Sport
Mondial-2026 : l’après-finale entre polémiques, records et zones d’ombre
L'attaquant espagnol n° 19, Lamine Yamal, brandit le trophée après la victoire de l'Espagne face à l'Argentine en finale de la Coupe du monde de football 2026, disputée au New York/New Jersey Stadium d'East Rutherford le 19 juillet 2026. (Photo : FRANCK FIFE / AFP)
À peine la Coupe du monde 2026 achevée, les retombées du tournoi continuent de secouer les instances du football, les autorités publiques et plusieurs fédérations. De l’affaire Balogun aux records de paris sportifs en France, en passant par les saisies d’engins pyrotechniques, les démentis de la Fédération argentine et le retour éprouvé de Lionel Messi à Rosario, l’après-Mondial laisse rapidement place aux controverses, aux enquêtes et aux interrogations sur la gouvernance du football mondial.
La Norvège saisit l’éthique de la Fifa
La Fédération norvégienne de football entend porter l’affaire Folarin Balogun devant le Comité d’éthique de la Fifa. Sa présidente, Lise Klaveness, estime que la levée de la suspension de l’attaquant américain, intervenue après une prise de position publique de Donald Trump, constitue un précédent dangereux pour l’intégrité des compétitions.
Exclu lors du seizième de finale remporté par les États-Unis face à la Bosnie-Herzégovine, Balogun devait manquer le huitième de finale contre la Belgique. La commission de discipline de la Fifa a pourtant transformé sa sanction en un match avec sursis, assorti d’une période probatoire d’un an. Cette décision a été prise après que le président américain a demandé à Gianni Infantino de réexaminer un carton rouge qu’il jugeait injustifié.
Le président de la Fifa a assuré que les organes disciplinaires de l’instance étaient indépendants. Cette réponse n’a pas convaincu Lise Klaveness. Dans un entretien au Times, la dirigeante norvégienne a affirmé que la procédure avait été contournée et que le verdict avait subi l’influence de forces extérieures. Elle a appelé Gianni Infantino à reconnaître publiquement qu’une erreur avait été commise.
Le dossier doit être examiné le 6 août par le conseil d’administration de la Fédération norvégienne. Celle-ci envisage d’ajouter l’affaire Balogun à une précédente saisine concernant le « Prix de la Paix » remis par la Fifa à Donald Trump en décembre 2025.
Lise Klaveness dénonce aussi le manque de transparence de la Fifa, qui n’a pas publié l’intégralité du jugement. Même si la présence de Balogun n’a pas empêché la lourde défaite américaine contre la Belgique, 4-1, la polémique dépasse le résultat sportif : elle touche à la crédibilité des règles et à l’égalité de traitement entre les sélections.
De la Fuente et le comportement « inadmissible » des Argentins
Luis De la Fuente, sélectionneur de l’Espagne sacrée championne du monde, a qualifié d’« inadmissible » le comportement de plusieurs joueurs et membres du staff argentins après la finale perdue 1-0 en prolongation. Des incidents impliquant notamment Nahuel Molina et Leandro Paredes ont été filmés au coup de sifflet final, sans qu’aucune sanction n’ait encore été prononcée. Le technicien espagnol a salué le sang-froid de ses joueurs face aux agressions et aux provocations, estimant que leur retenue avait évité une escalade plus grave.
Sur le moment, je ne me suis pas rendu compte. J'étais en train de célébrer, de prendre des gens dans mes bras... Mais dans tous les cas, c'est un comportement intolérable, inadmissible. On ne peut pas permettre ce genre de choses, surtout de la part de joueurs de cette dimension, des grands joueurs que je n'ai fait qu'encenser", a déclaré De la Fuente dans une interview à la télévision publique espagnole.,
Les paris sportifs battent tous les records en France
Le Mondial à 48 équipes a provoqué une explosion des paris sportifs en France. Selon l’Autorité nationale des jeux, plus de 1,3 milliard d’euros de mises ont été enregistrés pendant la compétition, soit plus du double des 597 millions engagés lors de l’édition 2022.
Le produit brut des jeux, correspondant aux mises diminuées des gains reversés, a atteint 157 millions d’euros, contre 70 millions quatre ans plus tôt. La demi-finale France-Espagne du 14 juillet est devenue le match ayant suscité le plus de paris depuis 2010, avec 63 millions d’euros misés en ligne.
Le nombre de parieurs a progressé de plus de 40 %, atteignant 3,1 millions de joueurs, contre 2,2 millions en 2022. Près de 113 millions de paris ont été enregistrés, soit plus du double du volume observé au Qatar.
Derrière ces chiffres, l’ANJ relève des tendances préoccupantes. Environ 15 000 joueurs ont placé plus de 500 paris durant la compétition. Au total, 471 000 personnes ont perdu plus de 100 euros, tandis que 217 000 seulement ont gagné au moins cette somme. À peine un quart des joueurs ont terminé le Mondial sans pertes.
