Cybercriminalité : une guerre numérique aux milliards perdus – Par Assia Makhlouf

Cybercriminalité : une guerre numérique aux milliards perdus – Par Assia Makhlouf

Prévisions des causes et des dégâts de la cybercriminalité de 2023

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Le Conseil de l’Europe tire la sonnette d’alarme : la cybercriminalité est devenue l’un des périls les plus redoutables et les plus coûteux de notre époque. Assia Makhlouf explique comment de Strasbourg à Hanoï, experts, diplomates, chercheurs et juristes se mobilisent pour endiguer une menace protéiforme, en constante mutation, qui sape la démocratie, la sécurité et l’économie mondiales. Reste à déterminer la place des ‘’Etats tiers’’ dans ce combat où se sont les pays les plus avancés qui restent les maitres du jeu

Par Assia Benmakhlouf

Un fléau mondial en expansion constante

Depuis la pandémie de COVID-19, le nombre de cyberattaques a littéralement explosé. Selon Alain Berset, Secrétaire général du Conseil de l’Europe, ces attaques ont doublé en l’espace de quelques années. Elles visent désormais tout ce qui structure nos sociétés : systèmes électoraux, infrastructures critiques, réseaux de soins, banques, plateformes numériques. Le coût est colossal : plus de 21 000 milliards d’euros pourraient être engloutis par cette criminalité numérique d’ici 2027.

La cybercriminalité ne se contente plus de simples fraudes. Elle a changé de visage, s’est hybridée, sophistiquée, internationalisée. Elle opère désormais à la croisée des menaces traditionnelles et des nouvelles technologies, exploitant l’intelligence artificielle (IA), les cryptomonnaies et les failles de gouvernance numérique pour frapper au cœur des États.

Le Secrétaire général du CdE dans un style convenu tout occidental : "La ligne de front a changé. Il s’agit désormais de défendre la démocratie elle-même contre des attaques hybrides et transfrontalières, sans renier nos valeurs fondamentales." Ce constat alarmant, quoique ampoulé, motive la tenue, du 4 au 6 juin à Strasbourg, d’une grande conférence internationale sur la cybercriminalité.

Cryptomonnaies, IA, fake news : les nouveaux terrains de la guerre numérique

Peu importe si la défense de la démocratie est un prête nom à toutes les dérives, il n’en demeure pas moins que l’évolution technologique a ouvert de nouvelles brèches. Les cryptomonnaies, difficiles à tracer, deviennent un outil privilégié pour blanchir les fruits d’activités criminelles en ligne : enlèvements contre rançon en cryptoactifs, financement du terrorisme, escroqueries mondialisées. Des ateliers spécifiques, organisés durant la conférence, sont consacrés à l’analyse des transactions en blockchain et à la traçabilité des fonds illicites.

Autre menace croissante : la manipulation de l'information via des campagnes de désinformation algorithmiques. Les outils d’IA générative, comme les deepfakes ou les bots conversationnels, sont capables de produire de faux contenus à grande échelle, affectant l’opinion publique, sabotant des élections ou altérant la réputation d’institutions. La cyberingérence dans les processus électoraux est devenue une priorité stratégique pour de nombreux États. Il y a déjà une quinzaine d’année, cette cyberingérence s’est fortement et scandaleusement manifestée lors de ce que l’on a appelé abusivement ‘’le printemps arabe’’

Aussi insidieuse sinon plus, la cyberviolence, notamment à l’encontre des jeunes : harcèlement en ligne, chantage sexuel numérique, campagnes haineuses. Autant de formes d’agressions en pleine recrudescence, rendues plus difficiles à juguler par l’anonymat numérique et les difficultés d’accès aux preuves électroniques.

Une réponse collective : entre Budapest et Hanoï

Face à cette menace globale, aucun pays ne peut lutter seul. La conférence de Strasbourg plaide donc pour une coopération internationale renforcée. Le Conseil de l’Europe mise sur sa Convention de Budapest sur la cybercriminalité, signée par plus de 60 États, comme cadre juridique de référence.

Cette convention vise à harmoniser les législations, faciliter les enquêtes transfrontalières et améliorer l’accès aux données numériques à des fins judiciaires. Elle est aujourd’hui complétée par un deuxième protocole additionnel, dédié à la communication directe des preuves électroniques, un enjeu crucial à l’heure où les serveurs sont souvent hébergés dans des pays tiers.

En parallèle, une nouvelle convention onusienne dite “Convention de Hanoï” est en préparation, avec pour ambition d’unifier davantage la réponse internationale. Si certaines divergences subsistent sur la portée des libertés numériques ou le rôle des plateformes, l’urgence d’agir fédère les efforts diplomatiques.

Strasbourg appelle également à mobiliser la société civile, les géants du numérique et le monde académique. Seule une approche holistique et multiacteurs permettra de rattraper le rythme effréné des cybercriminels. Mais il ne faut pas se leurrer sur les intentions, les pays qui ont la main sur le cyberspace en garderont le contrôle, les Etats ‘’tiers’’ devront jouer des coudes pour s’y faire une place.