International
Déflagration au Proche-Orient : les Israéliens face à l'offensive face aux ripostes iraniennes
Des débris sur le toit d'un bâtiment endommagé dans la ville de Tamra, dans le nord d'Israël, à la suite d'un tir de missile iranien le 15 juin 2025. (Photo AHMAD GHARABLI / AFP)
Dans les décombres de Bat Yam et les rues sous tension de Téhéran, une nouvelle page du conflit irano-israélien s'écrit dans le sang, la peur et l'incertitude. Tandis que les bombes pleuvent et les abris se remplissent, des voix s'élèvent, plus à Téhéran qu’à Tel-Aviv, entre souffrance, détermination et appel à la désescalade.
Bat Yam, ville sous les cendres
"Il ne reste plus rien, plus de maison, c'est fini !" crie Evguenia Doudka, debout face aux ruines de son appartement à Bat Yam, cette ville balnéaire israélienne voisine de Tel-Aviv, meurtrie par une nuit d'enfer. Les frappes iraniennes ont laissé derrière elles un paysage d’apocalypse. Des immeubles éventrés, des décombres partout, et des habitants hagards, encore abasourdis par la violence de l'attaque.
Les secours s'affairent parmi les gravats, tandis que l'odeur de la poussière et du métal brûlé flotte dans l'air. "L'alarme a retenti, alors nous sommes allés dans l'abri. Soudain, tout s'est rempli de poussière. On a compris que quelque chose d'horrible était arrivé", raconte Evguenia, la voix encore tremblante. Six personnes, dont deux enfants, ont perdu la vie ici selon la police.
Dans l'appartement de Shahar Ben Zion, des débris de verre couvrent le sol. "C'est un miracle que nous soyons encore en vie", confie-t-il. Sa mère l'a convaincu à temps de descendre à l'abri. Sur les bancs publics, valises à la main, des familles attendent une solution d'hébergement. "Je suis sous le choc. Rien ne m'avait préparé à cela", lâche Julia Zilbergoltz, qui se réfugie chez une amie avec le peu d'affaires sauvées.
Le maire de Bat Yam, Tzvika Brot, fait état de plus de 100 blessés. L'ampleur des dégâts rappelle la violence inédite de cette riposte iranienne, rare dans son intensité contre un territoire habitué à voir son ciel protégé par le Dôme de fer.
Escalade militaire et diplomatique
Depuis vendredi, l'escalade est inédite. L'armée israélienne a lancé une campagne de bombardements massifs contre des sites militaires, civils et nucléaires iraniens, notamment à Téhéran. En réponse, l'Iran a riposté par des salves de missiles balistiques et de drones. Dix Israéliens sont morts, plus de 200 blessés. Ailleurs à Tel-Aviv, en Galilée, le chaos s'est également invité.
Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a ordonné des avis d’évacuation pour les habitants vivant près des sites d’armement à Téhéran, afin de "créer une pression sur le régime". De son côté, l'Iran a déclaré que sa défense était "légitime" et que toute désescalade était envisageable si les frappes cessaient. Tandis que Tel-Aviv affiche sa détermination à en découdre avec Téhéran.
L'armée israélienne affirme avoir mobilisé une cinquantaine de chasseurs pour bombarder plus de 80 cibles à Téhéran, dont le ministère de la Défense et des sites sensibles à Ispahan. Pendant ce temps, la police iranienne arrête deux individus présentés comme des espions du Mossad préparant des engins explosifs.
Les tensions prennent également une dimension régionale : les rebelles houthis du Yémen annoncent avoir tiré des missiles vers Tel-Aviv, notamment à l'aide d'armes balistiques "Palestine 2". L'espace aérien israélien reste fermé pour le troisième jour consécutif. L'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv est à l’arrêt.
Au milieu du fracas
Dans la cafétéria de Tomer Danieli, quelques clients viennent chercher un peu de répit. "Il fallait que j'ouvre. Les gens ont besoin d'un espace pour souffler, s'éloigner un instant des abris", explique-t-il. Son geste, aussi modeste soit-il, devient un acte de résistance civile face à la peur.
À Tel-Aviv, Hagit Saban, retraitée, ne cache pas son angoisse mais déclare : "L'Iran veut notre destruction, mais notre conflit est avec leur régime, pas leur peuple", dans une guerre où les lignes se brouillent.
Pendant que les décombres sont balayés et que les blessés sont soignés dans la rue, le conflit continue de se nourrir de rancœurs anciennes, de rivalités stratégiques et de diplomatie en lambeaux. Pour beaucoup, cette nouvelle montée des tensions depuis longtemps programmée par Israël signe l'effondrement d'un espoir fragile de dialogue sur le dossier nucléaire iranien. "Israël ne veut pas de compromis. Il cherche à saboter la diplomatie", accuse le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, tout en assurant que son pays ne renoncera pas à ses droits nucléaires.
Entre ruines physiques et fractures morales, en Iran comme en Israël, chaque frappe, chaque riposte, chaque silence des négociateurs éloigne un peu plus la perspective d'une paix durable dans une région où l'histoire semble se répéter au son des sirènes d'alerte avec vue sur beaucoup de sang.