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Souveraineté et coopération Messages de Mohammed VI au voisin espagnol (2/2) – Par Mohamed Benabdelkader
De G à D: Felipe VI, roi d’Espagne, Pedro Sánchez, Premier ministre, Santiago Abascal (extrême droite Vox) et Alberto Núñez Feijóo (PP, opposition de droite). « Face aux déclarations irresponsables de certains milieux politiques et médiatiques et à leur instrumentalisation flagrante de la situation, Nous affirmons que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage.» (Mohammed VI)
Dans cette seconde partie de son analyse du discours de Mohammed VI sur les relations avec l’Espagne, l’analyste et ancien ministre Mohamed Benabdelkader examine la portée stratégique du message royal et sa réception dans les médias espagnols. Entre affirmation de la souveraineté, remise en question du modèle de coopération migratoire et proposition d’un partenariat renouvelé fondé sur le codéveloppement, la compétitivité et la stabilité régionale, il met en lumière le décalage entre le contenu du discours et son traitement médiatique. L’analyse des titres et accroches des médias espagnols met en évidence un décalage entre le message royal, qui associe fermeté sur les principes et ouverture à un partenariat renouvelé, et sa réception dans la presse espagnole, largement dominée par une lecture conflictuelle des relations entre Rabat et Madrid. »

Mohamed Benabdelkader
La lecture lexicale et rhétorique du discours Royal nous a permis, dans la première partie de cette chronique, de mettre en évidence une position politique articulée par le Roi Mohammed VI autour de trois niveaux complémentaires. En premier lieu, il construit une image du Maroc comme partenaire responsable et fiable, et utilise cette image pour fonder une exigence de réciprocité. En deuxième lieu, il remet en question le modèle actuel de coopération migratoire et critique certaines positions politiques et médiatiques espagnoles, tout en présentant la souveraineté comme le principe qui doit régir la participation marocaine à cette coopération. En troisième lieu, le discours ouvre une perspective de redéfinition stratégique des relations bilatérales, articulée autour du codéveloppement, de la compétitivité économique et de la stabilité régionale, dont la portée politique et diplomatique sera ci-dessous examinée avant d’aborder, dans cette seconde partie, la réception et l’interprétation de la parole Royale dans les médias espagnols.
Lire aussi : Souveraineté et coopération : Messages de Mohammed VI au voisin espagnol (1/2) – Par Mohamed Benabdelkader
Une nouvelle vision stratégique
Le discours prononcé par Sa Majesté le Roi devant les représentants de la nation, passe dans son approche de la relation avec le voisin espagnol, du langage de la confrontation et de l’avertissement au langage de la proposition et de la formulation constructive, en annonçant une nouvelle vision stratégique : « Le Maroc présentera à ses partenaires un document dans lequel sera exposée une vision stratégique, claire et pratique, porteuse d’une orientation nouvelle visant à promouvoir le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale». Ce passage empêche d’interpréter le discours exclusivement comme une protestation contre l’Espagne. La critique débouche sur une proposition de redéfinition de la relation.
L’annonce d’un document sur la nouvelle vision stratégique introduit un élément de concrétisation. Le Monarque ne se limite pas à exprimer une aspiration générale, il annonce que le Maroc présentera une formulation stratégique à ses partenaires, tout en précisant qu’elle sera « claire et pratique ». La combinaison de ces deux adjectifs renforce l’idée que la nouvelle orientation devra réunir deux qualités : la clarté des objectifs et la capacité d’application. Le mot « stratégique » élargit l’horizon temporel. La relation avec l’Espagne ne devrait pas rester enfermée dans la gestion de chaque épisode migratoire, mais s’intégrer dans une conception plus large des intérêts partagés.
La sélection de ces trois concepts (Co-développement, Compétitivité, Stabilité) est également significative.
- Co-développement : introduit l’idée que les bénéfices de la coopération doivent être construits conjointement.
- Compétitivité économique : situe la relation sur le terrain de la création d’opportunités, de l’activité productive et de la capacité économique.
- Stabilité régionale : élargit le cadre au-delà de la frontière hispano-marocaine et incorpore une dimension géopolitique.
