La chute de Jair Bolsonaro au Brésil des gloires et décadences

La chute de Jair Bolsonaro au Brésil des gloires et décadences

Le sourire satisfait d’une Brésilienne après la décision de la Cour suprême du Brésil dans le procès de l'ancien président Jair Bolsonaro à Brasilia, son badge dit : ‘’Uh, tu vas aller en prison’’. (Photo par EVARISTO SA / AFP)

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Par Hassan Zakariaa avec MAP

Brasilia – L’ancien président brésilien Jair Bolsonaro a été condamné jeudi à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, marquant un tournant historique pour la démocratie du pays. Ce verdict, rendu par la Cour suprême à quatre voix contre une, reconnaît l’ex-chef de l’État coupable d’avoir dirigé une « organisation criminelle » pour se maintenir au pouvoir après sa défaite électorale en 2022. Symbole d’un Brésil divisé, cette décision secoue la scène politique à l’approche de la présidentielle de 2026 et relance le débat sur l’équilibre entre justice, mémoire de la dictature et réconciliation nationale.

Un verdict aux répercussions politiques majeures

La condamnation de Jair Bolsonaro intervient dans un contexte encore marqué par les tensions post-électorales. Le 8 janvier 2023, ses partisans avaient pris d’assaut le Congrès, le Palais présidentiel et la Cour suprême à Brasilia, dans un épisode rappelant l’attaque du Capitole à Washington. Pour la justice, ces événements constituaient la traduction concrète d’un plan visant à renverser le résultat des urnes.

Le jugement prévoit 24 ans et 9 mois de réclusion, assortis de 2 ans et demi de détention supplémentaire et d’une lourde amende équivalente à plus de 64 000 dollars. La peine a été réduite en raison de l’âge de l’ancien président, aujourd’hui septuagénaire. Assigné à résidence avec un bracelet électronique et privé de réseaux sociaux, Bolsonaro a accueilli la décision avec défiance mais sans effusion. Son fils aîné, le sénateur Flávio Bolsonaro, a promis que son père n’était « pas une carte hors du jeu » pour 2026.

L’ascension d’un outsider de l’armée au sommet de l’État

Né en 1955 dans l’État de Sao Paulo, Jair Bolsonaro est un capitaine de l’armée à la retraite. Élu député en 1991, il a siégé près de 30 ans au Congrès, se forgeant l’image d’un politicien iconoclaste, provocateur et résolument conservateur. Ses prises de position musclées contre la corruption, son discours en faveur du port d’armes et son ton frontal lui ont valu l’appui des électeurs de la droite dure, des milieux évangéliques et du secteur agro-industriel.

En 2018, sur fond de rejet de la gauche et d’un scandale de corruption qui avait emporté Lula et son Parti des Travailleurs, il a été élu président. Son slogan « le Brésil au-dessus de tout » a trouvé un écho puissant auprès d’une partie de la population lassée par la violence urbaine et l’instabilité économique.

Un mandat sous le feu des critiques

De 2019 à 2022, Jair Bolsonaro a dirigé le pays en cultivant une posture de confrontation avec les institutions. Son mandat a été marqué par la pandémie de Covid-19, qu’il a minimisée à plusieurs reprises, refusant confinements et masques obligatoires. Le Brésil a enregistré près de 700 000 morts, l’un des bilans les plus lourds au monde.

Sur le plan environnemental, sa politique a favorisé la déforestation de l’Amazonie, suscitant de vives critiques de la communauté internationale. Bolsonaro a également multiplié les attaques contre la Cour suprême et son juge le plus influent, Alexandre de Moraes, devenu sa bête noire. Ces tensions ont culminé après sa défaite électorale face à Luiz Inácio Lula da Silva fin 2022, qu’il n’a jamais pleinement reconnue.

La fracture d’un pays

La condamnation de Bolsonaro a divisé le Brésil en deux camps irréconciliables. D’un côté, ses partisans dénoncent une « chasse aux sorcières » et réclament une amnistie générale pour les condamnés du 8 janvier. Le chef du Parti libéral, Sóstenes Cavalcante, a indiqué que 260 signatures avaient déjà été recueillies au Parlement pour soutenir un projet de loi en ce sens.

De l’autre, les alliés de Lula saluent une victoire judiciaire. « Que nul n’oublie, pour que cela n’arrive plus jamais », a tweeté José Guimaraes, chef de la majorité à la Chambre. Pour le Parti des Travailleurs, amnistier des crimes contre la démocratie reviendrait à ouvrir la porte à de nouvelles aventures putschistes.

Dans les rues de Brasilia, les réactions sont contrastées : des militants célèbrent le verdict en scandant « sans amnistie », tandis que des sympathisants se rassemblent devant le domicile de Bolsonaro pour lui témoigner leur soutien.

Des réactions au-delà des frontières

La condamnation de l’ex-président a suscité des réactions internationales immédiates. Depuis Washington, Donald Trump s’est dit « surpris » et « déçu », exprimant son soutien à son ancien allié. Son secrétaire d’État Marco Rubio est allé plus loin, évoquant une « chasse aux sorcières » et menaçant de « répondre en conséquence ». Brasilia a répliqué en affirmant que « les menaces n’intimideront pas notre démocratie » et que la souveraineté nationale serait défendue contre toute ingérence.

Cette séquence a paradoxalement renforcé Lula sur la scène intérieure : le président de gauche, déjà déterminé à briguer un nouveau mandat, se présente désormais en garant de la stabilité démocratique face aux pressions étrangères.

Une tradition de présidents sous les verrous

Bolsonaro n’est pas le premier ex-président à tomber sous le coup de la justice depuis la fin de la dictature militaire en 1985. Fernando Collor de Mello, destitué en 1992, a été condamné en 2023 à plus de huit ans de prison pour corruption. Michel Temer, qui avait succédé à Dilma Rousseff ‘’victime’’ elle-même d’une destitution pour ‘’maquillage des comptes publics’’, qualifiée de « coup d’État parlementaire ». Si elle a évité de justesse la détention. Michel Temer, lui, a vu son mandat rapidement éclaboussé par les scandales. Accusé de corruption, il a échappé à deux procès grâce au soutien des députés. En 2019, après son départ du pouvoir, il a été brièvement incarcéré à deux reprises pour obstruction à la justice, avant d’être relâché. L’actuel président, Lula, figure tutélaire de la gauche, a passé de son coté 580 jours en prison pour corruption avant de voir sa condamnation annulée.

Cette succession de procès si elle reflète la vigueur d’une justice brésilienne prête à sanctionner les dérives, elle nourrit aussi le sentiment, chez une partie de la population, d’une instabilité institutionnelle chronique.

Quelles perspectives pour 2026 ?

La défense de Bolsonaro a annoncé qu’elle ferait appel de la décision et envisage même de saisir des instances internationales. Si la condamnation est confirmée, l’ex-président restera inéligible jusqu’en 2030. Mais sa base électorale demeure solide, et ses partisans voient dans cette affaire un motif de mobilisation pour les prochaines échéances électorales.

D’ici 2026, le paysage politique brésilien pourrait se recomposer autour de deux pôles : une gauche ragaillardie par la condamnation et un camp bolsonariste galvanisé par le sentiment d’injustice. Plus qu’un simple procès, l’affaire Bolsonaro pourrait bien définir l’agenda politique de toute une génération.

Tags : Brésil, Jair Bolsonaro, justice, démocratie, Lula, élection 2026, coup d’État, amnistie, Cour suprême, politique internationale

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