L'Europe du sud en feu

L'Europe du sud en feu

-Des parapluie en guise de parasols pendant la vague de chaleur extrême qui frappe Séville, où les températures dépassent les quarante degrés, le 12 août 2025. (Photo de CRISTINA QUICLER / AFP)

1
Partager :

La Grèce, le Portugal et l'Espagne étaient toujours aux prises mercredi avec de violents incendies tandis que la situation s'améliorait en France et en Italie, après que des dizaines de milliers d'hectares ont été ravagés ces derniers jours en Europe méridionale.

En pleine canicule, l'Europe en surchauffe lutte contre les feux

L'Europe suffoque sous le poids d'une canicule qui s'éternise, une situation propice aux incendies, dont le nombre et l'intensité sont favorisés par le réchauffement climatique, notamment dans la péninsule ibérique où des milliers d'évacuations ont eu lieu.

Des alertes rouge canicule ont été déclenchées en Italie, France, Portugal, dans les Balkans ou encore en Espagne, où l'Agence nationale de Météorologie (Aemet) a annoncé que la canicule allait se prolonger "probablement" jusqu'à lundi.

Dans ce pays, où plusieurs dizaines d'incendies sont encore actifs ou menacent de repartir, un volontaire qui participait à la lutte contre le feu est mort mardi en luttant contre un incendie dans la région de León (nord ouest). Dans la nuit de lundi à mardi, un autre homme a péri brûlé, dans un incendie à Tres Cantos, une localité située à 25 km au nord de Madrid.

"Nous sommes en risque extrême pour les incendies de forêt", selon le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez sur X.

Environ un millier de soldats de l'Unité militaire d'Urgence (UME), qui intervient lors des catastrophes naturelles, est déployé sur les principaux sinistres.

Évacuées parfois dans l'urgence, près de 6.000 personnes avaient été contraintes de passer la nuit hors de chez elles. Beaucoup ont commencé à rentrer à leur domicile mardi grâce à l'amélioration de la situation, mais de nouveaux ordres d'évacuations mardi compliquent le décompte.

Ainsi, dans la province de Cadix en Andalousie, plusieurs centaines des 2.000 personnes évacuées ont reçu mardi matin l'autorisation de rentrer chez elles, après qu'un feu maîtrisé la semaine dernière à Tarifa, à la pointe sud du pays, a repris lundi.

Mais en Castille-et-Léon, au moins 3.000 personnes ont été évacuées, selon les autorités locales. Dans cette région du nord-ouest, les incendies ont notamment ravagé le site naturel de Las Médulas - classé par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'Humanité - et si quelques centaines de résidents à proximité ont pu rentrer, plusieurs foyers restent actifs.

Un homme a été arrêté, soupçonné d'avoir déclenché volontairement un incendie qui avait détruit 2.200 hectares dans la province d'Ávila.

Dôme de chaleur

Au Portugal voisin, l'autre pays le plus durement frappé par les incendies, les cloches ont retenti dans la matinée pour donner l'alerte dans le village de Trancoso (centre), site du sinistre le plus inquiétant.

En plus des 700 pompiers, les habitants se sont mobilisés, arrosant les terrains autour de leur maison à l'aide de tuyaux dans l'espoir de freiner l'avancée des flammes.

La Grèce a fait appel au mécanisme européen de lutte contre les feux de forêt face à de nouveaux foyers qui se sont déclarés. Les plus dangereux se situent sur l'île de Zante en mer Ionienne (ouest), dans des villes dans l'ouest de la Grèce continentale ainsi que dans le département d'Achaïa dans l'ouest du Péloponnèse où une vingtaine d'évacuations préventives de villages ont été effectuées. Les médias grecs ont montré une usine en flamme près de Patras, troisième ville du pays.

L'Italie n'est pas épargnée, avec onze villes placées en alerte rouge en raison de la canicule, dont pratiquement toutes les plus grandes villes du pays (Rome, Milan, Turin...).

En France, 14 départements du sud-ouest et centre-est sont en vigilance rouge canicule et deux tiers du pays en orange.

Au moins cinq stations météorologiques ont battu mardi leur record de température, à l'image des 42,9°C enregistrés à Saint-Laurent-du-Pape en Ardèche (sud-est) et à Saint-Côme d'Olt en Aveyron (sud-ouest), selon Météo-France.

"C'est étouffant, il n'y a pas d'air, que du béton", constate Andréa, 21 ans, qui démarche les piétons pour le compte d'une association à Lyon (centre-est).

"La vague de chaleur affectant actuellement la France, l'Espagne et les pays des Balkans n'est pas surprenante", a expliqué par écrit à l'AFP Akshays Deoras, expert en météorologie à l'université britannique de Reading.

"Elle est conduite par un dôme de chaleur qui persiste au-dessus de l'Europe. En raison du changement climatique, nous vivons maintenant dans un monde sensiblement plus chaud, et cette réalité accroît à la fois la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur", a-t-il poursuivi.

De plus, la sécheresse est devenue la réalité quotidienne pour plus de la moitié de l'Europe, principalement pour le pourtour méditerranéen, depuis plusieurs mois, une situation propice aux incendies.

Signe alarmant d'un phénomène qui menace le continent, l'Agence britannique pour l'Environnement a indiqué mardi que la pénurie d'eau en Angleterre était désormais classée "d'importance nationale". Les six premiers mois de l'année ont été les plus secs depuis 1976, année qui avait été marquée par une très forte sécheresse en Europe.

Une alerte à la pollution de l'air a été déclenchée à Londres par la municipalité et le trafic ferroviaire a été perturbé, les sols desséchés faisant bouger les trains.

