Gaza : Doha relance la médiation autour du plan Trump avec le Hamas et Ankara, Netanyahu revient sur ses engagements

Gaza : Doha relance la médiation autour du plan Trump avec le Hamas et Ankara, Netanyahu revient sur ses engagements

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Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP

Le Qatar a annoncé mardi la tenue d’une réunion cruciale avec le mouvement islamiste palestinien Hamas et des représentants turcs pour examiner le plan de paix proposé par Donald Trump, en présence des chefs des services de renseignement égyptiens et turcs,

Majed al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a confirmé que le document en 20 points avait été remis au Hamas par les médiateurs qataris et égyptiens. « La délégation de négociateurs a promis de l’étudier de manière responsable », a-t-il précisé, tout en se montrant prudemment optimiste : « Il est encore trop tôt pour parler de réponses, mais ce plan est global ».

Un plan incertain

La Maison Blanche a présenté ce plan comme la première proposition capable de mettre fin de façon définitive à la guerre qui a fait de Gaza un champ de ruines avec de 66.000 Palestiniens.

Le texte américain prévoit un cessez-le-feu immédiat, la libération des détenus israélien dans un délai de 72 heures, le désarmement progressif du Hamas, le retrait par étapes de l’armée israélienne, l’installation d’une autorité de transition excluant le mouvement islamiste et le déploiement d’une force internationale de stabilisation. Cette architecture ambitieuse serait supervisée par un « comité de la paix » présidé par Donald Trump, avec l’ancien Premier ministre britannique, le très controversé Tony Blair pour ses menées en Irak.

La mise en œuvre reste donc incertaine et déjà Netanyahu donne des signes de reniement de parties importantes du plan Trump, sachant que deux trêves précédentes, laborieusement négociées, avaient échoué à déboucher sur une paix durable.

 Entre soutien israélien et scepticisme palestinien

À Jérusalem, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a publiquement fait semblant de soutenir le plan, tout en posant ses conditions. « Nous récupérerons tous nos otages, vivants et en bonne santé, et l’armée restera dans la majeure partie de la bande de Gaza », a-t-il déclaré dans une vidéo. Pour lui, pas question de céder à ce qu’il présente comme des « exigences du Hamas ». Son message visait autant l’opinion israélienne, impatiente de voir les détenus revenir, que ses alliés d’extrême droite, farouchement opposés à tout compromis.

Le Forum des familles de détenus a salué un « accord historique », tout en exprimant des craintes : « Nous avons tant souffert avec des accords qui, au final, se sont retournés contre nous », a confié Hannah Cohen, dont un proche avait été assassiné.

Côté palestinien, le scepticisme domine. « Ce plan est irréaliste. Les conditions imposées sont connues d’avance comme inacceptables pour le Hamas », estime Ibrahim Joudeh, ingénieur de Gaza. Sur le terrain, les bombardements israéliens se poursuivaient mardi, avec au moins cinq morts près d’un centre de distribution d’aide humanitaire.

Doha, un médiateur au cœur du jeu

Le Qatar continue de tenir un rôle clé dans cette équation complexe. Malmené par Israël, l’émirat a rappelé lundi son engagement à poursuivre ses efforts de médiation après un appel téléphonique impliquant Donald Trump, Benjamin Netanyahu et le Premier ministre qatari.

Lors de cette conversation, Netanyahu a présenté ses excuses pour des frappes qui avaient touché des intérêts qataris. En contrepartie, le président américain a offert à Doha des garanties de sécurité, assurant que le pays ne serait « jamais attaqué ». « Nous sommes satisfaits de ces engagements », a déclaré Majed al-Ansari, précisant qu’Israël avait donné des assurances similaires.

 Une paix encore hors de portée ?

Si le plan américain est soutenu par plusieurs capitales occidentales et arabes, son acceptation reste suspendue à la position d’Israël et du Hamas. Le mouvement a entamé « une série de consultations » qui pourraient durer plusieurs jours, selon une source palestinienne proche des discussions. L’enjeu est de taille : accepter le plan reviendrait à signer sa propre marginalisation politique, tandis que le rejeter l’exposerait à l’accusation d’entraver la paix et à la poursuite de l’offensive israélienne.

À Tel-Aviv, Netanyahu est lui-même sous pression. Outre la rue qui exige la libération des détenus, ses partenaires de coalition d’extrême droite dénoncent le plan comme une « capitulation ». Bezalel Smotrich, ministre des Finances, l’a qualifié de « fiasco diplomatique » et d’oubli des leçons du 7 octobre.

Le plan prévoit également la libération par Israël de près de 2.000 prisonniers palestiniens, dont 250 condamnés à la perpétuité.

Entre guerre et diplomatie

Le conflit israélo-palestinien se trouve à un tournant. Après des mois d’escalade, les principaux acteurs semblent reconnaître qu’aucune issue militaire ne peut apporter une solution durable. Mais les conditions posées, les divergences d’interprétation et la défiance mutuelle pèsent lourdement sur les perspectives de mise en œuvre.

À Gaza, où la quasi-totalité de la population a été déplacée et où les infrastructures sont détruites, l’urgence humanitaire rend chaque jour plus pressante une solution politique. Mais sur le terrain diplomatique comme militaire, les incertitudes demeurent.

Pour Donald Trump, revenu sur le devant de la scène internationale par cette initiative, l’enjeu est autant géopolitique qu’électoral. En se posant comme artisan de la paix au Moyen-Orient, il espère renforcer son image de négociateur hors pair. Pour les habitants de Gaza et les familles des détenus israéliens, l’urgence est tout autre : mettre fin à une guerre interminable qui a déjà broyé trop de vies.