La séquence permet d’imaginer une relation dans laquelle la gestion migratoire ne disparaît pas, mais cesse de constituer le seul axe visible de la coopération. La proposition pointe ainsi vers un partenariat multidimensionnel. Au lieu de se limiter à contrôler les effets des mouvements migratoires, les deux pays pourraient situer leurs relations dans un cadre plus large de développement économique et de stabilité régionale.
Quatrième message à Madrid : le Maroc ne se limite pas à réclamer un changement d’attitude. Il annonce son intention de proposer une nouvelle orientation stratégique. La question ne porte plus seulement sur la manière de gérer les crises, mais sur le modèle de relation bilatérale que l’on souhaite construire.
Fermeté dans les principes, ouverture dans l’horizon
Si l’on observe les choix lexicaux mobilisés dans le discours Royal, une structure rhétorique cohérente apparaît.
1.Légitimer « Partenaire responsable et fiable » : le Maroc présente ses engagements tenus comme fondement de son exigence de réciprocité.
2.Diagnostiquer « Modèle dépassé », « crises récurrentes » : la critique s’adresse à la structure de la coopération, et non à l’existence même des relations avec l’Espagne.
3.Délimiter « Option souveraine », « engagement volontaire » : le Souverain établit le principe selon lequel la coopération ne peut être imposée par la contrainte.
4.Proposer « Nouvelle orientation », « codéveloppement », « Compétitivité », « stabilité régionale ».
L’avertissement débouche sur une proposition de redéfinition stratégique du partenariat. Cette séquence permet d’identifier une combinaison de deux registres. Le premier est un registre de fermeté : le Roi Mohammed VI remet en question certaines déclarations politiques et médiatiques, considère le modèle migratoire comme dépassé et refuse que la coopération soit soumise à la pression. Le second est un registre d’ouverture : SM reconnaît les avancées bilatérales, maintient la référence à l’Espagne comme pays voisin et annonce une proposition orientée vers le développement partagé. Cette combinaison évite deux extrêmes. Le discours ne présente pas la coopération comme une relation inconditionnelle, mais n’annonce pas non plus une rupture. Le partenariat reste désirable, bien qu’il doive se développer sous des conditions que le Maroc estime compatibles avec sa souveraineté. L’idée fondamentale n’est pas que le Maroc rejette la coopération avec l’Espagne, mais qu’il rejette que la coopération migratoire se transforme en une obligation unilatérale déliée de la souveraineté et de l’ensemble de la relation bilatérale.
Le discours contient donc un avertissement et une proposition. L’avertissement délimite le cadre de ce que le Maroc déclare ne pas être disposé à accepter, la proposition, en revanche, ouvre la possibilité de reconfigurer le partenariat bilatéral sur des bases plus larges. Or, comment ces deux dimensions - l’avertissement et la proposition - ont-elles été perçues par les médias espagnols ? Quels aspects du message Royal ont reçu le plus d’attention, lesquels ont été relégués, et à travers quels cadres interprétatifs ont-ils été transmis au débat public en Espagne ?
Répondre à ces questions permet d’examiner non seulement ce qui a été retenu et dit sur le discours du Monarque marocain, mais aussi comment sa signification politique et diplomatique a été sélectionnée, interprétée et reconstruite par les médias espagnols. Il ne s’agit pas, en l’occurrence, de développer une analyse exhaustive d’un corpus large et représentatif de ces médias, une approche qui, sans aucun doute, serait d’un grand intérêt pour approfondir les logiques de production de l’information, les différences éditoriales et les cadres interprétatifs qui interviennent dans la couverture médiatique des relations hispano-marocaines. On opte plutôt pour une approche plus circonscrite, mais non moins pertinente : l’analyse focalisée sur les titres et les chapeaux de la presse espagnole.
Ce que transmettent les titres et les chapeaux
Ce choix répond à une considération fondamentale, par leur position stratégique au sein du récit journalistique, les titres et les chapeaux constituent des espaces privilégiés pour observer comment les médias sélectionnent, hiérarchisent et condensent les aspects qu’ils considèrent les plus pertinents d’un événement ou d’un discours politique. Leur analyse nous permettra d’identifier quels éléments de l’intervention Royale sont mis en avant, lesquels sont relégués ou omis, et quelles clés interprétatives sont proposées au lecteur dès le premier contact avec l’information. L’objectif n’est donc pas de reconstruire la totalité de la couverture médiatique, mais d’examiner comment le discours du Monarque est initialement présenté, quelles dimensions de son message acquièrent de la visibilité et quelle lecture de sa portée politique et diplomatique est favorisée dans l’espace informatif espagnol.
