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À Tianjin, l’OCS affiche ses ambitions face à l’Occident et se constitue en noyau dur du Sud Globale
Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) marche aux côtés du président chinois Xi Jinping lors du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, le 1er septembre 2025. (Photo de Vladimir SMIRNOV / POOL / AFP)
Tianjin, Chine – Le 25e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’est ouvert lundi à Tianjin sous la présidence du président chinois Xi Jinping. Ce rendez-vous diplomatique, marqué par la participation de dirigeants russes, indiens, iraniens, turcs et de nombreux responsables eurasiatiques, a été l’occasion pour Pékin de réaffirmer son rôle central dans la redéfinition des équilibres mondiaux. Les déclarations communes adoptées à Tianjin condamnent fermement les pertes civiles à Gaza et appellent à un cessez-le-feu immédiat.
Quid avec agences
Xi Jinping propose une banque de développement
Dès son discours inaugural, Xi Jinping a appelé à la création "dès que possible" d’une banque de développement de l’OCS. Selon lui, un tel instrument permettrait de renforcer la sécurité économique et la coopération entre les États membres. Pékin s’est engagé à lancer plus de 100 projets et à octroyer deux milliards de yuans (280 millions de dollars) de subventions dès 2025.
Le dirigeant chinois a également insisté sur l’importance de développer les partenariats dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, de l’économie numérique, de la science, de la technologie et de l’intelligence artificielle. Rappelant les acquis de l’organisation depuis 2001, il a souligné la lutte menée contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme, tout en défendant le principe d’un "multilatéralisme authentique".
Les critiques adressées à l’Occident
Au-delà des projets économiques, le sommet a été l’occasion pour Pékin et Moscou de dénoncer l’attitude des pays occidentaux. Xi Jinping a fustigé la "mentalité de guerre froide" et les "actes d’intimidation", une allusion à peine voilée à Washington. Son homologue russe, Vladimir Poutine, a pour sa part réitéré ses accusations contre l’Occident, tenu responsable du conflit en Ukraine et de la volonté d’élargir l’Otan.
Ces position ont trouvé un écho auprès de plusieurs participants, dont les dirigeants turc, iranien et biélorusse. Les déclarations communes adoptées à Tianjin condamnent fermement les pertes civiles à Gaza et appellent à un cessez-le-feu immédiat, élargissant le champ des critiques au-delà du seul dossier ukrainien.
Une plateforme eurasiatique élargie
Avec dix membres permanents – Chine, Inde, Russie, Iran, Biélorussie, Pakistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan – et seize pays observateurs ou partenaires, l’OCS regroupe près de la moitié de la population mondiale et plus de 23 % du PIB planétaire. À Tianjin, le Laos a officiellement rejoint l’organisation comme partenaire.
L’OCS se veut désormais plus qu’un cadre régional : une alternative au système dominé par l’Otan et les institutions financières internationales. Les discussions autour d’une banque de développement, d’une meilleure intégration commerciale et d’une coopération technologique illustrent cette ambition.
La diplomatie en marge du sommet
Le sommet a également donné lieu à des rencontres bilatérales de haut niveau. Narendra Modi et Vladimir Poutine ont réaffirmé la solidité du "partenariat stratégique spécial et privilégié" entre l’Inde et la Russie, tout en divergeant sur le dossier ukrainien. Le Premier ministre indien a insisté sur "la nécessité d’une cessation rapide des hostilités" et d’un règlement pacifique.
De son côté, Poutine a enchaîné les discussions, notamment avec Recep Tayyip Erdogan et le président iranien Massoud Pezeshkian. La multiplication de ces échanges bilatéraux illustre la fonction de l’OCS comme forum de dialogue politique, en parallèle de son rôle institutionnel.
Une vitrine de puissance pour Pékin
Ce sommet a constitué une opportunité pour la Chine de mettre en avant son leadership diplomatique et militaire. Mercredi, plusieurs dirigeants étrangers assisteront à un grand défilé militaire à Pékin, célébrant les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La présence annoncée du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un à cet événement illustre la volonté de Pékin de resserrer ses alliances en dehors du cercle occidental.
Pour Pékin, l’OCS est aussi une vitrine destinée à démontrer qu’une gouvernance mondiale "plus juste et raisonnable" est possible, en opposition à l’ordre mené par les États-Unis et leurs alliés.
Malgré des ambitions affichées, l’OCS reste confrontée à des contradictions internes. Les relations sino-indiennes sont marquées par des différends frontaliers, tandis que l’équilibre entre Moscou et Pékin illustre un partage délicat de leadership. Néanmoins, les dynamiques actuelles semblent renforcer la cohésion autour d’une volonté commune : réduire la dépendance vis-à-vis des structures dominées par l’Occident.
La session de Tianjin pourrait marquer un tournant pour l’OCS. L’idée d’une banque de développement, la montée en puissance de projets communs et les déclarations politiques convergentes soulignent une volonté d’élargir l’influence de l’organisation. En parallèle, les divergences sur certains dossiers rappellent que l’OCS demeure avant tout un forum de compromis, plus qu’une alliance militaire ou économique homogène.