse d’un peuple distinct.

La proposition marocaine, qui a convaincu plus des deux tiers des membres des Nations unies, devient ainsi le socle de la nouvelle voie de règlement.

La force d’une continuité nationale

La Marche verte a apporté une réponse pacifique et décisive à un droit national. Elle a aussi empêché la création d’un micro-État séparatiste que préparaient des éléments de l’armée franquiste pour perpétuer leurs ambitions coloniales.

Houari Boumediene voulait en faire « un caillou dans la chaussure du Maroc ». Il a légué à ses successeurs une obsession maladive et un fardeau pour la gestion de leur pays.

La solution marocaine a résisté aux crises grâce à la sagesse et à la patience de Hassan II, puis de Mohammed VI. Un consensus national vivant l’a inscrite dans le développement, les réformes et la modernisation du Royaume.

La cohésion entre l’État et le peuple soutient aujourd’hui sa concrétisation. Elle embrasse toutes les régions, dont les provinces sahariennes, autour d’une même finalité : consacrer définitivement leur marocanité et l’unité de leurs habitants, dans leur diversité, entre eux et avec leur patrie.

Le témoignage de Mohamed Bahi

Le 4 novembre au matin, mon ami Abbas Bouderka, compagnon du fqih Mohamed Basri et d’Abderrahmane El Youssoufi, acteur majeur de l’Instance équité et réconciliation, m’a adressé un texte de juillet 1957. Son auteur, notre regretté ami Bahi Mohamed Horma Chinguetti, a laissé une œuvre singulière dans la presse arabe.

Exilé en Algérie au milieu des années 1970, Mohamed Bahi avait refusé l’offre directe de Boumediene de diriger la « république sahraouie ». Après ce refus dicté par son patriotisme marocain, il avait quitté l’Algérie pour l’exil parisien.

Son texte résume le continuum marocain dans ce dossier comme dans tout ce qui touche aux fondements de la Nation et conserve toute sa force :

« […] Ce Maroc a constitué, depuis les temps préhistoriques, un seul ensemble, avec son Sahara, son Atlas, son Rif, ses villes et ses villages. Cet ensemble ancien et bien réel surmontait les multiples bouleversements de l’histoire par son union et sa solidarité.

« Cette unité ethnographique originelle s’est enracinée, développée, épanouie et cristallisée ; ses liens, ses attaches et ses éléments constitutifs se sont renforcés et consolidés avec l’adoption de l’islam par le Maghreb et le choix de l’arabe comme langue de l’administration, des échanges, de l’expression et de l’écriture ; en un mot, comme langue officielle et nationale.

« Les souverains du Maroc qui se sont succédé jusqu’à ce jour à la tête du califat ont défendu les frontières naturelles et historiques du pays. Toute démarche ou tout projet visant à morceler le Maroc ou à défaire cette unité ne relève que de l’absurdité et de la confusion, d’une poursuite des rêves, des illusions et des chimères. »

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