Les pompiers écossais ont déclenché une alerte pour risque "très élevé" d'incendie entre le 13 et le 19 août dans plusieurs régions et appellent la population à agir "avec responsabilité", à éviter barbecues portables, feux de camp et jets de mégots de cigarettes.

Au sud-est du continent, les Balkans sont également en première ligne, qu'il s'agisse de l'Albanie, où plusieurs centaines de pompiers et soldats combattent des incendies, du Montenegro ou de la Croatie.

Le point pays par pays

Les incendies, qui ont fait quatre morts -- deux en Espagne, un au Monténégro, un en Albanie -- sont favorisés par une vague de chaleur intense et prolongée associée à une grave sécheresse, signes des effets du changement climatique.

Grèce

Si les pompiers en Grèce s'attendaient mercredi à "une journée très difficile", c'était surtout en raison de violentes rafales de vents, alors qu'ils luttent contre 23 incendies, dont l'un aux portes de Patras, troisième ville du pays.

"C'est certainement les 24 heures les plus difficiles de la période de lutte contre les feux", a déclaré le président de l'Union des Officiers des Pompiers, Kostas Tsigas.

"Rien qu'hier, 82 incendies ont éclaté, un nombre très important qui, combiné aux vents violents, à la sécheresse et aux températures élevées, a créé d'énormes difficultés", a-t-il poursuivi au sujet de ces feux qui ont pour la plupart été maîtrisés.

Mercredi dès l'aube, alors que soufflent en Grèce des vents de plus de 80 km/h depuis la semaine dernière, 33 avions et 4.850 pompiers étaient mobilisés sur tous les fronts.

Athènes avait fait appel mardi au mécanisme européen pour obtenir quatre bombardiers d'eau supplémentaires, alors que plus de 20.000 hectares ont été détruits par les flammes depuis juin dans le pays.

Les fronts d'incendies les plus inquiétants se situent sur l'île de Zante, en mer Ionienne (ouest), sur l'île de Chios (dans le nord-est de la mer Egée), à Preveza (ouest), ainsi que dans le département d'Achaïa (dans le nord-ouest du Péloponnèse).

Proche de la ville de Patras, un nouvel incendie s'est déclaré près du site archéologique de Vouteni et menace des zones de forêts et des habitations, recouvertes d'un épais nuage de fumée.

Portugal

Mercredi, cinq grands incendies sévissaient dans le nord et le centre du Portugal, combattus par plus de 1.800 pompiers appuyés par une vingtaine de moyens aériens, selon la protection civile.

Le brasier qui mobilisait le plus de moyens est celui de Trancoso (centre) actif depuis samedi, où de fortes rafales de vent ont provoqué de nouvelles reprises de feu dans la nuit menaçant des villages.

Près d'Aldeia Nova, sous un épais nuage de fumée recouvrant les rues du petit village de maisons en pierre, les habitants ont prêté main forte aux pompiers. "Ca fait peur ... mais on est toujours prêts à s'entraider", a témoigné à la télévision Sic Noticias, un agriculteur.

Le Portugal compte sur deux Canadairs marocains jusqu’à la fin de la semaine après la panne de deux de ses appareils. Face aux critiques sur le manque de moyens, le Premier ministre Luis Montenegro a assuré mardi que le gouvernement faisait "son maximum", rappelant qu’un dispositif de 15.000 agents était mobilisé et tous les moyens disponibles en alerte maximale.

Depuis le début de l'année, les feux de forêt ont consumé plus de 63.000 hectares, selon des données encore provisoires de l'Institut national de gestion des forêts (ICNF).  Lors des incendies de 2017, qui ont fait plus d’une centaine de victimes, quelque 500.000 hectares étaient partis en fumée.

Espagne

En Espagne, si les pompiers luttaient toujours mercredi contre 14 incendies majeurs, surtout dans le nord, la situation semblait en revanche pouvoir s'améliorer grâce à une hausse de l'humidité, un peu de pluie et une baisse des températures.

"L'évolution ce matin devrait être favorable parce que le climat est de nôtre côté pour quelques heures", a estimé pour la télévision publique Viriginia Barcones, directrice générale de l'agence de la protection civile.

Près de 6.000 personnes de 26 localités ont été évacuées dans la région de Castille-et-Leon (nord-ouest).

Jusqu'ici cette année, le pays a déploré 199 incendies ayant détruit 99.000 hectares, deux fois plus que l'an dernier, mais trois fois moins toutefois qu'en 2022, l'année la pire.

Balkans

Plusieurs pays des Balkans luttaient toujours mercredi contre des dizaines d'incendies. En Albanie un homme de 80 ans est mort mardi soir après avoir allumé un feu dans son jardin, qui s'est propagé chez ses voisins, faisant huit blessés.

Des incendies hors de contrôle sévissaient dans le centre et le sud du pays, tandis que le Monténégro connaissait une accalmie.

France

Dans le sud de la France, la vigilance restait maximale pour éviter toute réactivation de l'incendie gigantesque qui a parcouru 16.000 hectares avant d'être maîtrisé dimanche dans le département de l'Aude.

Mais des alertes rouge canicule ont été déclenchées dans le centre-est du pays assommé par une intense vague de chaleur, comme en Italie, Portugal, Grèce, Espagne et dans les Balkans.

Italie

La situation s'est nettement améliorée sur le front des incendies, le feu sur les flancs du volcan, le Vésuve, qui avait projeté des nuages de fumée au-dessus de Naples (sud) ayant été maîtrisé au bout de cinq jours.

Dans toute la péninsule, les pompiers ont indiqué mercredi avoir pu "contrôler ou éteindre" neuf incendies. (Quid avec AFP)