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Ce que cherche l’Algérie en tentant de soudoyer les États-Unis avec l’énergie et les minerais – Par Bilal Talidi
Masad Boulos, conseiller du président américain Donald Trump avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger
À la veille d’une visite de haut niveau d’un conseiller de Donald Trump, l’Algérie a adopté une loi minière controversée qui autorise, pour la première fois, une prise de participation étrangère majoritaire dans ce secteur stratégique. Trois partis d’opposition dénoncent une tentative de marchandage géopolitique avec Washington pour entraver la reconnaissance internationale de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Pour Bilal Talidi, dans cette viiste, énergie, métaux rares et géopolitique régionale s’entrelacent sur fond de compétition régionale.

Une loi stratégique adoptée à marche forcée
Dans une déclaration commune, trois partis d’opposition algériens – Jil Jadid, le Parti des Travailleurs et le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie – ont vivement critiqué la nouvelle loi sur les mines, adoptée un mois avant la visite à Alger de Masad Boulos, principal conseiller du président américain Donald Trump. Selon eux, ce texte ouvre la voie à une cession de souveraineté dans un secteur stratégique au profit d’intérêts étrangers.
Présenté officiellement comme un outil de réorganisation du secteur minier, destiné à renforcer son attractivité et à améliorer le climat des affaires, ce nouveau cadre légal permet désormais, et pour la première fois, à des entreprises étrangères de détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets d’exploitation minière en Algérie.
Une rupture avec le discours souverainiste du régime
Les critiques des trois partis s’inspirent du discours même du président Abdelmadjid Tebboune, qui n’a cessé de fustiger les investissements étrangers – notamment français – et de défendre le droit de l’Algérie à préserver ses secteurs vitaux. Ce brusque abandon de la règle dite du 49/51, qui obligeait jusqu’ici les entreprises algériennes à rester majoritaires dans les partenariats étrangers, marque un virage stratégique.
Les chefs des trois partis ont exprimé leur vive inquiétude face à ce changement radical de cap, qu’ils jugent contraire aux intérêts nationaux. Ils s’interrogent sur les raisons qui ont poussé à cette volte-face précipitée et sans débat public, d’autant que le secteur minier est classé depuis longtemps comme stratégique pour la souveraineté économique du pays.
Une privatisation calibrée pour plaire à Washington
L’opposition note que ce changement brutal ne s’inscrit pas dans une stratégie économique graduelle, encadrée par un discours présidentiel évolutif ou par des réformes coordonnées des institutions financières. Il s’agirait plutôt d’un mouvement impulsif, dicté par des motivations politiques opportunistes.
Ce qui intrigue surtout, c’est la coïncidence entre la rapidité de la réforme et l’intérêt croissant des États-Unis, exprimé par le président Trump lui-même à plusieurs reprises, pour les métaux rares et stratégiques nécessaires à l’industrie américaine. La réforme du secteur minier, dans ce contexte, semble avoir été conçue pour séduire Washington.
L’opposition estime que cette loi a été adoptée dans l’objectif de régler le cadre légal permettant à l’Algérie d’entrer en négociation directe avec les États-Unis. Le but : offrir des incitations et des privilèges miniers en échange d’un assouplissement de la pression diplomatique internationale et d’un ralentissement du processus de reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Cette hypothèse est confortée par les déclarations faites plus tôt cette année par l’ambassadeur algérien à Washington, Sabri Boukadoum, qui exprimait le souhait de son pays de renforcer les relations économiques avec l’administration Trump, en particulier dans le domaine des ressources minières.
Un malaise politique élargi à la société
Au-delà des partis d’opposition, une large partie de la société algérienne manifeste également son malaise face à ce projet. Beaucoup considèrent que la justification officielle de cette loi est déconnectée de ses véritables objectifs. Le climat général dans le pays laisse penser que cette réforme a été précipitée pour précéder la visite de Masad Boulos, et que son adoption s’inscrit dans une logique de marchandage politique, visant à désorienter la dynamique marocaine dans le dossier du Sahara.
