« Choisir ou périr !», le cri déchirant de Guterres- Par Naïm Kamal

« Choisir ou périr !», le  cri déchirant de Guterres- Par Naïm Kamal

Des Palestiniens déplacés errent avec leurs biens vers le sud sur une route dans la zone du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 23 septembre 2025, alors qu'Israël poursuit ses carnages pour s'emparer de la ville de Gaza dans le cadre de la guerre contre le Hamas. (Photo par Eyad BABA / AFP)

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A l’Assemblée générale des Nations Unies, Antonio Guterres a livré un discours d’une rare intensité. Il a rappelé les fondements de l’ONU, dénoncé les violations du droit international et l’impunité, appelé à un cessez-le-feu immédiat à Gaza, à une paix juste en Ukraine et à un renforcement des droits humains. Il a insisté sur la justice climatique, la régulation de l’intelligence artificielle et la réforme du système multilatéral. Son message est clair : l’humanité doit faire des choix décisifs pour éviter le chaos.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'exprime lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur « La situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne », au siège des Nations unies à New York, le 23 septembre 2025. (Photo : ANGELA WEISS / AFP)

Par Naïm Kamal

L’héritage des fondateurs : coopération plutôt que chaos

Dès l’ouverture, aux antipodes de ce que le président américain, Donald Trump a proféré à la tribune des Nations Unis, Guterres a replacé son intervention dans la continuité historique des pères fondateurs de l’ONU. « Coopération plutôt que chaos, droit plutôt que non-droit, paix plutôt que conflits » : ces trois fondements sont aujourd’hui d’une brûlante actualité. L’ONU n’a jamais été conçue comme une utopie, mais comme un « pare-feu » contre la guerre mondiale. En le reprécisant à un moment on une forte tendance à l’oubli, et en soulignant que « nous sommes tous dans le même bateau », il a rappelé que l’Assemblée générale, quelles que soient ses défaillances, demeure le cœur battant de cette solidarité universelle.

Cette partie du discours réaffirme que l’ONU n’est pas qu’une tribune symbolique : elle est « boussole morale, force de paix, gardien du droit international et catalyseur du développement durable ». Guterres veut recentrer les Etats membres sur la mission initiale de l’Organisation : prévenir la guerre et préserver la dignité humaine.

La planète au bord du basculement

Se faisant l’écho d’un instant où tout peut basculer et où les opinions publiques sont en proie au angoisses de l’incertitude et de l’extension des conflits sans retenue, le Secrétaire général a dressé un tableau sombre d’un monde « assiégé par l’impunité, les inégalités et l’indifférence ». De l’Ukraine au Soudan, de Gaza au Sahel, il a énuméré les foyers de crise où le droit international est bafoué et les civils abandonnés à la folie meurtrière des hommes.

Il a condamné les bombardements de villes, l’usage de la faim comme arme de guerre et l’érosion de la vérité. Pour lui, le choix est simple : « un monde où règne la force brute » ou un monde où « les nations s’unissent ». Sa dénonciation vise aussi bien les puissances qui violent la Charte des Nations Unies que les institutions incapables de les contenir.

Guterres a plaidé pour un Conseil de sécurité « plus représentatif, plus transparent et plus efficace », rappelant que l’impunité « est la mère du chaos ». Sa formule la plus marquante : « lorsque l’impunité gagne du terrain, les morts peuplent les cimetières ».

Gaza, Ukraine, Soudan : un triple cri d’alarme

Le discours prend une dimension dramatique lorsqu’il évoque les trois crises majeures :

Au soudan, il dénonce le massacre des civils, les violences sexuelles et la famine imposée.

En Ukraine, il salue les efforts diplomatiques récents et appelle à « un cessez-le-feu total et une paix juste ».

A Gaza, il se montre particulièrement ferme : « Les horreurs s’enchaînent de manière monstrueuse. Elles sont le résultat de décisions qui défient l’humanité la plus élémentaire. » Les mesures ordonnées par la Cour internationale de Justice doivent être appliquées immédiatement, notamment « la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza ». Depuis, rappelle-t-il l’état de famine a été déclaré et les massacres se sont intensifiés. Avant de hurler : Le châtiment collectif doit cesser et un cessez-le-feu permanent doit être décrété.

En liant ces conflits à la nécessité d’un ordre mondial fondé sur le droit, Guterres souligne que la paix n’est pas négociable. La solution des deux Etats est présentée comme « la seule réponse viable » pour le Moyen-Orient.

Les droits humains, socle de toute paix durable

L’autre grand axe de son intervention concerne les droits fondamentaux. « Les droits humains ne sont pas un ornement de la paix- ils en sont le socle », a-t-il insisté. Défendre les libertés publiques, protéger les journalistes et les migrants, lutter cotre le racisme et l’exclusion : voilà, selon lui, les conditions d’une paix durable.

Il a souligné l’importance de d’un développement inclusif : accès à l’éducation, à la santé, réduction de la pauvreté. Il a dénoncé les coupes dans l’aide au développement, qu’il considère comme une « condamnation à mort » pour des millions de personnes. Sa proposition : réformer l’architecture financière mondiale, rendre les institutions multilatérales plus justes et mobiliser des financements massifs pour les pays en développement.

La justice climatique, un impératif vital

Guterres a rappelé que les énergies fossiles sont « un pari perdu ». Il a mis en avant la percée des énergies renouvelables, désormais « moins chères et plus rapides », mais a dénoncé les subventions massives encore accordées au pétrole et au Gaz.

Pour lui, limiter le réchauffement à 1.5 °C est encore possible, mais le temps est compté. Il a appelé les pays du G20 à montrer l’exemple, en doublant les financement pour l’adaptation climatique et en mobilisant 1300 milliards de dollars par an d’ici en 2035 pour les pays en développement.

La justice climatique est présentée comme un choix moral : protéger les plus vulnérables qui paient le prix d’une crise qu’ils n’ont pas créée.

Mettre la technologie au service de l’humanité

Sur l’intelligence artificielle, Guterres a salué la création d’un Groupe scientifique international indépendant et d’un Dialogue mondial annuel sur sa gouvernance. Mais il a averti : « aucune machine ne doit décider de qui doit vivre ou mourir ».

Il a insisté sur la nécessité de normes universelles et de garde-fous. L’IA doit être un outil d’émancipation, pas de domination. Il a également plaidé pour que les pays en développement aient les moyens de produire et de contrôler leurs propres outils numériques, évitant un nouvel apartheid technologique.

Réformer l’ONU pour le XXIe siècle

Pour Guterres, l’ONU doit se renforcer afin de rester légitime et efficace. Il a défendu l’initiative ONU80 et présenté des propositions concrètes : un budge 2026 axé sur les résultats, des réformes de gouvernance et une meilleure coopération entre agences onusiennes.

Son constat est sans appel : le monde dépense 750 fois plus pour les armes que pour la paix. Cette disposition menace la raison d’être même de l’ONU.

« Nous ne devons jamais renoncer »

Le discours se conclut sur une note profondément personnelle. Guterres évoque son enfance sous la dictature, où « tout le monde était muselé par la peur ». Cette expérience l’a convaincu que « le véritable pouvoir naît des populations ».

Il exhorte les Etats à « faire ces choix maintenant » et promet de ne jamais abandonner : « Pour la paix. Pour la dignité. Pour la justice. Pour l’humanité. »

Cette exhortation finale transforme son discours en manifeste pour l’action collective. L’ONU, selon lui, n’est pas en crise : elle est à un tournant décisif.  Mais il est fort à parier que Donald Trump ne l’a pas entendu de cette oreille, ni de l’autre d’ailleurs.