Sebta : Podemos ou la gauche radicale au secours de l’ancrage colonial espagnol

Sebta : Podemos ou la gauche radicale au secours de l’ancrage colonial espagnol

La défense de l’occupation de Sebta trouve un portevoix à l’extrême gauche qui rejoint allègrement l’extrême droite

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Podemos propose de transformer Sebta en communauté autonome et de renforcer son intégration à l’Union européenne. Cette initiative non contraignante, rapportée par Europa Press, entend répondre aux revendications marocaines en consolidant les attaches institutionnelles, financières et douanières du territoire avec Madrid et Bruxelles.

L’autonomie comme verrou territorial

La défense de l’occupation de Sebta trouve un portevoix à l’extrême gauche. Dans une proposition déposée au Congrès des députés, Podemos demande au gouvernement d’« engager la transformation de Sebta en communauté autonome ». Le texte doit être débattu et soumis au vote de la Commission des affaires étrangères. Sans complexe, l’extrême gauche rejoint allègrement l’extrême droite.

L’objectif affiché est de garantir l’égalité territoriale et politique tout en renforçant les ressources accordées par l’État. Mais derrière cet argument institutionnel, la finalité territoriale apparaît : réduire l’espace laissé aux revendications marocaines.

Selon Podemos, le statut de ville autonome permet au Maroc d’alimenter ses prétentions sur Sebta. Passer au rang de communauté autonome représenterait « l’aboutissement logique » du processus engagé en 1995. Le changement de statut devient ainsi un moyen de conforter l’appartenance coloniale du territoire.

L’anticolonialisme à l’épreuve de Sebta

C’est ici que se noue le paradoxe. Une formation d’extrême gauche peut défendre l’égalité des droits tout en soutenant une logique de consolidation territoriale dont la lecture anticoloniale conteste précisément le fondement. Dans cette perspective, renforcer l’intégration de Sebta revient à conforter un héritage colonial.

Le vocabulaire choisi déplace cependant le débat. Podemos parle d’égalité, de ressources publiques et de cohérence institutionnelle. La question du statut territorial se trouve ainsi reformulée en problème d’administration intérieure espagnole. Les revendications marocaines apparaissent comme une pression à neutraliser, plutôt que comme une question politique à examiner.

Cette démarche éclaire la tension entre deux registres : l’émancipation revendiquée par la gauche radicale et la défense d’un cadre national présenté comme allant de soi. À Sebta, le projet de Podemos privilégie le second.

Bruxelles, recours plutôt que repoussoir

Le volet européen ajoute une autre contradiction. Podemos réclame la « pleine intégration de Sebta à l’Union européenne », avec révision du régime spécial et suppression des exceptions responsables d’un traitement différencié.

Concrètement, le parti souhaite intégrer Sebta au territoire douanier européen et à l’Union douanière. Il demande également un mécanisme permanent de soutien lié à sa qualité de frontière extérieure, ainsi qu’un accès renforcé aux fonds destinés à la cohésion, aux infrastructures, à la migration, à la sécurité et au développement économique.

Le traitement recherché serait similaire à celui d’une région ultrapériphérique. Bruxelles devient un pourvoyeur de moyens et un soutien à l’ancrage espagnol.

Lorsqu’il s’agit de Sebta, Podemos oublie son l'altermondialisme à l’égard de l’UE. Il fait plutôt recours à cette union pour conforter une position des plus coloniales.

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