D’où l’intérêt particulier d’analyser les titres et les chapeaux, qui ne se contentent pas d’annoncer le contenu d’un article, mais en orientent également la lecture à travers les messages qu’ils véhiculent, les aspects qu’ils choisissent de mettre en avant, les éléments qu’ils relèguent, ainsi que la manière dont ils condensent et organisent le sens de l’information. Dans le cas du discours du Roi Mohammed VI sur les relations avec l’Espagne, cet examen permet d’identifier quelles dimensions de l’intervention Royale ont été mises en avant par les médias espagnols, lesquelles sont restées au second plan et quelles clés de lecture ont été offertes au public pour interpréter sa portée politique et diplomatique.
La couverture publiée le 9 octobre et les jours suivants permet d’identifier, en premier lieu, une tendance significative qui a traité le discours principalement comme un avis ou un avertissement ferme à l’Espagne, centré sur les limites de la coopération migratoire et le rejet explicite du modèle de relation appliqué au Maroc. Plusieurs médias espagnols ont accordé dans leurs titres une importance particulière aux aspects les plus critiques du discours Royal, privilégiant une lecture de caractère confrontatif, structurée sur des termes d’avis et d’avertissement. Ainsi l’illustre La Razón, dont le titre « Mohamed VI lance une mise en garde à l’Espagne et demande le retour des mineurs arrivés après la crise migratoire », ou laSexta
« Mohamed VI lance un avertissement à l’Espagne », ou bien Antena3 « Le Roi Mohamed VI avertit que le Maroc n’acceptera pas de “chantages” dans la relation », présentant ainsi les propos du Souverain sous l’angle de l’avertissement et de l’exigence.
D’autres médias, pour leur part, ont choisi de mettre en avant dans leurs titres des termes extraits du propre discours Royal tels que « instrumentalisation », « chantage », « pression », « menace», « irresponsabilité », comme l’a annoncé l’agence EFE quelques instants après le discours : « Le roi Mohamed VI critique l’“irresponsabilité” des politiques en Espagne et rejette les “pressions” », renforçant ainsi la dimension conflictuelle de l’intervention et situant les relations hispano-marocaines sous le prisme de la tension et de la confrontation. En revanche, la proposition d’une nouvelle orientation stratégique pour les relations bilatérales est restée, de manière générale, reléguée au second plan, subordonnée à la dimension de confrontation attribuée à l’intervention du Monarque. Cette tendance s’observe dans les informations diffusées par RTVE, El País, Cadena SER et Europa Press.
Interprétation conflictuelle du message Royal
La plupart des titres offrent une première clé de lecture du discours Royal, dans laquelle sa signification se condense, en grande partie, dans le rejet, la dénonciation et l’avertissement, tandis que la dimension propositive du discours et la perspective d’une nouvelle orientation de la coopération bilatérale reçoivent une attention plus limitée. Cette tendance se manifeste tant dans la sélection de termes à connotation conflictuelle que dans la réitération de la négation, exprimée par l’adverbe « ne » / « pas » ou « jamais » et des formules équivalentes, qui apparaissent dans plusieurs titres pour souligner les limites que le Maroc déclare ne pas être disposé à franchir. La couverture du discours Royal a été immédiate et large dans divers médias généralistes et d’opinion. Cependant, malgré la diversité des lignes éditoriales, les titres ont tendu à converger vers un même axe interprétatif centré sur le rejet des pressions, la dénonciation du chantage et le diagnostic d’un modèle de coopération considéré comme
« obsolète» ou « dépassé », comme le montrent les exemples suivants :
- The Objective : « Mohamed VI annonce qu’il n’acceptera aucune “pression, menace ou chantage” de l’Espagne ».
- El Español : « Mohamed VI déclare que la coopération migratoire avec l’Espagne a atteint sa “limite” et ne négociera pas sous “chantage” ».
- Diario de Navarra / Europa Press : « Mohamed VI s’en prend à l’“instrumentalisation” de Ceuta et avertit qu’il n’y a pas de place pour des “chantages” dans la relation ».
