International
Gaza: Ce que l'UE s’interdit d’empêcher
Un Palestinien pleure son enfant, tué lors des frappes israéliennes de la nuit, dans la morgue de l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, le 15 juillet 2025. (Photo Omar AL-QATTAA / AFP)
Réunis à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne disposent de leviers juridiques et diplomatiques pour sanctionner Israël pour ses violations des droits humains à Gaza. Mais entre divisions internes, hypocrésie diplomatique et illusions sur un accord humanitaire, l’UE semble plus encline à temporiser qu’à agir, au grand dam des défenseurs de la justice internationale.
Bruxelles, Belgique _ Les chefs de la diplomatie des pays de l'UE examinent mardi un ensemble de mesures à prendre éventuellement contre Israël pour sanctionner la violation des droits humains à Gaza, mais avec peu de chances de passer aux actes, selon des diplomates à Bruxelles.
"Je ne peux pas prédire comment la discussion se déroulera", a prudemment reconnu la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, avant le début de cette réunion à Bruxelles.
Un rapport de la Commission européenne, présenté fin juin aux Vingt-Sept, estime qu'Israël a violé l'article 2 de l'accord d'association qui l'unit à l'UE, en matière de respect des droits de l'homme.
En conséquence, Kaja Kallas a préparé une liste d'options possibles: suspension de l'accord tout entier, interdiction des exportations en provenance des territoires palestiniens occupés, révision de la politique de visas ou encore suspension de la partie commerciale de l'accord d'association.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a plaidé de son côté pour des sanctions contre les colons extrémistes en Cisjordanie, souhaitant que l'UE "cesse toute forme de soutien financier direct et indirect à la colonisation".
Le gouvernement israélien doit mettre "fin à la colonisation de la Cisjordanie et en particulier au projet funeste du projet E1 qui, avec 3.400 logements, menace de couper en deux la Cisjordanie et de porter un coup fatal à la solution à deux Etats", a affirmé M. Barrot.
Mais, selon plusieurs diplomates européens, il est peu probable que les ministres prennent une décision, et même qu'ils discutent le détail des mesures proposées par Bruxelles.
Et cela d'autant plus depuis l'annonce la semaine dernière par Mme Kallas d'un accord avec Israël censé permettre la livraison de davantage d'aide humanitaire à Gaza.
Pour certains pays, cette supposée amélioration sur le terrain, inexistante pourtant, éloigne toute perspective de sanctions à l'encontre d'Israël, au moins dans l'immédiat.
"Progrès important"
"Je suis sûr qu'aucune (mesure) ne sera adoptée par les Etats membres", a lancé nonchalamment lundi à Bruxelles le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar, venu participer à l'invitation de Mme Kallas à une réunion avec des responsables de la région, égyptien, palestinien et syrien.
Cet accord sur l'extension de l'aide humanitaire représente un "progrès important", a souligné un diplomate européen, et, bien sûr ce n'est "pas le moment", ce ne sera d’ailleurs jamais le moment, de discuter d'une éventuelle suspension de l'accord d'association.
Les 27 se sont montrés particulièrement divisés sur l'attitude à adopter vis-à-vis d'Israël depuis le début de son génoicde des Palestiniens.
Plusieurs Etats membres, dont l'Allemagne, insistent, malgré les crimes de guerre patents, sur ‘’le droit d'Israël à se défendre’’, dans le respect du droit international (sic), tandis que d'autres, comme l'Espagne, dénoncent un génocide à l'encontre des Palestiniens.
Pour faire diversion de leur mauvaise volonté, les 27 devraient trouver mardi un terrain commun pour réaffirmer ‘’la nécessité d'appliquer pleinement sur le terrain l'accord négocié par l'Union européenne afin d'accroître l'aide humanitaire à Gaza’’, selon ces diplomates.
Alors que la situation appelle une décision à même de mettre fin au génocide, cet accord prévoit, pour se payer une bonne conscience à peu de frais, une "augmentation substantielle du nombre de camions transportant quotidiennement des produits alimentaires et non alimentaires entrant à Gaza", ainsi que l'ouverture de "nouveaux points de passage" au nord et au sud de la bande de Gaza, selon un communiqué rendu public par Mme Kallas. Ce que très fort probablement, ils n’obtiendront pas d’Israël.
Faisant l’autruche, la cheffe de la diplomatie européenne a prétendu voir ‘’des signes encourageants : davantage de camions acheminent plus de fournitures à la population de Gaza. Mais bien sûr, nous savons que ce n'est pas suffisant’’. (Quid avec AFP)