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L'ex-président français Nicolas Sarkozy condamné à cinq an de prison : ‘’Je dormirai en prison la tête haute’’
L'ancien président français Nicolas Sarkozy (à gauche) arrive avec son épouse Carla Bruni (au centre) pour le dernier jour de son procès pour financement illégal de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 par la Libye, au tribunal de Paris, le 8 avril 2025. (Photo par ALAIN JOCARD / AFP)
A l’issue d’une poursuite fleuve, Nicolas Sarkozy a déclaré : ‘’Ceux qui me haïssent à ce point pensent m'humilier. Ce qu'ils ont humilié aujourd'hui, c'est la France. C'est l'image de la France.’’ Il venait d’être condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans le dossier du supposé financement libyen de sa campagne 2007, avec incarcération prochaine même en cas d’appel—une première pour un ancien chef de l’État en France. Relaxé d’autres chefs, l’ex-président conteste les charges. Ses ex-collaborateurs Claude Guéant et Brice Hortefeux sont condamnés, tandis que le PNF avait requis sept ans. En parallèle, l’affaire Bygmalion arrive en cassation le 8 octobre.
Paris, France - L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, a été condamné jeudi à cinq ans de prison ferme pour avoir "laissé ses proches" démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi en vue d'obtenir un financement illégal de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007, et sera bientôt incarcéré, une première en France.
Même en cas d'appel, le sixième président de la Ve République française (2007-2012), aujourd'hui âgé de 70 ans, sera convoqué dans un délai d'un mois par le parquet qui lui signifiera sa date d'incarcération.
Définitivement condamné à un an de prison ferme pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite "des écoutes", Nicolas Sarkozy a déjà dû porter un bracelet électronique à la cheville de janvier à mai, une sanction déjà inédite en France pour un ancien chef de l'Etat. Il a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).
La présidente du tribunal correctionnel de Paris, Nathalie Gavarino, a expliqué que M. Sarkozy était coupable d'association de malfaiteurs pour avoir "laissé ses proches collaborateurs et soutiens politiques sur lesquels il avait autorité" solliciter les autorités libyennes "afin d'obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en Libye en vue d'obtenir financement" de sa campagne de 2007.
Le tribunal l'a en revanche relaxé des faits de recel de détournement de fonds publics libyens, de corruption passive et de financement illégal de campagne électorale.
L'enquête n'a en effet pas permis de prouver "que l'argent parti de Libye" ait été utilisé dans un financement occulte de la campagne de présidentielle victorieuse de l'ancien président français, Nicolas Sarkozy, en 2007, selon le jugement lu par la présidente.
"Rencontres occultes"
Deux anciens proches collaborateurs de M. Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux, ont été reconnus coupables d'association de malfaiteurs. Le premier a également été reconnu coupable de corruption passive et de faux et condamné à six ans, tandis que Brice Hortefeux a s'est lui vu infliger une peine de deux ans de prison.
Eric Woerth, trésorier de la campagne, a été relaxé.
A la suite à la mort au Liban mardi d'un des prévenus et protagoniste-clé du dossier, Ziad Takieddine, le tribunal a par ailleurs constaté l'extinction de l'action publique à son encontre.
Les représentants du parquet national financier (PNF) avaient réclamé fin mars à l'encontre de l'ex-chef d'Etat, au terme de trois mois de procès, sept ans de prison, l'accusant d'avoir noué un "pacte de corruption faustien avec un des dictateurs les plus infréquentables de ces 30 dernières années". Ils avaient également requis à son encontre 300.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité.
Cette peine était la plus lourde réclamée contre les 12 prévenus du dossier.
Selon l'accusation, l'ancien président (2007-2012) aurait favorisé, en échange de pots-de-vin, le retour sur la scène internationale de la Libye et se serait engagé à absoudre le beau-frère de Kadhafi, Abdallah Senoussi, condamné à la perpétuité pour son rôle dans l'attentat du DC-10 de l'UTA qui avait coûté la vie à 170 personnes en 1989.
