Le sommet des BRICS+ de Rio entre Expansion et tensions - Par Samir Belahsen

Le sommet des BRICS+ de Rio entre Expansion et tensions - Par Samir Belahsen

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (à droite) et le premier ministre chinois Li Qiang posent pour une photo après une réunion bilatérale avant le sommet des BRICS à Rio de Janeiro, au Brésil, le 5 juillet 2025. (Photo de Pablo PORCIUNCULA / AFP)

1
Partager :

À l’heure où le monde vacille entre conflits ouverts et recompositions d’alliances, le sommet des BRICS à Rio de Janeiro s’annonce comme un moment charnière. Dans un climat marqué par la guerre, les sanctions et les ambitions multipolaires, analyse Samir Belhasen, les 21 pays réunis devront faire face à leurs divergences internes pour peser collectivement face à l’ordre occidental dominant. Expansion historique, dédollarisation, refonte des institutions internationales : le sommet incarne autant d’espoirs que de tensions.

Le sommet des BRICS qui se tient le 06 juillet à Rio de Janeiro s’inscrit dans un contexte géopolitique bouleversé à plus d’un titre.

La guerre en Ukraine qui perdure, les tensions au Moyen-Orient après la guerre des 12 jours et le génocide de Gaza et la montée continue du protectionnisme américain qui finissent par justifier la remise en cause profonde de l’ordre international dominé par l’Occident.

Xi Jinping et Vladimir Poutine absents, le sommet se doit d’afficher l’unité du bloc censé faire face à l’hégémonie occidentale. Toute la difficulté sera de forger une vision unifiée sur les grands dossiers internationaux en cours.

Un élargissement historique

Les BRICS ont connu une expansion stratégique sans précédent ces deux dernières années.

Les fondateurs qui constituent le noyau dur du bloc (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se sont ouverts dans un premier élan à l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie, les Émirats arabes unis et l’Indonésie. Puis cette année, neuf nouveaux partenaires ont rejoint le bloc (Biélorussie, Bolivie, Cuba, Indonésie, Kazakhstan, Malaisie, Thaïlande, Ouganda, Ouzbékistan). Ils participent tous aux travaux du groupe, portant la représentation à ce sommet à plus de la moitié de la population du monde et à plus de 40% du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat.

L’ordre multipolaire

Les BRICS cherchent à concevoir et à imposer une alternative crédible et réaliste à l’ordre international dominé par les États-Unis et le G7, un ordre basé sur le principe de la multipolarité en plaidant pour une refondation plus juste des institutions internationales et une représentation du Sud global qui tient compte de son poids dans l’économie mondiale.

La Dédollarisation

S’attaquer à la domination du dollar dans les échanges internationaux, par des transactions en yuan ou en monnaies locales aurait d’abord l’avantage de limiter l’impact des sanctions occidentales puis de conforter la souveraineté économique des membres.

Dans ce sommet on parlera même d’une nouvelle monnaie, à concevoir, pour le commerce international.

Les BRICS affichent en plus la lutte contre la pauvreté, l’accès à l’eau potable et aux vaccins, la sécurité alimentaire et la transition énergétique comme priorités de leur agenda commun.

Un long chemin pas tranquille

La première embuche serait due à l’hétérogénéité du groupe. Certains intérêts divergents (Chine-Inde), position ambivalente et hésitantes de certains membres (l’Arabie saoudite- Émirats arabes unis).

L’élargissement qui a renforcé le bloc a rendu plus complexe la prise de décision par consensus.

Le dollar représenterait lui aussi une véritable embuche, il domine encore 58% des transactions internationales.

Même si Le bloc exerce encore un attrait indéniable, plusieurs pays (Turquie, Mexique, Algérie, Nigeria, Vietnam) manifestent, parfois avec hésitation, leur intérêt pour rejoindre le groupe, les divergences internes et les différentes embuches posent la question de la capacité du groupe à transformer son potentiel en influence significative et cohérente sur la scène internationale.

Il ne faut surtout pas négliger l’analyse des réactions actuelles et prévisibles des tenants de l’ordre actuel. Mais, qui peut prévoir raisonnablement les réactions d’El Conquistador ?

On pourrait avancer qu’elles expliquent dans une large mesure les hésitations de plusieurs membres.

Le sommet des BRICS organisée à Rio de Janeiro constitue d'une certaine façon une étape de consolidation dans la recherche d'un nouvel ordre mondial multipolaire rééquilibré.

Beaucoup reste à faire pour confronter les contradictions internes et affronter les réactions d’un Nord global qui ne manqueront pas de lui bloquer le chemin… L’avenir des BRICS, et peut être du monde, dépendra de leur capacité à dépasser leurs divisions internes et à proposer une vision commune capable de s’imposer dans le nouveau contexte géopolitique mondial.