Le bon voisinage selon Alger : entre posture diplomatique et contradictions géopolitiques – Par Hatim Betioui

Le bon voisinage selon Alger : entre posture diplomatique et contradictions géopolitiques – Par Hatim Betioui

Saïd Chengriha, un général vautré dans un fauteuil plus grandeur que nature. Où peut-on encore voir ça si ce n’est à Alger ?

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Alors que les responsables algériens continuent d'affirmer leur attachement aux principes de non-ingérence et de bon voisinage, leurs actions régionales, en particulier vis-à-vis du Maroc et des pays du Sahel, soulèvent de profondes contradictions. Le récent forum sur le Sahel organisé à Alger a offert un nouveau miroir des ambiguïtés d’une diplomatie en perte de vitesse et en quête de crédibilité.

L’Algérie, championne du dialogue… en apparence

Lorsque les hauts responsables algériens affirment, avec insistance, l’attachement de leur pays à des principes "constants" — bon voisinage, respect de la souveraineté, refus de l’ingérence et primauté du dialogue — une question se pose immédiatement : à quels voisins ces principes s’appliquent-ils réellement ?

Le dernier exemple de ce discours répétitif a été prononcé dimanche dernier, à Alger, lors d’un forum intitulé ‘’Le Sahel africain : défis sécuritaires et de développement à l’ombre des tensions géopolitiques régionales’’. Le général de corps d’armée Saïd Chengriha, ministre délégué à la Défense nationale et chef d’état-major de l’armée algérienne, en fut l’orateur principal.

Une politique étrangère en dissonance avec la réalité régionale

Il fut un temps où un tel discours pouvait encore faire illusion ou passer au bénéfice du doute. Mais aujourd’hui, alors que l’Algérie est en froid ouvert avec nombre de ses voisins du Sahel et entretient une rupture sans précédent avec le Maroc, ces affirmations relèvent d’un double discours flagrant. En psychiatrie cela à une qualification :  la bipolarité.

Depuis la récupération pacifique par le Maroc de son Sahara en 1975, via la Marche verte, et la proclamation unilatérale de "république sahraouie" par le Polisario en 1976, avec le soutien d’Alger et de Tripoli à l’époque de Kadhafi, la priorité de la diplomatie algérienne a été de saper l’intégrité territoriale du Maroc.

Au lieu de consacrer ses ressources au développement interne, Alger a longtemps financé, et continue, une guerre d’usure contre son voisin de l’ouest. Cinq décennies plus tard, les résultats économiques et sociaux sur l’Algérie elle-même sont loin d’être à la hauteur des ambitions affichées.

Le monologue diplomatique pour masquer l’isolement régional

Qu’appelle-t-on donc le respect de la souveraineté, quand l’Algérie héberge sur son sol des milices armées dont la seule vocation est de déstabiliser le Maroc ? Ou encore quand elle se voit accuser d’ingérence et de manœuvre de déstabilisation par ses voisins du sud. Beaucoup d’observateurs considèrent que le forum sur le Sahel, loin d’être un espace de dialogue régional constructif, fut surtout un exercice de communication interne.

Isolée diplomatiquement — en froid avec la France et en tension avec les Émirats arabes unis — l’Algérie semble surtout chercher à rassurer son opinion publique sur un rôle régional qu’elle ne parvient plus à incarner pleinement.

Le comble de l’absurde a été atteint lorsque Chengriha a affirmé que l’Algérie restait un "facteur de sécurité et de stabilité" dans la région. Il qualifia même les tensions l’entourant de simples "perturbations" visant à affaiblir son rôle "pivot" dans le Sahel et dans la région. L’aurait-il oublié, mais la paix ne peut être segmentée : on ne peut en réclamer pour le Sahel tout en l’entravant pour le Maroc et en la compliquant pour ce même Sahel.

Réconciliation régionale ou perpétuation du déni ?

Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a également pris la parole lors du forum, dans une intervention intitulée ‘’Sécurité, stabilité et développement au Sahel : quelle stratégie efficace ?’’. Il y a vanté la "sagesse" de l’Algérie, sa "patience", son attachement à un destin partagé avec ses voisins, et sa volonté d’œuvrer à une solidarité régionale renforcée.

Pourtant, si l’Algérie veut vraiment jouer un rôle constructif et respecté dans son voisinage, elle devra aller au-delà des paroles convenues. Il lui faudra entreprendre une révision sincère de sa posture vis-à-vis de ses voisins, en commençant par le Maroc, et œuvrer à la reconstruction d’un climat de confiance.

Car à force de répétitions creuses, les mots finissent par se dissoudre comme l’écume des vagues… et n’emportent avec eux que le peu de crédibilité qui restait.