Macron, la Palestine et la reconnaissance honteuse – Par Youssef Aït Akdim

Macron, la Palestine et la reconnaissance honteuse – Par Youssef Aït Akdim

Préparez-vous au concert de louanges et à l’énumération des pays “entraînés” par l’initiative française : Australie, Belgique, Canada, Portugal, Royaume-Uni, etc. Mais paradoxalement, le président français ne cesse depuis des semaines d’affaiblir la portée de sa décision par une démarche de justification

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En annonçant la reconnaissance de l’État de Palestine, Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité diplomatique française mais vide ce geste de sa substance. Le Chroniqueur Maure, Youssef Aït Akdim, explique comment entre dîner à l’Élysée pour rassurer BHL, une interview sur une chaîne israélienne et des consignes aux préfets pour décrocher les drapeaux palestiniens des frontons des mairies, l’initiative prend des allures de reconnaissance “honteuse”, loin d’un acte diplomatique assumé.

Par Youssef Aït Akdim, The Moorish Chronicler

Reconnaître l'Etat palestinien ? Oui, mais avec un dîner pour rassurer BHL, une interview à la télé israélienne et des consignes aux préfets pour décrocher les drapeaux des mairies...

Reconnaître l'Etat de Palestine est un acte de souveraineté. Un geste fort qui inscrit la France dans la continuité de sa tradition diplomatique et dans le respect du droit des peuples. Hélas, trois fois hélas ! Emmanuel Macron aura tout fait pour vider cette proclamation de toute substance. La réduisant à une opération de communication désamorcée. Une manœuvre de prestige sans portée politique ni ambition.

Préparez-vous au concert de louanges et à l’énumération des pays “entraînés” par l’initiative française : Australie, Belgique, Canada, Portugal, Royaume-Uni, etc. Mais paradoxalement, le président français ne cesse depuis des semaines d’affaiblir la portée de sa décision par une démarche de justification. Macron innove et invente la reconnaissance honteuse.

Il y a donc eu ce dîner à l'Élysée, raconté par Le Figaroauquel le président a convié des intellectuels et personnalités juives pour “rassurer” et justifier son choix. Trois heures de discussions chaleureuses, parfois tendues, sans dissiper un certain malaise. Comme si le Président cherchait encore à vendre son “plan”, dans un vieux réflexe de banquier d’affaires. Comme si un génocide - le sujet qui fâche - n’était pas en cours. Comme si l'ONU n'était qu'une scène de gala et le vrai public, cette poignée de critiques qu'il fallait amadouer.

Puis l'interview à la chaîne israélienne N12. On y a vu Macron multiplier les précautions, expliquer que son initiative ne serait “en rien hostile à Israël”, s'excusant presque de faire ce qui aurait dû être fait depuis des décennies. Certains passages laissent pantois. Conseiller en image ou chef d’un Etat membre permanent du conseil de sécurité ?

Israël a obtenu des résultats uniques en termes de sécurité, mais mener ce genre d’opérations à Gaza est totalement contreproductif. Vous provoquez tellement de victimes et blessés chez les civils que vous détruisez complètement l’image et la crédibilité d'Israël, non seulement dans la région, mais auprès de l’opinion publique partout.

À l’ancien député Meyer Habib, proche de Netanyahu, Macron aurait glissé qu'il poserait des “exigences” après coup : libération des otages, démantèlement du Hamas comme conditions à l'ouverture d'une ambassade française. Pour l’instant, c’est Israël qui menace de fermer le consulat français à Jérusalem. Vive l’apaisement !

En France, la consigne semble être : “pas de vagues”. Quand des mairies communistes, à Malakoff ou Gennevilliers, ont annoncé hisser le drapeau palestinien, la réaction de l'État a été ferme et immédiate. Le préfet des Hauts-de-Seine dépêchant la police pour décrocher les bannières, au nom de la neutralité du service public. Curieux empressement quand on sait que tant de mairies ont arboré le drapeau ukrainien sans crainte de sanction.

Pour une diplomatie qui assume

Macron en diplomatie, c’est l’aboutissement de la rhétorique du “en même temps” poussée jusqu'à l'absurde. À la tribune de l’ONU, il dira “Etat de Palestine”, mais dans les coulisses, on entendra l'attachement “indéfectible” à Israël. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a d’ailleurs résumé la ligne officielle en prenant des accents orwelliens : “L'État de Palestine, c'est la fin du Hamas”, assène-t-il. Argument qu’il veut décisif pour convaincre (qui ?) de la justesse de la position française.

La reconnaissance de l’État de Palestine que s’apprête à prononcer Emmanuel Macron à la tribune de l’ONU a tout du geste honteux. L’Elysée refuse d'en assumer les conséquences politiques, craint les représailles diplomatiques et la colère des soutiens inconditionnels d'Israël. Le président français donne l’impression qu’il veut figurer au premier rang de ceux qui ont “reconnu”, mais sans en tirer les conclusions : condamnation des crimes de guerre israéliens, sanctions et pressions au niveau européen, suspension des coopérations militaires.

Il suffit de regarder vers l'Espagne voisine pour mesurer le contraste. Pedro Sánchez, le chef du gouvernement, a reconnu l'État palestinien en mai 2024, (avec la Norvège et l'Irlande) et il en tire les conséquences. Madrid a ainsi prononcé un embargo total sur les exportations d'armes vers Israël, tout en réaffirmant son soutien à l’UNRWA, et sept autres mesures qui dénotent d’une reconnaissance assumée, qui ne cherche pas à ménager tout le monde et qui accepte d'en payer le prix diplomatique.

La Palestine mérite mieux qu’une reconnaissance du bout des lèvres. Sans pression sur Israël pour arrêter la guerre, elle n’aura aucune portée réelle. Elle ne change pas le sort des Gazaouis pris sous les bombes, ni celui des Palestiniens qui vivent un nettoyage ethnique en Cisjordanie. Elle ne fait pas reculer l’occupation. Elle ne protège pas les civils. Les historiens Vincent Lemire et Elie Barnavi l’ont dit d’une formule terrible : “Monsieur le Président, si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière.

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