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Les bienfaits de la guerre ou les paradoxes de la lutte pour l’hégémonie – Par Mustapha Hmimmou
Après chacune des deux guerres mondiales, toutes les innovations ont été rapidement adaptées à une application civile, rendant accessibles à des millions de personnes dans le monde les voyages aériens rapides, confortables
Alors que le monde est livré à une angoisse généralisée née de la crainte du pire qui advenir, Mustapha Hmimmou conserve son optimisme et explore les paradoxes de la lutte pour l’hégémonie mondiale. Derrière les guerres économiques et les conflits armés qui alimentent l’inquiétude planétaire, il se pose devant un effet inattendu : ces rivalités poussent les grandes puissances à accélérer leurs recherches et innovations, dont les bénéfices finissent par se diffuser à l’ensemble de l’humanité. Explications.

Par Mustapha HMIMOU
Nous sommes agacés, et à juste titre, aujourd’hui plus que jamais, par les guerres commerciales que se livrent les géants de ce monde et par les conflits armés qu’ils mènent par procuration ici et là dans leur lutte acharnée pour l’hégémonie. Pourtant, ce à quoi nous prêtons rarement attention, et qui pourrait malgré tout nous offrir une forme de consolation en ces temps troublés, c’est que cette rivalité recèle d’étonnants bienfaits pour l’humanité tout entière
Les bienfaits inattendus de la rivalité entre puissances
Elle contraint en effet ces puissances à accélérer leurs recherches scientifiques, techniques et technologiques, dont les fruits, tôt ou tard, finissent par se répandre et profiter à des centaines de millions de personnes à travers le monde. Elle recèle donc au moins deux véritables paradoxes insoupçonnés
Le premier, en temps de paix – qui demeure heureusement la règle –, réside dans le fait que la lutte pour l’hégémonie par le progrès scientifique et industriel, conçu à priori pour être protégé et exclusif, ne profite pas uniquement aux peuples des nations qui l’engendrent. La recherche d’une bonne santé macroéconomique domestique, la prééminence des multinationales sur les marchés mondiaux et la quête d’excédents commerciaux et financiers poussent ces puissances à exporter le plus largement possible produits et services issus de leurs innovations.
Ainsi, les modes de transport modernes – terrestres, maritimes ou aériens –, leurs diverses infrastructures avancées, les appareils et outils mécaniques, électriques ou électroniques de plus en plus performants, l’Internet, les téléphones portables, les médicaments, les dispositifs médicaux et les vaccins constituent autant d’exemples de progrès techniques et technologiques jadis inimaginables pour nos ancêtres. Sortis du cercle étroit d’usage et de consommation des pays innovateurs, ils deviennent des biens et services partagés, accessibles sur les marchés du monde entier et profitant à des centaines de millions d’êtres humains.
Le deuxième paradoxe, réside dans les périodes de guerres dévastatrices entre géants, qui sont heureusement l’exception. Elles ont été historiquement l’incubateur des plus grandes avancées scientifiques et techniques. L’aéronautique par exemple, a commencé par des tentatives individuelles au début du XXe siècle, notamment celles des frères Wright en 1903 avec le vol avec succès du premier avion à moteur. Le progrès est resté depuis très lent jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale, lorsque la nécessité militaire a poussé les grandes puissances belligérantes à produire des avions plus rapides et plus puissants pour la reconnaissance et le combat.
La Seconde Guerre mondiale a ensuite provoqué un bond encore plus important : avions à réaction, bombardiers géants, technologie du radar, systèmes de navigation et ceux de guidage. Après chacune de ces deux guerres, toutes ces avancées ont été rapidement adaptées à l’aviation civile, rendant accessibles à des millions de personnes dans le monde les voyages aériens rapides, confortables et couvrant même de trop longue distance d’un seul trait.
Il en alla de même pour les télécommunications. Né à la fin du XIXe siècle comme simple outil de transmission de la voix par fil, le téléphone évolua lentement jusqu’à ce que les deux guerres mondiales en accélèrent le développement. Durant la Première, il servit massivement à la coordination militaire sur les fronts ; la Seconde ouvrit la voie aux communications sans fil et à une meilleure qualité de transmission. Après-guerre, ces avancées passèrent à la vie civile, donnant naissance au téléphone fixe, puis au portable, et enfin aux smartphones, aujourd’hui accessibles au commun des mortels presque partout dans le monde.
De la confrontation à la compétition pacifique
Quant aux satellites, ils servent aujourd’hui l’humanité entière de multiples manières : divers modes de communications intercontinentales, diffusion télévisuelle en direct, navigation par GPS, surveillance du climat et de la météo, exploration spatiale. Mais leurs origines furent saisissantes et funestes : ils sont nés des fusées V1 et V2 mises au point par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale pour bombarder Londres. Après le conflit, ces armes terrifiantes furent détournées de leur vocation destructrice et transformées en outils scientifiques et civils, devenant l’un des piliers technologiques de notre monde moderne.
Heureusement, les terribles guerres directes entre grandes puissances ont disparu grâce à la dissuasion nucléaire. Hormis quelques conflits par procuration hélas dévastateurs pour des peuples innocents, leurs affrontements se limitent désormais, à une compétition industrielle et commerciale, tout aussi acharnée mais pacifique. Dans cette rivalité, leurs grandes entreprises multinationales s’efforcent d’imposer leurs produits, leurs services et leurs standards, ce qui stimule l’innovation et favorise la diffusion de ses fruits à l’ensemble de l’humanité.
Ainsi, l’expérience humaine recèle et révèle des paradoxes étonnants et insoupçonnés qui peuvent, quand on y pense de temps en temps, nous consoler et nous donner un brin d’optimisme en ces temps difficiles. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Mais peut-être Dieu fera-t-il advenir, comme il l’a toujours fait par Sa grâce infinie, quelque chose de salutaire.
Le mal peut donc engendrer du bien et la lutte pour la suprématie finit, sans que ce soit voulu, par faire progresser au moins la qualité de la vie matérielle de l’humanité. Et les sciences avancent inexorablement non seulement grâce à la coopération idéale, mais aussi par des conflits des fois violents. C’est peut-être là un reflet de la nature humaine, qui, aveuglée par son égoïsme, en vient trop souvent à perdre ses repères moraux.