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‘L’Allemagne critiquerait ‘’Israël non parce qu’elle a oublié la Shoah, mais précisément parce qu’elle s’en souvient’’
La porte de Brandebourg à Berlin, symbole de la Germanie réunifiée, aux couleurs d'Israël au lendemain de 7 octobre 2023
Tribune publiée par le quotidien Haaretz et signée par Ilan Mor, ancien ambassadeur d’Israël en Croatie et en Hongrie, sous le titre Germany scolds Israel not because it has forgotten the Holocaust, but because it remembers”. Au moment où Berlin envisage, très timidement, des discussions sur la reconnaissance d’un État palestinien, l’auteur décrit une relation germano-israélienne entrée dans une nouvelle phase ‘’mue non par l’oubli de la Shoah mais par sa mémoire même’’. Selon ce texte, traduit avec l’aide de l’IA, et dont le titre et les intertitres sont de Quid.ma, Berlin commence à balbutier ses désaccords avec le gouvernement Netanyahu, mais reste encore loin d’une émancipation de sa relation ‘’pénitente’’ avec Israël. Sans perdre de vue que cet article est écrit par un diplomate Israélien, il révèle un frémissement de l’opinion publique occidentale de moins en moins insensible au drame palestinien. Ce frémissement est pour l’instant encore plus imperceptible du côté de l’Allemagne. Voici la traduction de l’article d’Ilan Mor.
Un tweet ‘’gênant’’
« Quatre-vingts ans après la Shoah et l’Allemagne soutient les nazis », a tweeté le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir après que le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a indiqué que l’Allemagne entend ouvrir des discussions sur la reconnaissance d’un État palestinien. Beaucoup ont rejeté la crudité de ce message, qui assimile soutien aux droits palestiniens et appui au nazisme, mais il dit l’intensité émotionnelle du sujet en Israël.
Derrière la raillerie et la colère, se niche une vraie crainte : voir s’éroder, fût-ce graduellement, le principe selon lequel la sécurité d’Israël relève de la Staatsräson — la « raison d’État » — en Allemagne. Cette inquiétude s’est accrue à la lumière d’une déclaration, ce week-end, du chancelier Friedrich Merz selon laquelle l’Allemagne ne fournirait pas à Israël d’armes susceptibles d’être utilisées dans la bande de Gaza.
Voilà presque deux décennies qu’Angela Merkel a fait de la sécurité d’Israël un principe fondamental de l’identité nationale allemande ; depuis, ce pilier s’est imposé dans la politique de Berlin à l’égard d’Israël. Cette relation ne se distingue pas seulement par sa solidité : elle a poussé sur les ruines d’un effondrement moral sans précédent. Le « Plus jamais ça » ne s’adressait pas qu’aux Allemands ; il servait de boussole éthique pour l’avenir. Longtemps, l’Allemagne ne s’est pas contentée d’exprimer de l’empathie pour l’existence d’Israël : elle a vu dans cette existence une part de sa propre réparation. Mais la réalité évolue.
De la raison d’État à un équilibre sous tension
Au fil des ans, les gouvernements à Berlin ont tenu une ligne de principe constante : soutien inconditionnel au droit d’Israël à se défendre et à assurer sa sécurité, tout en s’attachant à la solution à deux États comme clé du règlement du conflit israélo-palestinien. Cette posture symbolisait un équilibre entre l’obligation historique de l’Allemagne envers Israël et son attachement aux valeurs universelles de paix, de droits humains et de droit international, en tant que puissance agissante de l’Union européenne.
Cet équilibre a été préservé le plus souvent sans confrontation publique avec Jérusalem sur les principes cardinaux de Berlin. Pour autant, l’Allemagne, dont l’identité politique s’est façonnée sur le droit international et l’ordre libéral d’après-guerre, tenait la colonisation des territoires palestiniens pour contraire à ses principes — un désaccord récurrent avec les politiques des gouvernements israéliens.
Les attaques du 7 octobre ont servi d’épreuve. D’emblée, le chancelier Olaf Scholz a affirmé que l’Allemagne se tenait aux côtés d’Israël et, dix jours plus tard, s’est rendu sur place, proclamant la solidarité allemande et l’engagement à protéger le droit d’Israël à l’existence et à la sécurité. À Jérusalem, ses propos furent accueillis comme la continuité d’un long soutien sans condition.
Mais à mesure que la guerre à Gaza se prolongeait, avec des dizaines de milliers de morts, des destructions massives et des rapports d’effondrement humanitaire, la pression intérieure a monté en Allemagne. La gauche radicale, des représentants de l’immigration musulmane et une jeunesse progressiste ont poussé une ligne : « assez de culpabilité, oui à la responsabilité universelle ». Le cœur de la classe politique et les générations plus âgées, eux, considèrent toujours que l’unicité de la Shoah impose un engagement exceptionnel envers Israël et sa sécurité.
Dans ce contexte, pour nombre d’Allemands, une éventuelle reconnaissance d’un État palestinien apparaît comme une étape symbolique supplémentaire : « nous avons assez donné aux Juifs, réparons maintenant d’autres injustices ». Ce mouvement silencieux mûrit lentement et pourrait reconfigurer la singularité des relations germano-israéliennes.
Le débat traverse aussi la scène politique : le chancelier Friedrich Merz maintient une ligne conservatrice faisant de la sécurité d’Israël un intérêt central de l’Allemagne, tout en n’hésitant pas à critiquer publiquement la conduite d’Israël à Gaza. Ses partenaires de coalition, sociaux-démocrates et Verts, poussent à une approche plus stricte.
### Vers une phase de vigilance mutuelle — et de maturité
Il est probable qu’Israël suive avec inquiétude les signaux venus de Berlin. L’attente à Jérusalem est que l’Allemagne préserve la nature spéciale du lien, évite des gestes unilatéraux susceptibles de déstabiliser la région ou d’adresser un message erroné aux ennemis d’Israël, alors que le Hamas contrôle toujours Gaza et que des Israéliens demeurent otages.
Mais il importe de comprendre que l’Allemagne ne songe pas à revenir sur son engagement envers Israël ; elle cherche à l’exercer avec responsabilité et retenue. À ses yeux, le devoir historique n’accorde pas l’immunité contre la critique ; au contraire, il commande de faire entendre une voix morale, y compris vis-à-vis d’un partenaire proche.
La relation bilatérale n’est pas en rupture ; elle entre dans une phase nouvelle de prudence réciproque, de redéfinition des attentes — et peut-être de maturité. Un éventuel soutien à la reconnaissance d’un État palestinien constituera un test pour le lien entre les deux pays. On peut espérer que ses fondations, d’assise éthique solide, seront assez robustes pour supporter le poids des désaccords présents. À Israël et à ses citoyens d’écouter l’Allemagne et ses arguments de valeur, et de comprendre que toute objection à la politique d’un gouvernement n’est pas trahison. À l’Allemagne d’agir avec la sensibilité que requiert une relation née dans le feu de l’Histoire.
L’Allemagne parle, non parce qu’elle a oublié, mais précisément parce qu’elle se souvient.