La tentation totalitaire du XXe au XXIe siècle – Par Samir Belahsen

La tentation totalitaire du XXe au XXIe siècle – Par Samir Belahsen

L’un des quatre outils redoutables du totalitarisme en XXIè siècle est l’hyper-contrôle technologique, on assiste à une généralisation de la surveillance numérique, traçage, censure d’Internet, manipulation algorithmique de l’information.

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Du fascisme au biopouvoir, des goulags à la censure algorithmique, la tentation totalitaire n’a pas disparu avec le XXe siècle. Elle s’est transformée, adaptée, infiltrée dans les démocraties modernes sous des formes plus subtiles mais tout aussi menaçantes. Samir Belahsen explore les mutations de cette menace permanente, entre surveillance numérique, moralisation coercitive, peur sécuritaire et effondrement du pluralisme.

“Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois comme le montre l'histoire.”

Jean-Paul II / Centesimus Annus

“Ce que voulait la populace, c’était d’accéder à l’histoire, même au prix de l’autodestruction.”

Hannah Arendt / Les origines du totalitarisme

On a vu naître au XXe siècle et s’épanouir des régimes totalitaires, incarnés principalement par le fascisme italien, le nazisme allemand et le stalinisme soviétique. Ces régimes avaient 6 caractéristiques qu’il convient de rappeler :

- 1- Le monopole idéologique qui se manifestait par une vérité officielle imposée et généralisée à tous, ne tolérant ni doute ni critique, et orientée contre des ennemis désignés, réels ou supposés, extérieurs ou intérieurs.

- 2- Le parti unique qui contrôlait l’ensemble de l’appareil d’État, la propagande, l’éducation, l’économie, et profitant de la force armée.

- 3- Un chef suffisamment charismatique pour construire un culte de la personnalité, incarnant l’idéologie, la nation et la révolution.

- 4- La terreur permanente : un système sécuritaire assurant surveillance, délation, purges, emprisonnements, tortures, élimination physique des opposants ou des groupes jugés nuisibles, des journalistes....

- 5- La destruction du pluralisme : suppression de toute organisation indépendante, dissolution de la société civile, de toute les voix discordantes, l’atomisation des individus.

- 6- Une promesse populiste d’un « Eden » idéologique : pureté raciale, fin de l’Histoire, avènement de l’Homme nouveau… C’est cette promesse qui pouvait justifier la violence extrême.

Les totalitarismes du XXème ne se contentaient pas d’écraser les oppositions. Ils cherchaient à remodeler l’homme et la société selon une utopie, par l’embrigadement sinon par la terreur .

Mutations au XXIe siècle

L’effondrement de l’URSS devait annoncer la fin de l’ère totalitaire. Or, la tentation persiste et se transforme au XXIe siècle avec de nouveaux visages du totalitarisme, déclinant 4 nouveaux phénomènes.

-1- l’hyper-contrôle technologique, on assiste à une généralisation de la surveillance numérique, traçage, censure d’Internet, manipulation algorithmique de l’information.

- 2- Le Biopouvoir et sécurité : Les politiques de santé et de sécurité qui ont été mises en place pendant la crise du COVID qui justifiaient des restrictions massives des libertés au nom du bien commun, ont permis de mettre la lumière sur le biopouvoir et sur ses accointances avec les autres cercles des pouvoirs.

- 3- Nouvelles idéologies bienveillantes : On assiste à l’émergence de totalitarismes moralisateurs, prônant le progrès, la santé, la souveraineté ou la sécurité, en recourant à la coercition, à la violence et à la soumission des populations.

- 4- L’uniformisation de la pensée : des pressions énormes et de diverses formes sont exercées pour forcer l’adhésion à une vision unique du monde d’où une polarisation extrême du débat public.

Conséquences et risques

Tout d'abord, il y a cette tendance presque commune à museler les libertés d'expression, de presse, de religion, etc. (Caméras, Internet, Réseaux Sociaux)

De plus, la peur et la méfiance associées à la fragmentation sociale donnent lieu à une surveillance technologique avancée, à la dénonciation et à des fractures sociales accrues.

Une société civile affaiblie et des contre-pouvoirs dévalués menacent d'effacer toutes les démocraties, jeunes et vieilles.

La propagande radicale, la désinformation, les fausses nouvelles, la réécriture de l'histoire et la distorsion de la réalité à grande échelle mettent en péril l'ensemble du système et toutes les institutions.

La permanence de la tentation

L'histoire nous indique que les tentations totalitaristes rôdent toujours quelque part…sinon partout.

Elles ont toujours traversé les continents…

Ces menaces ont souvent été masquées sous l'illusion de la sécurité ou d'un nouvel avenir radieux.

Elles ont tendance à prospérer en période de crise lorsque l'incertitude persiste ainsi que la peur de l'avenir, couplée à une anxiété collective, rendant l'ensemble des sociétés sensibles aux promesses, même les plus creuses.

L’un des défis de notre siècle sera de reconnaître ces nouvelles formes de totalitarisme, souvent plus insidieuses, plus techniques et de défendre sans relâche les libertés individuelles, la liberté de la presse, le pluralisme et la société civile face à la tentation de l’uniformité et du contrôle total.