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Afrique du Sud : une saison politique sous le signe de la désindustrialisation et du chômage
Le gouvernement ‘’d’unité nationale’’, rassemblant dix partis après que l’ANC a perdu sa majorité absolue, peine à répondre aux attentes
Johannesburg – L’Afrique du Sud, qui a hérité d’une économie qui l’a qualifiée pour figurer dans e G20, traverse un printemps politique marqué par l’incertitude et la fragilité économique. Dans un pays où le chômage atteint des sommets, les annonces de fermetures d’usines et de licenciements massifs viennent nourrir un climat social tendu, révélant une désindustrialisation galopante et une gouvernance en quête de solutions crédibles.
Une vague de licenciements qui inquiète
La semaine dernière, plusieurs géants industriels – Ford, Glencore et ArcelorMittal SA – ont annoncé la suppression de milliers d’emplois. ArcelorMittal SA prévoit de fermer ses portes d’ici fin septembre, entraînant la perte de 3.500 postes, tandis que Ford Motor Company of SA supprimera près de 500 emplois. Goodyear a déjà congédié 900 salariés en juillet et Mercedes-Benz a supprimé 700 postes en 2024. Ces décisions frappent un marché du travail déjà sinistré, avec un taux de chômage officiel de 33 % qui grimpe à 45 % chez les jeunes de 15 à 34 ans.
La ministre de l’Emploi, Nomakhosazana Meth, a exprimé sa "profonde préoccupation" face à cette hémorragie sociale. Les syndicats, eux, parlent d’une "catastrophe industrielle imminente" si le gouvernement ne prend pas de mesures radicales.
Désindustrialisation et fragilités structurelles
Au-delà des licenciements, c’est toute l’économie sud-africaine qui se trouve fragilisée. La contribution de l’industrie à la production nationale est passée de 23,5 % en 1994 à seulement 13 % aujourd’hui. Les causes sont multiples : flambée des coûts de l’électricité (+600 % depuis 2006), effondrement du fret ferroviaire, inefficacité chronique des ports et endettement massif d’Eskom, la compagnie d’électricité publique, gangrenée par des années de corruption et de mauvaise gestion.
Les exportations, déjà freinées par ces obstacles logistiques, subissent désormais une taxe de 30 % aux États-Unis, pénalisant encore davantage la compétitivité sud-africaine. Une étude de l’université du Cap rappelle qu’entre 2000 et aujourd’hui, près de 70.000 entreprises ont fait faillite, emportant avec elles 2,8 millions d’emplois.
Pessimisme social et crise politique
Cette spirale de désindustrialisation alimente un malaise social grandissant. Le vice-président Paul Mashatile parle d’une "urgence morale", en référence aux 3,8 millions de jeunes NEET (ni en emploi, ni en formation, ni à l’école). À quelques mois des élections locales, l’inquiétude monte : selon un sondage Ipsos, 80 % des Sud-Africains estiment que leur pays va dans la mauvaise direction.
Le gouvernement ‘’d’unité nationale’’, rassemblant dix partis après que l’ANC a perdu sa majorité absolue, peine à répondre aux attentes. Face à l’explosion du chômage et à la désillusion de la jeunesse, l’Afrique du Sud semble à la croisée des chemins, tiraillée entre le poids d’un héritage industriel en déclin et la nécessité urgente d’une relance sociale et économique.