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Les États-Unis travaillent l’ASEAN pour réduire leur dépendance à la Chine – Par Hassan Zakiaa
L'empereur Naruhito du Japon serre la main du président américain Donald Trump après leur rencontre au palais impérial de Tokyo, le 27 octobre 2025.
Par Hassan Zakariaa (avec MAP et AFP)
Les États-Unis poursuivent leur stratégie de cantonnement économique face à Pékin. En marge du 47ᵉ sommet de l’ASEAN, tenu à Kuala Lumpur, le président américain Donald Trump a signé une série d’accords commerciaux et miniers avec la Malaisie, le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam. Objectif affiché : consolider les liens avec les économies du Sud-Est asiatique et réduire la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine dans les chaînes d’approvisionnement stratégiques. Cette offensive diplomatique et économique s’inscrit dans une rivalité structurelle désormais ouverte entre Washington et Pékin, au cœur de la compétition mondiale pour les technologies critiques et les ressources naturelles.
Diversifier les chaînes d’approvisionnement et sécuriser les minéraux critiques
Les accords conclus à Kuala Lumpur traduisent la volonté américaine de bâtir un réseau économique alternatif à la forte présence chinoise. Washington a signé deux textes distincts avec la Malaisie et la Thaïlande afin de garantir son approvisionnement en minéraux critiques, essentiels à la production de semi-conducteurs, de batteries électriques et d’équipements militaires.
La Malaisie, qui détient près de 16 millions de tonnes de réserves, a accepté de ne pas imposer de quotas ou de restrictions à l’exportation de ces matériaux vers les États-Unis. L’accord ne précise toutefois pas si cette ouverture concerne les minerais bruts ou transformés, un point qui pourrait être déterminant pour la montée en puissance industrielle du pays. En contrepartie, Washington maintiendra un taux de droits de douane de 19 % sur les exportations malaisiennes, avec des exemptions ciblées pour les produits pharmaceutiques, les équipements aérospatiaux et certaines matières premières comme l’huile de palme ou le caoutchouc.
De son côté, la Thaïlande s’est engagée à supprimer 99 % de ses barrières tarifaires sur les produits américains et à assouplir les règles de propriété étrangère dans les télécommunications. Plusieurs contrats bilatéraux ont été signés, dont l’achat de 80 avions américains pour un montant de 18,8 milliards de dollars. Ces engagements renforcent la complémentarité économique entre Washington et Bangkok et consolident la présence américaine dans un secteur aéronautique en pleine expansion.
Le Vietnam et le Cambodge au cœur du nouvel équilibre régional
Le Vietnam, partenaire clé de Washington dans la région, a accepté de réduire son excédent commercial vis-à-vis des États-Unis, évalué à 123 milliards de dollars en 2024, en augmentant ses importations de produits américains. En échange, il bénéficiera d’un accès élargi au marché américain pour ses exportations industrielles et électroniques.
Le Cambodge, quant à lui, fait son entrée dans le cercle des partenaires économiques privilégiés de Washington. Les deux pays ont signé un accord-cadre de coopération, accompagné d’un engagement politique fort : la médiation américaine a facilité un accord de paix entre Phnom Penh et Bangkok, salué par Donald Trump comme un signe de "nouvelle ère de stabilité et de partenariat régional". Cet équilibre géopolitique, combinant diplomatie et commerce, illustre la stratégie américaine d’endiguement souple face à la Chine dans l’espace indopacifique.
Pékin cherche à stabiliser ses relations avec l’Europe et l’Australie
La contre-offensive chinoise se veut plus diplomatique que commerciale. À Kuala Lumpur, le Premier ministre Li Qiang a rencontré le président du Conseil européen Antonio Costa, réaffirmant la volonté de Pékin de maintenir un dialogue "sur la bonne voie" avec l’Union européenne. Malgré les tensions liées aux subventions industrielles et à la concurrence technologique, la Chine reste le premier fournisseur de l’UE, et l’Europe le deuxième partenaire commercial de Pékin, avec des échanges dépassant 850 milliards de dollars en 2024.
