International
Gaza: un journaliste de l'AFP raconte son quotidien face au risque de "famine"
Des Palestiniens se rassemblent à un point de distribution de soupe de lentilles dans la ville de Gaza, dans le nord de la bande de Gaza, le 27 juillet 2025. (Photo Omar AL-QATTAA / AFP)
Dans une Gaza ravagée par 21 mois de guerre génocidaire, où la faim rivalise avec les bombes, le journaliste Youssef Hassouna arpente chaque jour des kilomètres sous une chaleur écrasante pour témoigner. Alors que les prix explosent et que la nourriture se fait rare, il incarne, comme plus de 200 confrères tués, le courage de ceux qui continuent à porter la voix des sans-voix dans une guerre sans fin.
Gaza, Palestine - "Tous les jours, je marche 14 à 15 kilomètres" sous une chaleur accablante pour recueillir des informations dans la bande de Gaza en guerre, où se procurer de la nourriture est devenu extrêmement difficile, raconte Youssef Hassouna, journaliste vidéo de l'AFP.
"Ce matin, j'ai parcouru environ 25 kilomètres aller-retour à la recherche d'informations", a-t-il dit mardi.
Plus de 21 mois de guerre génocidaire d’Israël contre les Palestiniens ont entraîné le déplacement de la quasi-totalité de la population dans la bande de Gaza, de graves pénuries alimentaires et d'autres produits de première nécessité, ainsi que la destruction de la quasi totalité du territoire palestinien.
Les déplacements y sont devenus "très, très difficiles", raconte M. Hassouna, 48 ans. "J'avais l'habitude de changer de chaussures tous les six mois", mais maintenant, "j'use une paire tous les mois", dit-il.
Qu'il filme une ruée chaotique sur de l'aide humanitaire ou les conséquences sanglantes d'une frappe aérienne, M. Hassouna explique que les pénuries extrêmes de nourriture, d'eau potable et de soins médicaux compliquent encore plus ses efforts pour couvrir ce conflit dévastateur.
Les massacres lancées par Israël à Gaza ont coûté la vie à 59.219 personnes, majoritairement des civils, dont les deux tiers sont des enfants et des femmes, selon des données du ministère de la Santé à Gaza, jugées fiables par l'ONU.
Plus de 100 ONG ont mis en garde mercredi contre la propagation d'une "famine" à grande échelle dans le territoire où vivent plus de deux millions d'habitants. Un blocus total imposé en mars par Israël et très partiellement assoupli fin mai y a entraîné de graves pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant.
- Hassouna, qui vit à Gaza-ville, raconte que sa principale difficulté est d'obtenir suffisamment de nourriture pour lui et sa famille.
En près de deux ans de guerre, il perdu plus de 40 kilos: "Je pesais environ 110 kilos, aujourd'hui entre 65 et 70 kilos".
Des prix multipliés par 100
L'aggravation de la crise alimentaire a fait grimper en flèche les prix de la nourriture disponible, rendant les produits de première nécessité hors de portée pour de nombreux habitants.
"Il est extrêmement difficile d'obtenir de la nourriture à Gaza. Et quand elle est disponible, les prix sont multipliés par 100", raconte M. Hassouna.
Par exemple, le kilo de lentilles est passé de trois shekels (0,90 dollar) à 80 shekels (24 dollars) aujourd'hui et le prix du riz a été multiplié par 20, dit-il.
"L'accès à l'eau est tout aussi difficile, qu'il s'agisse d'eau douce ou d'eau salée", ajoute M. Hassouna. "Les enfants doivent faire la queue pendant quatre, cinq, six ou même sept heures pour aller la chercher", dit-il.
Par ailleurs, observe-t-il, le travail de journaliste couvrant la guerre pose parfois des problèmes avec des Palestiniens vivant à Gaza, qui craignaient d'être victimes de représailles israéliennes contre les journalistes.
"Certains aiment les journalistes, d'autres non", dit-il.
"Ceux qui nous soutiennent viennent me voir pour me dire: +Dites-nous ce qui se passe, quand cette guerre va-t-elle se finir? Faites entendre notre voix à l'étranger, dites au monde entier que nous ne voulons pas de la guerre+. D'autres disent le contraire: +Ne vous approchez pas, ne vous joignez pas à nous+. Les journalistes sont la cible des bombardements israéliens", explique M. Hassouna.
L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a indiqué début juillet que plus de 200 journalistes avaient été tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023.
L'attaque du Hamas ce jour-là en Israël, qui a déclenché la guerre, a entraîné côté israélien la mort de 1.219 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles.
- Hassouna n'attend qu'une chose, une paix qui dure: "Depuis notre enfance, nous avons vécu dans la guerre, et nous ne voulons pas que nos enfants, ou même les enfants (israéliens), vivent cela", dit-il: "Nous voulons tous une vie sans conflit".
AFP, AP, Reuters et BBC News demandent à Israël un libre accès à Gaza
Les agences de presse AFP, AP et Reuters, ainsi que la BBC, ont lancé jeudi un appel commun à Israël à "autoriser l'entrée et la sortie des journalistes à Gaza", après 21 mois de guerre qui ont permis à Tsahal de tuer plus de 200 journalistes.
"Les journalistes doivent affronter de nombreuses privations et difficultés en zone de guerre. Nous sommes profondément inquiets du fait que, désormais, la faim menace leur survie", indiquent l'Agence France-Presse, l'américaine Associated Press, la canado-britannique Reuters et la chaîne britannique BBC News dans une déclaration conjointe.
"Nous exhortons une nouvelle fois les autorités israéliennes à autoriser l'entrée et la sortie des journalistes à Gaza. Il est essentiel que des vivres en quantités suffisantes parviennent à la population sur place", insiste ce texte.
Ces médias internationaux se disent "profondément préoccupés par la situation" de leurs journalistes à Gaza, "qui peinent de plus en plus à subvenir aux besoins alimentaires de leurs familles et d'eux-mêmes". "Ces journalistes indépendants ont été les yeux et les oreilles du monde sur le terrain à Gaza. Ils font désormais face aux mêmes conditions dramatiques que celles des populations qu'ils couvrent", soulignent-ils. (Quid avec AFP)