- RTVE : « Mohamed VI dénonce l’“instrumentalisation” en Espagne de la crise de Ceuta et avertit qu’il n’acceptera pas de “chantages” ».
- laSexta : « Le message du Roi du Maroc à l’Espagne : “Le partenariat ne sera jamais objet de pression, menace ou chantage” ».
- Libertad Digital (ton plus accusatoire) : « Mohamed VI accuse l’Espagne d’utiliser l’invasion et exige que le Maroc ne soit soumis à “aucune pression” ».
La lecture dominante a donc été celle d’un message de limites et d’avertissement adressé à Madrid (et à une partie de la classe politique et médiatique espagnole). On a souligné le diagnostic critique du modèle migratoire actuel, la défense de la souveraineté de l’association non négociable sous pression, mais aussi le lien avec la crise de Sebta et la visite des Rois d’Espagne.
Déplacer l’attention du message vers la figure de l’émetteur
Dans plusieurs médias, l’état physique du Souverain (l’usage d’une béquille ou d’une canne, le ton fatigué de sa voix…) a acquis une visibilité considérable, au point d’occuper une place de choix dans certains titres et chapeaux. Les références à ces aspects se sont accompagnées, parfois, d’adjectifs et de descriptions tels que « usé », « affaibli », « s’étouffant en lisant », « marchant avec difficulté », qui mettaient l’accent sur la fragilité physique de la personne du Roi, cherchant à projeter une image visant à lier cette condition physique à un prétendu affaiblissement du leadership politique.
Cette dimension n’a cependant pas reçu le même traitement dans tous les médias : tandis que les agences de presse et RTVE ont maintenu, en général, un ton plus sobre, laSexta, The Objective et El Español ont accordé une plus grande importance aux conditions physiques du Souverain. Le résultat est une couverture qui transcende le contenu strictement politique et diplomatique du discours, pour incorporer un récit parallèle sur la condition physique de celui qui le prononce. Un récit qui, en déplaçant partiellement l’attention du message vers la figure de l’émetteur, prétend influencer la perception de son autorité, de sa capacité de leadership et, en définitive, du message Royal lui-même.
Globalement, des médias comme El País, Cadena SER, EFE et Europa Press ont centré leur couverture sur le rejet des pressions et la révision du modèle de coopération migratoire. Loin d’interpréter le discours comme un geste d’ouverture ou comme une réaffirmation sereine de la continuité bilatérale, ils l’ont présenté principalement comme une expression de la fermeté de Rabat dans un contexte marqué par les tensions dérivées de la crise de Sebta et par la visite des Rois d’Espagne dans les villes de Sebta et Melilla.
Dans les médias d’orientation plus proche de la droite, cependant, cette lecture a pris un ton plus accusatoire, en présentant l’intervention de Mohammed VI comme une imputation directe à l’Espagne et, surtout, comme un refus du Monarque d’assumer des responsabilités pour les événements. Ainsi l’illustre Libertad Digital, dont le chapeau de l’information publiée le 9 octobre synthétisait cette interprétation avec une formulation particulièrement explicite : « Le roi du Maroc hausse le ton et refuse de rendre des comptes pour la crise déclenchée par l’invasion de Ceuta ». Cette formulation constitue un exemple significatif de cadrage médiatique accusatoire. Par la combinaison des expressions « hausse le ton » et « refuse de rendre des comptes », le média ne se limite pas à informer sur le contenu du discours Royal, mais propose une interprétation qui articule trois idées : l’escalade de la confrontation bilatérale, le refus du Monarque d’assumer des responsabilités et l’attribution au Maroc de la responsabilité du déclenchement de la crise. Le discours se trouve ainsi déplacé du terrain de la redéfinition des conditions de coopération vers celui de l’imputation de prétendues responsabilités politiques.
En parallèle, et souvent dans les mêmes articles, est transmise l’image d’un monarque qui conserve le contrôle politique, au moyen de verbes de confrontation ou de démarcation tels qu’avertit, dénonce, lance un avis, s’en prend à, rejette, remet en question, critique. Le résultat est la projection d’une figure du Roi dont la condition physique, loin de l’empêcher de marquer le terrain et de fixer les termes du message politique, contraste avec la fermeté de son intervention. À seulement trois jours de la visite de Felipe VI à Sebta et Melilla, Mohammed VI établit le paradigme à partir duquel le Maroc conçoit la relation bilatérale, délimite la marge de ce qu’il est disposé à accepter et réaffirme les principes sur lesquels, à son jugement, doit reposer la coopération avec l’Espagne.