L’autorité estime que 15 % des parieurs français présentent une forte probabilité de jeu excessif, c’est-à-dire une difficulté à réduire ou arrêter les mises malgré leurs conséquences négatives. Elle suivra dans les prochains mois les effets du tournoi sur les pratiques à risque.
L’ANJ regrette aussi l’abandon de l’interdiction des publicités pour les paris sportifs pendant les matches. Adoptée à l’Assemblée nationale, cette mesure a ensuite été supprimée en commission mixte paritaire. L’institution salue toutefois le renforcement de la lutte contre l’offre illégale et les mesures destinées à mieux protéger les joueurs âgés de 18 à 25 ans.
Pyrotechnie : plus de 46 000 engins saisis
La ferveur du Mondial a également mobilisé les douanes françaises qui ont mis fin avant terme au rêve de Français de fêter la coupe du monde. Les Bleus, sérieux prétendant avant la demi-finale, les fans les attendaient avec des pétards. Entre le 8 juin et le 20 juillet, plus de 46 000 engins pyrotechniques ont été saisis dans le cadre de l’opération Taranis, destinée à prévenir les trafics et les usages détournés pendant plusieurs grands événements.
Parmi les saisies figurent plus de 16 000 engins classés F2 et plusieurs dispositifs de catégorie F3, catégories auxquelles appartiennent la plupart des mortiers d’artifice. Ces produits peuvent être vendus sous conditions, mais leur utilisation sur la voie publique reste interdite.
Le projet de loi « Ripost », adopté définitivement par le Parlement, vise à renforcer la lutte contre leur utilisation détournée. En 2025, près de 190 000 dispositifs pyrotechniques avaient été saisis en France, contre moins de 38 000 sur l’ensemble de 2024.
L’AFA dément toute mise en cause de ses dirigeants
En Argentine, la fin du tournoi a été marquée par une controverse judiciaire. Plusieurs médias ont affirmé que des agents du FBI avaient retenu le président de la Fédération argentine, Claudio Tapia, et d’autres dirigeants à l’aéroport JFK de New York. Selon ces informations, leurs téléphones et ordinateurs auraient été saisis dans le cadre d’une enquête sur des contrats internationaux de l’AFA.
La Fédération argentine a fermement démenti. Elle assure que ni Claudio Tapia ni son trésorier Pablo Toviggino n’ont été cités à témoigner par la justice américaine et qu’aucun appareil ne leur a été confisqué.
L’AFA reconnaît toutefois qu’une citation a été émise par le tribunal du district sud de Floride à l’encontre d’un tiers, appelé à fournir d’éventuels documents ou communications liés à plusieurs personnes, dont des responsables de la fédération.
Cette affaire intervient alors que l’AFA fait déjà l’objet de plusieurs enquêtes en Argentine, notamment pour des faits présumés de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Claudio Tapia, à la tête de l’institution depuis 2017, entretient aussi des relations tendues avec le président Javier Milei sur le projet de transformation des clubs en sociétés anonymes ouvertes aux capitaux étrangers.
Messi retrouve Rosario après la défaite
Dans ce climat agité, Lionel Messi a regagné Rosario pour se reposer avec sa famille. Le capitaine argentin, âgé de 39 ans, est arrivé à bord d’un vol privé avec son épouse Antonela Roccuzzo et leurs trois enfants, avant de rejoindre sa résidence de Funes, en périphérie de la ville.
Son retour intervient après la défaite de l’Argentine face à l’Espagne, 1-0 après prolongation, en finale. Malgré un tournoi remarquable, ponctué de huit buts et quatre passes décisives, Messi n’a pas réussi à peser sur la dernière rencontre. En larmes au moment de recevoir sa médaille de finaliste, il a vu son équipe abandonner le titre conquis en 2022.
L’arrivée de la star coïncide aussi avec les problèmes de santé de son père Jorge, son agent et principal soutien. À Buenos Aires, une partie de la sélection a été accueillie par des milliers de supporters, preuve que, malgré la déception, l’attachement du public demeure intact.
Entre soupçons d’ingérence, emballement des paris, risques sécuritaires, enquêtes financières et émotions populaires, l’après-Mondial confirme que le football ne s’arrête jamais au coup de sifflet final. La compétition est terminée, mais ses prolongations politiques, économiques et judiciaires ne font que commencer.
La CAF soutient Infantino malgré les critiques
Le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, a réaffirmé son soutien à Gianni Infantino, attendu candidat à un nouveau mandat à la tête de la Fifa en 2027. Malgré les polémiques ayant marqué le Mondial-2026, notamment autour de l’affaire Balogun et du projet d’élargissement de la compétition, Motsepe a salué la fidélité d’Infantino envers l’Afrique et son rôle dans l’augmentation du nombre de places attribuées au continent. Forte de ses 54 fédérations, la CAF représente un bloc électoral majeur au sein de la Fifa et rejoint ainsi la Conmebol parmi les soutiens déclarés du président sortant. Cette position contraste toutefois avec les critiques croissantes de certaines instances européennes, dont le président de la Liga espagnole, Javier Tebas, qui estime que le système actuel de gouvernance de la Fifa est arrivé à bout de souffle.