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De Arafat à l’ONU en 1974 au distanciel de Abbas en 2025 – Par Naïm Kamal
Yasser Arafat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), à la tribune de l’ONU en 1974

PAR NAÏM KAMAL
Le 13 novembre 1974, à New York, Yasser Arafat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), s’avance à la tribune en treillis militaire et déclare : « Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de combattant de la liberté. Ne laissez pas tomber le rameau d’olivier de ma main ». Cette formule symbolique illustrait la double stratégie de l’OLP : revendiquer le droit des Palestiniens à disposer d’eux-mêmes tout en affirmant la volonté de paix, sans pour autant renoncer à la lutte armée tant que l’occupation persiste. Quelques semaines plus tard, l’Assemblée générale adoptait une résolution reconnaissant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et accordant à l’OLP le statut d’observateur permanent. Cette avancée représentait une victoire politique considérable, plaçant la question palestinienne au cœur des débats internationaux. Alias Abou Ammar faisait entre la Palestine et les Palestiniens, niés par Israël et ses soutiens, convoités par les régimes arabes voisins, dans l’histoire. Depuis, que de morts ont coulé sous les ruines.
51 ans plus tard, plus exactement le 25 septembre 2025, l’instant historique n’est plus le même. Le président palestinien d’un territoire occupé, Mahmoud Abbas, n’a même pas eu l’honneur d’un visa pour se rendre aux Nations Unis. En distantiel, il a délivré par vidéo devant l'ONU un vibrant plaidoyer pour le peuple palestinien victime des crimes israéliens, assurant sans équivoque que le Hamas n'aurait aucun rôle dans la future gouvernance d'un éventuel Etat de Palestine. Yasser Arafat aussi s’était vu dans un premier temps refusé un visa pour New York. Mais la pression internationale, la menace de transférer l’Assemblée générale à Genève pour permettre à Abou Ambar de s’adresser on live à la conscience mondiale a été telle que Washington a dû reculer.
La fondation Carter est passée par-là
Alors qu'Israël et les Etats-Unis cherchent à jeter l’opprobre sur la nouvelle vague de reconnaissance d'un Etat palestinien qu’ils présentent comme une récompense pour le Hamas, Mahmoud Abbas a assuré que le mouvement palestinien n'aurait "pas de rôle à jouer dans la gouvernance". Et sur ce point il a raison. A l’origine Hamas, à l’image globalement la tendance fréristes, a fait le jeu du tandem américano-israélien.
C’est bien l’ancien président américain Jimmy Carter et sa fondation qui ont veillé à ce que les élections se déroulent de manière à permettre à Abdeslam Yassine et ses disciples de remporter les élections. Pour que par la suite Washington, Tel-Aviv et les autres capitales occidentales le déclarent ‘’organisation terroriste infréquentable’’. Ainsi commençait la seconde étape de l’enterrement des Accords d’Oslo, inauguré par l’assassinat du Premier ministre israélien, signataire de ces accords, des mains d’un juif que chacun sait avoir été commandité par la mouvance sioniste dans laquelle baigne Netanyahu.
L’amande Honorable
A "Le Hamas et les autres factions devront rendre leurs armes à l'Autorité palestinienne", a martelé Abbas, forcé de s'exprimer par vidéo lors de cette Assemblée générale de l'ONU à New York.
"Nous rejetons ce que le Hamas a fait le 7-Octobre", qui "ne représente pas le peuple palestinien, ni sa juste lutte pour la liberté et l'indépendance", a-t-il précisé.
Il a rejeté aussi "la confusion entre la solidarité envers la cause palestinienne et la question de l'antisémitisme", opposé à "nos valeurs et nos principes".
Tout son discours était écrit à l’encre de l’amande honorable.
Répétant ainsi les gages donnés il y a quelques mois pour convaincre notamment la France de franchir le pas de la reconnaissance, souligne d’ailleurs l’agence France Presse, Mahmoud Abbas a appelé "tous les pays qui ne l'ont pas encore fait à reconnaître l'Etat palestinien".
Le génocide a encore de beaux jours devant lui
La grande majorité des Etats membres de l'ONU sont sur cette ligne (au moins 151 sur 193.
Mahmoud Abbas a tout de même dénoncé Israël, appelant la communauté internationale à "soutenir nos efforts pour stopper le génocide et l'occupation".
Après près de deux ans de guerre dans la bande de Gaza ravagée, "ce qu'Israël conduit n'est pas une simple agression, c'est un crime de guerre et un crime contre l'humanité (...) qui sera enregistré dans les pages des livres d'histoire et dans la conscience de l'humanité comme l'un des chapitres les plus horribles de la tragédie humanitaire des XXe et XXIe siècles", a-t-il déclaré.
Historique par son élan, le mouvement de reconnaissance d'un Etat palestinien n'a pour autant qu'une portée symbolique.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est branché, lui, sur la fréquence qui a toujours été la sienne :"Il n'y aura pas d'Etat palestinien", répète-t-il à satiété.
La chronique de son discours sans surprises terminée, les regards se sont dirigés vers la Maison Blanche et Trump qu’il devrait rencontrer lundi. Du président américain, auquel lse pays arabes et musulmans ont dit clairement les dangers d'une quelconque annexion de la Cisjordanie et les risques que cela poserait non seulement pour une éventuelle paix à Gaza mais aussi pour toute paix durable.
De l’Assemblée générale de l’ONU, il n’y a donc rien, aujourd’hui plus qu’hier. Si elle en a la volonté, elle n’en n’a pas les moyens.
En 1974, le rameau d’olivier levé par Arafat avait marqué l’entrée de la cause palestinienne dans la diplomatie mondiale. En 2025, Abbas, contraint au distanciel en différé, poursuit comme il peut ce combat présidant un peuple divisé idéologiquement et démembré territorialement, survivant contre bombardements et pilonnage sur une terre en ruines au milieu d’un monde arabe qui ne fait plus illusion.
Entre symbole et impuissance, l’ONU, elle, demeure une tribune sans levier contraignant, illustrant autant la persistance d’un espoir que l’enlisement d’un conflit aux cicatrices qui ne se fermeront pas de sitôt.