Cette ouverture intervient alors que Bruxelles a durci ses contrôles sur les produits subventionnés et sur les exportations stratégiques chinoises, notamment dans les domaines des véhicules électriques et des panneaux solaires. Pour Pékin, la priorité est claire : éviter une guerre commerciale frontale avec l’Europe, alors que la rivalité sino-américaine absorbe déjà une grande partie de son énergie diplomatique.
En parallèle, Li Qiang a rencontré le Premier ministre australien Anthony Albanese. Malgré les tensions militaires récurrentes en mer de Chine méridionale, les deux dirigeants ont affiché leur volonté de consolider un partenariat stable et stratégique. L’Australie, l’un des principaux fournisseurs mondiaux de minerais et d’énergie, demeure un partenaire économique essentiel pour Pékin, qui cherche à stabiliser ses relations après plusieurs années de froid diplomatique.
Une rivalité sino-américaine désormais économique et structurelle
L’initiative américaine en Asie du Sud-Est traduit la recomposition des équilibres mondiaux autour de trois axes : le commerce, la technologie et les ressources. En sécurisant ses liens avec les pays de l’ASEAN, Washington vise non seulement à diversifier ses chaînes d’approvisionnement, mais aussi à réduire la capacité d’influence de Pékin sur les marchés mondiaux des matériaux stratégiques.
La Chine, consciente de l’émergence d’une "ceinture économique américaine" dans son environnement immédiat, réplique par la diplomatie et la stabilité : renforcer ses relations avec l’Union européenne et l’Australie, maintenir le dialogue politique avec ses voisins et défendre sa position dominante dans la transformation des terres rares.
Dans cette compétition systémique, l’ASEAN apparaît comme un acteur central, courtisé à la fois pour ses ressources, son poids démographique et son potentiel industriel. Les accords conclus à Kuala Lumpur illustrent cette réalité : entre Pékin et Washington, les États du Sud-Est asiatique avancent prudemment, tirant parti de la rivalité des grandes puissances pour consolider leur propre développement.
L’Asie du Sud-Est, nouveau terrain d’équilibre mondial
Au-delà des chiffres et des signatures, la dynamique actuelle confirme le déplacement du centre de gravité économique mondial vers l’Asie. L’approche américaine repose désormais sur la multiplication de partenariats modulaires, ciblant les secteurs critiques – énergie, minéraux, aéronautique, technologies vertes – tout en s’appuyant sur des accords de paix et de coopération régionale.
Face à cette stratégie d’endiguement économique, la Chine privilégie la continuité du dialogue et la consolidation de ses alliances commerciales existantes. Entre rivalité et interdépendance, le nouvel équilibre mondial s’écrit désormais dans la région indo-pacifique, où chaque accord, chaque incident, chaque sommet contribue à redessiner la carte de la puissance.
Trump optimiste avant sa rencontre avce Xi
Pour La Chine, il n’y a pas de doute : le monde entrait dans une ère « multipolaire ». C’est ce que Pékin a déclaré lunidi en appelant à mettre fin aux guerres commerciales, quelques jours avant la rencontre Xi Jinping-Donald Trump prévue jeudi en Corée du Sud. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé à cesser la politisation du commerce et la fragmentation des marchés, critiquant implicitement les politiques protectionnistes américaines.
En attendant cette rencontre, c’est Optimiste et confiant que Donald Trump est arrivé ce même jour à Tokyo où il s’est dit confiant quant à un accord pour mettre fin au différend commercial entre Washington et Pékin. À bord de son avion, il a affirmé entretenir avec le président chinois une relation fondée sur le respect mutuel et a assuré : « Nous aurons une très bonne conversation ». Le président américain, en tournée asiatique débutée en Malaisie, a également exprimé son souhait de rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.
Enthousiaste après une escale protocolaire à Tokyo, où il a salué l’empereur Naruhito, le milliardaire de 79 ans doit s’entretenir mardi avec la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi pour aborder les questions économiques bilatérales.