International
BRICS face aux guerres commerciales : Xi Jinping et Lula en première ligne
Les chinois Xi Jinping et le brésilein Luiz Inácio Lula da Silva ont donné le ton d’une rencontre centrée sur la défense du multilatéralisme
Beijing – Réunis virtuellement lundi, les dirigeants des BRICS ont affiché une volonté commune de résister aux guerres tarifaires et au protectionnisme, dénonçant les pratiques commerciales unilatérales, notamment celles des États-Unis. L’appel du président chinois Xi Jinping et l’initiative de son homologue brésilien Luiz Inácio Lula da Silva ont donné le ton d’une rencontre centrée sur la défense du multilatéralisme et la solidarité du Sud global.
Xi Jinping dénonce l’hégémonisme et le protectionnisme
Depuis Beijing, Xi Jinping a exhorté les membres du bloc à « défendre conjointement le système commercial multilatéral » incarné par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon lui, les BRICS se trouvent à un « moment critique » marqué par « la montée de l’hégémonisme, de l’unilatéralisme et du protectionnisme ».
Le dirigeant chinois a implicitement visé Washington, accusant certains pays d’avoir « lancé des guerres commerciales et tarifaires successives, impactant gravement l’économie mondiale ». Xi a insisté sur la nécessité de « promouvoir sans relâche une économie mondiale ouverte », quelle que soit l’évolution des tensions internationales.
Cette intervention intervient alors que le Brésil et l’Inde font face à des droits de douane américains atteignant 50 % sur certains de leurs produits depuis le 27 août, accentuant les tensions commerciales.
Lula appelle à un ordre international plus juste
La réunion, convoquée par le président Lula, a réuni durant une heure et demie les chefs d’État ou leurs représentants de Chine, Russie, Afrique du Sud, Égypte, Indonésie, Iran, Émirats arabes unis et Éthiopie, aux côtés du Brésil. L’Inde, qui doit présider le bloc l’an prochain, était représentée par son ministre des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar.
Lula a souligné que « l’ordre international issu de 1945 est fragilisé de manière accélérée et irresponsable ». Il a dénoncé la « normalisation du chantage douanier » comme outil de conquête de marchés et d’ingérence dans les affaires intérieures. « Nos pays sont devenus victimes de pratiques commerciales injustifiées et illégales », a-t-il martelé, appelant les BRICS à montrer que « la coopération surmonte toute forme de rivalité ».
Brasilia est directement concernée : depuis le 6 août, Washington impose de lourdes surtaxes sur certaines exportations brésiliennes. Le président américain Donald Trump justifie ces mesures par une prétendue « chasse aux sorcières » visant son allié Jair Bolsonaro, dont le procès pour tentative de coup d’État est en cours.
Une plateforme de solidarité Sud-Sud
Pour le ministère chinois des Affaires étrangères, les BRICS constituent « une plateforme importante pour la solidarité et la coopération entre les économies émergentes et les pays en développement ». Le groupe, qui réunit désormais 11 membres – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte, Éthiopie, Indonésie et Iran – représente 40 % du PIB mondial, 26 % du commerce international et près de la moitié de la population de la planète.
Au cours de la réunion, les dirigeants ont préparé leurs positions pour plusieurs échéances diplomatiques majeures : la 80e Assemblée générale de l’ONU prévue le 23 septembre à New York, la COP30 en novembre à Belém, et le sommet du G20 les 22 et 23 novembre.
Nouvelles initiatives pour le climat et le commerce
Le président brésilien a également mis l’accent sur les enjeux environnementaux. Il a proposé la création d’un Conseil des Nations Unies sur le climat et annoncé le lancement du « Fonds des forêts tropicales pour toujours », destiné à rémunérer les pays forestiers pour les services écologiques qu’ils assurent à l’humanité.
Ces initiatives visent à donner aux BRICS une voix plus forte dans la gouvernance climatique mondiale, tout en consolidant leur rôle de moteur de la coopération Sud-Sud.
Une stratégie multipolaire affirmée
Cette réunion intervient dans le prolongement du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), tenu à Tianjin la semaine précédente, où la Chine, l’Inde et la Russie ont approuvé une stratégie décennale en faveur d’un « monde multipolaire ».
Le Premier ministre indien Narendra Modi, absent de la réunion des BRICS, a délégué son ministre des Affaires étrangères, signe des ajustements tactiques en cours à New Delhi, soucieuse d’équilibrer ses relations avec l’Occident et ses engagements multilatéraux.
Pour les observateurs, l’offensive diplomatique des BRICS traduit la volonté de se poser en alternative crédible à l’ordre international dominé par les États-Unis et leurs alliés. En revendiquant la défense du multilatéralisme, le bloc entend s’imposer comme le « nouveau nom de la coopération mondiale », selon la formule de Lula.
Une riposte collective en gestation
Face aux guerres tarifaires et aux sanctions unilatérales, les BRICS cherchent à renforcer leurs mécanismes internes de coopération commerciale et financière. La consolidation de systèmes de paiement alternatifs, la réduction de la dépendance au dollar et la promotion d’échanges intrabloc figurent parmi les pistes évoquées.
Pour Xi Jinping, il s’agit de bâtir un « filet de sécurité » face aux incertitudes du commerce international. Pour Lula, l’enjeu est tout autant politique : il s’agit de donner au Sud global un levier pour influencer la gouvernance mondiale et peser dans les grands débats du XXIe siècle.