Cadrage médiatique de confrontation
En définitive, l’analyse des titres et des chapeaux de la presse espagnole révèle que le processus de médiatisation ne s’est pas limité à transmettre le contenu du discours de Mohammed VI, mais est intervenu activement dans la construction de sa signification politique et diplomatique. La couverture a privilégié, en grande partie, un cadrage de confrontation, articulé autour du rejet des pressions, des avertissements adressés à l’Espagne et de la dénonciation de l’instrumentalisation de la question migratoire. Dans ce cadre, des termes comme « chantage», « menace » et « invasion », ainsi que des formules comme « refuse de rendre des comptes », ont contribué à présenter Le discours Royal comme une réaffirmation de positions fermes de Rabat face à Madrid. D’autres médias, par une contextualisation plus large de la crise de Sebta et des antécédents de la relation bilatérale, ont offert des éléments permettant de situer le discours dans une séquence d’événements politiques et diplomatiques, bien que cette contextualisation n’ait pas atténué la prédominance du cadrage conflictuel dans l’interprétation du message Royal.
La dimension propositive du discours - la possibilité de dépasser un modèle de coopération considéré comme obsolète et d’avancer vers un partenariat assis sur des bases renouvelées - a reçu, en revanche, une attention moins constante. Bien que certains titres aient fait allusion à la révision du modèle migratoire et à une nouvelle orientation des relations bilatérales, cette perspective a tendu à rester subordonnée à l’interprétation réactive et polémique de l’intervention. La question centrale n’est donc pas que les médias espagnols aient complètement ignoré le contenu stratégique du message Royal, mais que sa visibilité soit restée conditionnée par la sélection et la hiérarchisation des éléments les plus conflictuels. Le rejet a acquis plus de relief que la proposition, l’avertissement, plus que l’ouverture, et la réponse à la crise, plus que la redéfinition de la relation bilatérale.
Ce que le discours annonce et ce que la presse retient
En conséquence, l’analyse permet d’identifier une tension entre le contenu stratégique du discours et les cadres au moyen desquels il a été présenté au public espagnol. La parole Royale combinait la délimitation de lignes que le Maroc déclarait ne pas être disposé à accepter avec la formulation d’une perspective de continuité et de renouvellement de la coopération. La médiation journalistique, cependant, a tendu à privilégier la première dimension, tandis que la seconde est restée plus exposée à la simplification ou à une attention secondaire. La question décisive est donc de savoir jusqu’à quel point la couverture a permis de comprendre le discours comme une intervention orientée vers la redéfinition des conditions du partenariat hispano-marocain, et non uniquement comme un nouvel épisode de confrontation entre Rabat et Madrid. C’est précisément dans cette distance entre ce qui a été énoncé par le Monarque et ce que les médias ont rendu plus visible, que se trouve l’intérêt majeur de l’analyse du discours médiatique espagnol sur le Maroc.
À cet égard, la couverture médiatique du discours Royal met en évidence une caractéristique qui semble de plus en plus inhérente à la pratique journalistique en Espagne, comme le soulignent les rapports de Reporters sans frontières, il s’agit d’une tendance à privilégier le journalisme d’opinion au détriment du journalisme d’information. Cette tendance s’inscrit dans un climat de polarisation où les orientations politiques des médias tendent à se confondre avec le traitement journalistique de l’actualité, influençant non seulement la sélection et la présentation des faits, mais aussi leur interprétation et, par conséquent, la manière dont ils sont perçus et évalués par l’opinion publique.
C’est dans cette perspective que peut être interrogée la fonction stigmatisante et incitatrice exercée par certains médias espagnols à l’égard du Maroc, contribuant à la construction et à la diffusion d’une perception négative du pays au sein de l’opinion publique espagnole. En privilégiant certains cadrages, en accentuant la dimension conflictuelle des relations bilatérales ou en inscrivant les événements dans des grilles de lecture marquées par la confrontation, ces médias contribuent à renforcer des représentations négatives du voisin marocain, au risque de réduire la complexité des enjeux politiques et diplomatiques à une opposition récurrente entre les deux pays.