Pour les procureurs, M. Sarkozy a été aussi bien un "commanditaire" qu'un bénéficiaire de ce financement.
"Outrance"
Nicolas Sarkozy, qui n'a cessé de clamer son innocence, avait dans la foulée dénoncé "l'outrance de la peine réclamée", ne visant selon lui qu'à "masquer la faiblesse des charges alléguées".
Initialement portées par des dignitaires de l'ancien régime, les accusations ne seraient selon lui que le fruit d'un complot ourdi par le clan Kadhafi pour se venger de son rôle déterminant dans la chute du dictateur en 2011.
Il n'y a "aucune preuve", "rien", "pas un centime libyen", "pas le début d'un commencement de financement", avait martelé l'ancien président, lassé de se "justifier sur des preuves qui n'existent pas!".
La Cour de cassation, plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, examinera par ailleurs le 8 octobre son pourvoi dans l'affaire "Bygmalion", portant sur le financement de sa campagne présidentielle de 2012 et pour laquelle il a été condamné en appel à un an de prison dont six mois ferme.
"Je dormirai en prison la tête haute"
Nicolas Sarkozy dans une déclaration à la presse à l'issue du jugement du tribunal correctionnel de Paris a considéré: "Ce qui s'est passé aujourd'hui dans cette salle du tribunal correctionnel de Paris est d'une gravité extrême pour l'Etat de droit, pour la confiance qu'on peut avoir pour la justice.
‘’Plus de dix ans d'enquête, des millions d'euros dépensés pour trouver un financement libyen dont le tribunal correctionnel vient de dire qu'il n'a pas pu, et pour cause, être trouvé dans ma campagne.
‘’Le tribunal a été plus loin en déclarant solennellement que le document Mediapart qui était à l'origine de cette procédure était, je cite, un faux.
‘’J'ai été renvoyé devant ce tribunal pour quatre délits. Sur trois, j'ai été relaxé. Pas de financement trouvé, pas de corruption.
‘’Je suis donc condamné pour avoir prétendument laissé faire deux de mes collaborateurs qui auraient eu l'idée - l'idée - d'un financement illégal de ma campagne.
‘’Depuis toutes ces années, j'ai assumé toutes mes responsabilités. Je n'ai naturellement refusé aucune audience. J'ai été mis en garde à vue et j'ai été interrogé, ausculté, examiné, de telle façon que la présidente du tribunal dit: +Il n'y a aucun enrichissement personnel à vous reprocher+.
‘’Pas de financement illégal de ma campagne, pas d'enrichissement personnel.
‘’Et la conclusion qu'en tire le tribunal, c'est que je dois passer cinq années en prison.
‘’Et alors même qu'on connaît mon adresse, qu'on peut me reconnaître dans la rue, que j'ai assumé toutes mes responsabilités, le tribunal prononce l'exécution provisoire pour me voir dormir en prison le plus tôt possible.
‘’Je demande aux Français, qu'ils aient voté ou non pour moi, qu'ils me soutiennent ou non, d'apprécier ce qui vient de se passer.
‘’La haine n'a donc décidément aucune limite.
‘’J'assumerai mes responsabilités, je déférerai aux convocations de justice et s'ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison. Mais la tête haute.
‘’Je suis innocent. Cette injustice est un scandale. Je ne m'accuserai pas de quelque chose que je n'ai pas fait.
‘’Naturellement, je ferai appel. Sans doute devrai-je comparaître les menottes aux mains devant la cour d'appel.
‘’Ceux qui me haïssent à ce point pensent m'humilier. Ce qu'ils ont humilié aujourd'hui, c'est la France. C'est l'image de la France.
‘’Et si quelqu'un trahit les Français, ce n'est pas moi. C'est cette injustice invraisemblable à laquelle vous venez d'assister.
‘’Je n'ai aucun esprit de revanche, je n'ai aucune haine et que chacun comprenne bien et l'entende, je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour prouver ma complète innocence".
(Quid avec AFP)