Pour l’opposition, il est clair que cette loi n’a rien à voir avec l’intérêt national – même tel que défini par le pouvoir lui-même – mais bien avec une tentative de « corruption diplomatique » de l’administration américaine. Une manœuvre dont l’objectif stratégique est d’entraver la résolution imminente, selon certains, de la question du Sahara au profit du Maroc.
Une visite à double lecture
L’ambassadrice des États-Unis à Alger, Elizabeth Moore Aubin, a indiqué dans une publication sur la plateforme "X" que la visite de Masad Boulos s’inscrivait dans le cadre de discussions stratégiques visant à renforcer les priorités communes entre l’Algérie et les États-Unis. Pourtant, dans sa déclaration officielle à l’issue de sa rencontre avec le président
Abdelmadjid Tebboune, le conseiller américain n’a fait aucune allusion à la question du Sahara occidental.
Il s’est limité à évoquer les relations commerciales entre les deux pays, les modalités de coopération sécuritaire contre le terrorisme, et le partage de la vision économique et diplomatique du président Donald Trump pour la paix internationale et régionale. Une formulation floue, qui contraste avec les attentes algériennes d’un engagement plus explicite.
Un silence révélateur sur le Sahara
Contrairement à son habitude, La presse algérienne n’a pas relevé ce silence sur le Sahara, alors même que Boulos avait affirmé avant sa tournée dans la région que la position de Washington sur ce dossier restait inchangée. Par ailleurs, l’ambassadrice américaine avait précédemment déclaré que cette visite s’inscrivait dans un cadre de médiation entre le Maroc et l’Algérie sur la question saharienne.
Ces divergences dans la communication nourrissent l’idée selon laquelle Alger souhaiterait insérer la question du Sahara dans des négociations plus larges, sans faire état publiquement de ses finalités, en l’adossant aux enjeux de sécurité régionale, d’énergie et de métaux stratégiques. Mais les États-Unis, eux, semblent aborder ce dialogue avec leurs propres priorités.
En réalité, l’Algérie veut engager un marché politique avec les États-Unis, en proposant une coopération sur les dossiers miniers et énergétiques en échange d’une modulation de leur position sur le Sahara. Mais Washington détient plusieurs dossiers sensibles qu’elle pourrait utiliser comme moyens de pression inversés*.
Parmi eux :
Le rôle déstabilisateur de l’Algérie dans la région, à travers ses tensions persistantes avec la France, son conflit avec le Maroc, et son influence sur les dynamiques politiques au Sahel.
L’ouverture croissante de la région à l’influence russe.
La réticence algérienne à s’engager dans les accords d’Abraham, qui normalisent les relations avec Israël, et auxquels Washington attache une importance stratégique majeure.
Enfin, le désir manifeste de l’Algérie de réchauffer ses relations avec les États-Unis, quitte à offrir des avantages économiques notables pour sortir de l’isolement diplomatique.
Alger mise sur la logique du « deal », mais les équilibres persistent
Le régime algérien semble convaincu que la présidence américaine actuelle privilégie une approche transactionnelle. Il en conclut que parler le langage des grands contrats est la meilleure façon d’obtenir une écoute favorable à Washington.
C’est dans ce cadre qu’Alger a élaboré un nouveau cadre juridique pour le secteur minier, venant compléter une offre énergétique déjà prête. L’objectif est clair : disposer de leviers concrets pour négocier une révision de l’approche américaine vis-à-vis du Sahara, ou à tout le moins ralentir le processus de reconnaissance de la souveraineté marocaine.
Mais cette stratégie se heurte à la réalité de la diplomatie américaine, guidée non seulement par l’intérêt économique, mais aussi par les équilibres géopolitiques avec le Maroc, partenaire historique, et les enjeux de stabilité au Sahel, où la fin du conflit entre Rabat et Alger est perçue comme une condition essentielle à la paix régionale.