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L’Afrique du Sud à la croisée des chemins : ultimatum social et menaces économiques – Par Hassan Zakariaa
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa dans le Bureau ovale, le jour où le président Donald Trump l’avait soumis à des entretiens à la limite de l’offense en mai 2025
Johannesburg – Entre colère populaire et craintes financières, l’Afrique du Sud vit une période de fortes turbulences. Une coalition d’organisations civiles menace de paralyser le pays si le gouvernement n’agit pas dans les deux semaines, tandis que des experts alertent sur un scénario catastrophique en cas d’exclusion du système bancaire international Swift.
Par Hassan Zakariaa avec MAP
Un ultimatum lancé au président Ramaphosa
Lundi, à Johannesburg, une coalition composée d’ONG, de groupes de jeunes et de militants politiques a donné 14 jours au président Cyril Ramaphosa pour répondre à une série de revendications. Faute de réponse, elle promet de mobiliser massivement la population dans les rues.
« Nous donnons 14 jours au président pour réagir de manière significative à notre mémorandum. Sinon, les rues parleront au nom du peuple », a prévenu le porte-parole Thabo Mahlangu lors d’une conférence de presse.
Les revendications portent sur des dossiers sensibles : lutte contre le chômage des jeunes, gel des hausses des tarifs de l’électricité, lutte contre la corruption et exigence de transparence dans les dépenses publiques. La coalition ne cache pas sa détermination : marches nationales, fermetures d’entreprises et blocages du transport figurent parmi les actions envisagées.
Pour ses initiateurs, il ne s’agit pas d’une simple manifestation, mais d’un signal politique fort. « Nous en avons assez des promesses vaines et des discours recyclés », martèle M. Mahlangu.
Une société en proie aux incertitudes
Cette initiative intervient dans un climat économique et social déjà tendu. L’Afrique du Sud fait face à un chômage endémique, une croissance atone et une hausse constante du coût de la vie. Le mécontentement populaire s’accroît à mesure que les difficultés s’aggravent.
À l’approche des élections locales de 2026, la défiance envers les institutions grandit. Selon un sondage mondial Ipsos, huit Sud-Africains sur dix estiment que leur pays va dans la mauvaise direction. Ce désenchantement se traduit par une multiplication des protestations, souvent spontanées, et par une érosion du capital politique du gouvernement.
La menace d’une exclusion de Swift
Comme si cette pression sociale ne suffisait pas, un autre danger se profile : celui d’une éventuelle exclusion du système de paiement international Swift.
Des économistes redoutent une « nouvelle catastrophe » si le pays perdait cet accès vital aux échanges financiers mondiaux. « La perte potentielle d’accès à Swift représente une menace profonde pour notre économie et nos perspectives de croissance », explique Frederick Mitchell, économiste en chef chez Aluma Capital, cité par Businesstech.
Un tel scénario isolerait le pays sur le plan financier, ralentissant considérablement les transactions transfrontalières et fragilisant la valeur du rand. Un rand affaibli renchérirait les importations, alimentant l’inflation et aggravant le fardeau des ménages déjà fragilisés par la hausse des prix.
Vers une spirale de stagflation ?
Le risque, selon M. Mitchell, est celui d’une stagflation : une croissance nulle combinée à une inflation élevée. Ce cocktail explosif découragerait l’investissement direct étranger, pourtant crucial pour financer les infrastructures et créer des emplois.
Harry Scherzer, PDG de Future Forex, tempère toutefois ces craintes en rappelant qu’une exclusion totale de Swift reste peu probable. Selon lui, les sanctions américaines viseraient plutôt certains responsables politiques que l’ensemble du pays. Mais même dans ce cas, la perception d’un climat hostile aux affaires pourrait nuire à l’image de l’Afrique du Sud.
Entre fermetures d’entreprises et chômage record
La situation interne ajoute à cette vulnérabilité. Le taux de chômage s’élève à 33 % et grimpe à 45 % chez les jeunes de 15 à 34 ans. Beaucoup survivent grâce à l’économie informelle, faite de petits boulots précaires.
Les grandes entreprises ne sont pas épargnées : Ford, Glencore ou encore ArcelorMittal SA ont annoncé des suppressions massives d’emplois. En juillet, 155 entreprises ont mis la clé sous la porte, portant à 908 le nombre de faillites depuis janvier, selon Stats SA.
Ces chiffres traduisent un climat économique morose, marqué par la fermeture d’activités productives et la fuite progressive des capitaux.
Une diplomatie et des réformes urgentes
Pour les experts, l’Afrique du Sud doit agir vite afin de limiter les risques. Cela suppose de renforcer la transparence, de lutter contre la corruption et de renouer la confiance avec les partenaires étrangers.
« Le pays doit mener une diplomatie proactive et appliquer des politiques économiques stratégiques », insiste M. Mitchell. L’objectif : éviter une rupture avec les institutions financières mondiales et restaurer un climat propice aux investissements.
Face à une société civile de plus en plus combative et à une économie en difficulté, le gouvernement sud-africain mené par l’ANC se trouve dans une impasse. L’ultimatum lancé par les ONG, conjugué aux menaces financières extérieures, illustre l’ampleur des défis. La capacité du président Ramaphosa à trouver des solutions concrètes et rapides déterminera en grande partie l’avenir politique et économique du pays.