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Macron, Gaza et la Palestine : l'humanitaire, le politique et le gouffre – Par Hassan Zakariaa
Une millionième prière des morts : 30 mai 2025, à l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, des fidèles prient devant les corps des personnes tuées lors des frappes israéliennes de la nuit. (Photo Bashar TALEB / AFP)
Alors que Gaza s’effondre sous les bombes et la famine, Emmanuel Macron tente de poser des mots sur l’intenable : reconnaître un État palestinien ne serait plus une option morale mais une nécessité politique. Dans le même temps, Tel-Aviv, sourd à la diplomatie, redouble de carnages et d’obstination coloniale, tandis que la communauté internationale assiste, divisée et impuissante, au délitement d’un peuple entier. Le Round un de Hassan Zakariaa avec AFP et MAP.
La parole française entre principes et prudence diplomatique
Emmanuel Macron s’exprime depuis Singapour mais s’adresse au monde. Le 18 juin prochain, à New York, il prendra part à une conférence internationale sur la solution à deux États. D’ici là, il pose les jalons : la reconnaissance d’un État palestinien n’est plus une question morale mais une exigence politique. Il énumère toutefois des conditions drastiques : la libération des otages, la démilitarisation du Hamas, sa mise à l’écart de la gouvernance, la réforme de l’Autorité palestinienne, et surtout la reconnaissance d’Israël par ce futur État.
Cette rhétorique d’équilibriste, qui tente de rassurer Tel-Aviv sans froisser Ramallah, traduit l’embarras occidental. Macron plaide pour une Europe qui durcirait enfin sa position face à un gouvernement israélien sourd aux appels à la retenue. Mais en même temps, il repousse l’acte symbolique fort que serait la reconnaissance unilatérale. L’intention est là, la réalisation, conditionnelle.
Tel-Aviv défie et durcit sa ligne coloniale
La réponse israélienne à la pression diplomatique ? Le béton. Depuis l’avant-poste de Sa-Nur, en Cisjordanie, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, annonce la restauration d’une colonie démontée en 2005. Ce n’est plus une politique, c’est un défi à ciel ouvert. "Ils reconnaîtront un État palestinien sur le papier, nous bâtirons l’État juif sur le terrain", lance Katz, comme pour enterrer les résolutions de l’ONU sous les gravats de la colonisation.
Le projet d’extension des colonies en Cisjordanie déclenche l’indignation d’Antonio Guterres, mais aussi l’indifférence des autorités israéliennes, qui se savent couvertes par l’inertie des grandes puissances. La France parle de sanctions potentielles, mais jusqu’à présent, l’accord d’association entre l’UE et Israël reste intact.
Gaza, champ de ruines et enjeu de guerre politique
Sur le terrain, Gaza s’enfonce. Un ministre israélien d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, appelle à "toute la force nécessaire" pour "détruire le Hamas". L’histoire s’écrit à coups de bombes. La proposition américaine de trêve est ignorée, rejetée ou mal négociée. Le Hamas, en exil, dénonce un accord qui perpétuerait "l’occupation et la famine".
Pendant ce temps, les bombes tombent sur Jabalia, les morts s’alignent sur le sol de l’hôpital Al-Chifa, et les négociateurs comptent les morts comme on échange des chiffres. Le Premier ministre israélien est à l’hôpital pour une coloscopie, et Gaza se vide de son humanité.
La famine, dernier mot du silence international
Jens Laerke, porte-parole de l’ONU, ne mâche pas ses mots : "Gaza est l’endroit le plus affamé au monde". Il dénonce une logistique d’aide entravée, des convois pris d’assaut par des populations en détresse, et une organisation humanitaire créée par Israël et les États-Unis qui ne répond à aucun critère d’indépendance.
L’aide arrive au compte-gouttes, les routes sont bloquées, les enfants meurent de faim dans les bras de leurs mères. Et pendant ce temps-là, la communauté internationale parle de "solutions" et de "conditions". La famine est devenue un instrument. Ce n’est plus seulement un échec humanitaire, c’est un scandale moral.
La reconnaissance d’un État palestinien ne peut être conditionnée à l’inacceptable. Elle ne saurait rester un levier diplomatique pour adoucir des partenaires tout en retardant une justice nécessaire. La parole d’Emmanuel Macron, encore timide, a le mérite d’exister. Mais elle doit trouver sa consistance dans l’acte, car le peuple palestinien n’a plus le luxe du temps.