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Deux ans après le coup d’État, le Niger continue de faire du surplace – Par Hatim Betioui
Le colonel major Amadou Abdramane (au centre), porte-parole du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), s'exprimant lors d'une déclaration télévisée. Le 26 juillet 2023, des soldats ont déclaré avoir renversé le gouvernement du président nigérien Mohamed Bazoum dans une déclaration lue à la télévision nationale. (Photo par ORTN - Télé Sahel / AFP)
Deux ans après le putsch du 26 juillet 2023, le Niger ne parvient pas à sortir de l’impasse. Hatim Betioui revient sur un état des lieux où entre tensions sociales, isolement diplomatique et remise en cause de l’indépendance de la justice, la junte du général Abdourahmane Tchiani peine à convaincre qu’elle peut incarner une voie stable pour le pays.

Par Hatim Betioui
Une justice au cœur de la tempête
Deux ans après la chute du processus démocratique, la situation du Niger ne cesse de se dégrader. Le 7 août dernier, le ministre de l’Intérieur a annoncé la dissolution de quatre syndicats du secteur judiciaire : le Syndicat des juges indépendants, l’Union des juges, le Syndicat des fonctionnaires de la justice et celui des cadres techniques et administratifs.
Cette décision a marqué un tournant dans la gouvernance militaire. Elle ne relève pas seulement d’un choix administratif, mais remet en cause la place de la justice dans l’État et le respect du principe de séparation des pouvoirs.
La junte a justifié son geste en accusant les syndicats d’avoir outrepassé leur rôle professionnel pour s’engager dans des conflits personnels ou politiques. Mais pour ses opposants, il s’agit d’une sanction infligée à des voix critiques qui dénonçaient l’ingérence du pouvoir exécutif dans le judiciaire.
La réaction fut immédiate : les magistrats ont lancé une grève pour exiger l’annulation de la dissolution et la réintégration de leurs collègues, notamment Abdoul Nasser Bagna, secrétaire général du Syndicat des juges indépendants, et son adjoint Moussa Mahamadou. Cette confrontation révèle un enjeu plus profond : celui de l’indépendance de la justice face à l’autorité militaire.
Un écho international et un malaise politique interne
La dissolution des syndicats a suscité des inquiétudes bien au-delà des frontières. En effet, le Niger est lié par des conventions internationales, notamment celles de l’Organisation internationale du travail (OIT), les conventions 87 et 98, qui garantissent la liberté syndicale. Le non-respect de ces engagements risque d’aggraver l’isolement d’un pays déjà sous sanctions et sous pression économique et sécuritaire depuis le coup d’État.
Sur le plan politique intérieur, l’épisode illustre un paradoxe : les forces politiques qui, hier encore, défendaient démocratie et droits fondamentaux se montrent désormais silencieuses. Par prudence ou par faiblesse, elles n’ont pas réagi fermement face aux décisions de la junte. Ce silence est perçu comme un signe de division et de fragilité des élites civiles, laissant le champ libre à un pouvoir militaire soudé.
Les syndicats judiciaires se retrouvent ainsi en première ligne face au pouvoir. Même si le rapport de forces n’est pas en leur faveur, leur mobilisation traduit une résistance civile capable d’ébranler, au moins symboliquement, la junte. Leur succès ou leur échec pèsera lourdement sur l’avenir politique et institutionnel du Niger.
Un pays à la croisée des chemins
La crise actuelle soulève une question essentielle : la junte cherche-t-elle à remodeler le système politique de manière à affaiblir les contre-pouvoirs comme les syndicats et les instances judiciaires ? Ou s’agit-il seulement de mesures provisoires destinées à préserver son autorité en période de transition ? La réponse à ces interrogations déterminera si le Niger s’engage dans un autoritarisme durable ou s’il s’oriente vers une recomposition future entre militaires et civils.
En attendant, le pays est à la croisée des chemins, confronté à de multiples défis. Les menaces sécuritaires persistent à ses frontières avec le Mali, le Burkina Faso et le Nigeria, zones où les groupes armés prolifèrent. La crise économique, quant à elle, accentue les difficultés quotidiennes des populations. Dans ce contexte, restaurer la confiance dans les institutions, notamment judiciaires, apparaît comme une nécessité vitale pour maintenir une cohésion interne déjà fragile.
À court terme, la dissolution des syndicats pourrait offrir à la junte un répit en neutralisant des voix dissidentes. Mais elle ouvre aussi une nouvelle brèche qui touche au cœur du contrat social nigérien. À plus long terme, l’avenir du pays dépendra de sa capacité à équilibrer impératifs sécuritaires et respect des droits fondamentaux, seuls garants d’une stabilité durable.
Ce qui demeure constant dans les régimes militaires, c’est que ‘’l’œil ne peut s’élever au-dessus du sourcil’’, et il va donc de soi que rien, absolument rien, n’avancera ainsi au Niger ! »