LES JUIFS EXPULSÉS… DE HOLLYWOOD – Par Mustapha Sehimi

LES JUIFS EXPULSÉS… DE HOLLYWOOD – Par Mustapha Sehimi

Soutenu par plusieurs figures hollywoodiennes dont Brad Pitt, Rooney Mara,,Joaquin Phoenix, Alfonso Cuarón et Jonathan Glazer, le film « La Voix de Hind Rajab » de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania pour représenter la Tunisie dans la compétition de l’Oscar du meilleur film international prévue en mars 2026

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Pour les juifs de Hollywood, ce constat : le monde a basculé après le 7 octobre 2023. Ils sont désemparés, marginalisés se sentant même abandonnés et pratiquement expulsés d'un monde hollywoodien qu'ils avaient eux-mêmes créé. Mustapha Sehimi explique la nature et la dimension de cet état d'esprit.

Par Mustapha SEHIMI - Professeur de droit (UMV Rabat) , Politologue

De quoi s'agit-il ? Les juifs de Hollywood font amèrement ce constat : leurs "amis", leurs "voisins", toutes ces célébrités non juives si promptes à s'enflammer pour la cause des Black Lives Matter ou des LGBT ont soudain détourné le regard après l'attaque de Hamas voici près de deux ans. Quant aux studios, ils ont eux aussi gardé le silence. De même, le syndicat des scénaristes, la Writers Guild of America (WGA) - 11.000 professionnels du récit et de l'écriture - a oublié de s'indigner publiquement. « Un livre de Neal Gabler, "An Empire of Their Own:  How the Jews Invented Hollywood" (Le Royaume de leurs rêves: comment les Juifs ont créé Hollywood) est éclairant à cet égard. Il montre comment William Fox (Fox Studio), Louis B. Mayer (Metro Goldwin Mayer), les frères Wagner (Wagner Brothers), Adolph Zukor (Paramount), Carl Laemmle (Universal)...tous ces juifs qui avaient fui une Europe en proie aux démons de l'antisémitisme s'étaient jetés à corps perdu dans rune nouvelle industrie: le cinéma. Ils ont ensuite " inventé Hollywood". Film après film, tous ces producteurs ont cherché à construire un monde qui aurait cessé de faire attention à eux.

Culpabilité blanche

Au lendemain du 7 octobre, certains artistes juifs de renom, accompagnés de 300 signataires ont interpellé publiquement les dirigeants de la Writers Guild of Amarica leur reprochant de ne pas condamner les actes de Hamas le 7 octobre alors qu'ils sont habituellement si prompts à dénoncer les violences faites aux Noirs et aux minorités sexuelles. La présidente de la WGA a fini par expliquer son silence en invoquant finalement ce fait: " Les points de vue du conseil d'administration sont variés nous avons constaté qu'un consensus était hors de portée". Un manque de compassion des stars envers les victimes du Hamas. C'était là sans doute l'enfant woke de la culpabilité blanche envers les Noirs américains. Dans son roman Chien blanc, écrit dans les années soixante, l'écrivain Romain Gary raconte sa vie à Hollywood : "Ma maison devenue un véritable quartier général de la bonne volonté libérale blanc- américaine. Les libéraux l'envahissent dix-huit heures sur vingt-quatre. C'est la permanence des belles âmes..." Il a ajouté que le signe distinctif par excellence de l'intellectuel américain, c'est la culpabilité. Se sentir personnellement coupable, c'est témoigner d'un haut standing moral et social, montrer patte blanche, prouver que l'on fait partie de l'élite". Aujourd'hui, qu'en est-il ? Il semble bien que ce haut standing moral a trouvé dans le "palestinisme" un nouveau terrain d'expression. La guerre d'Israël contre le Hamas avec ses aspects génocidaires à Gaza a donc mobilisé Hollywood contre Tel-Aviv.

Dénonciation du génocide

En mai dernier, au festival de Cannes, quelque 900 personnalités du cinéma (Pedro Almodovar, Susan Sarandon, Juliette Binoche...) ont signé une pétition dénonçant le "génocide à Gaza. A la Mostra de Venise, voici quelques semaines, les professionnels du cinéma ont offert une standing ovation au film tunisien choc, The Voice of Hind Rajab; produit par Brad Pitt, une narration de la mort d'une fillette de Gaza victime collatérale des bombardements israéliens. Au Festival de Toronto (4 -14 septembre 2025) les mêmes ont demandé la déprogrammation de la diffusion d'un documentaire israélien sur les massacres du 7 octobre. Et le 8 septembre courant, 1500 acteurs, réalisateurs et professionnels du cinéma ont juré de bannir toute relation future avec des institutions cinématographiques israéliennes " impliquées dans le génocide à Gaza". Cette promesse de boycott ne vise pas seulement les festivals et les cérémonies officielles ; elle cible aussi le moteur de la création elle-même : le financement.

Il y a là une avalanche d'hostilité à l'endroit des juifs et des Israéliens. Une apathie générale à tout le moins rester discrets et à l'écart. L'Amérique retrouve ses valeurs en se repositionnant du côté des victimes palestiniennes et en enfourchant un soutien à une cause juste. C'est là aussi le rêve historique de l'Amérique, Hollywood n'en étant aujourd'hui que l’expression la plus emblématique...