Mouvement de reconnaissance d'un Etat de Palestine, l’Europe commence à oser

Mouvement de reconnaissance d'un Etat de Palestine, l’Europe commence à oser

Des corps des Palestiniens tués par les frappes israéliennes, à l'hôpital des Martyrs d'al-Aqsa à Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 20 mai 2025.. (Photo Eyad BABA / AFP)

1
Partager :

Le mouvement international en faveur de la reconnaissance d’un État de Palestine prend une ampleur inédite. La France, le Royaume-Uni et le Canada ont affirmé vouloir agir de concert face aux exactions israéliennes à Gaza. Pour François Bayrou, cette dynamique "ne s’arrêtera pas". Tandis que l’Europe durcit le ton, la Suède appelle à des sanctions européennes contre Israël et le Royaume Uni suspend ses négociations commerciales avec Tel-Aviv, alors qu’à Rabat se réunit l’Alliance globale pour la solution à deux États s’est ouverte à Rabat sous l’égide du Maroc et des Pays-Bas.

Le mouvement de reconnaissance d'un Etat de Palestine, tel qu'envisagé par la France, le Royaume-uni et le Canada, "ne s'arrêtera pas", a affirmé le Premier ministre français François Bayrou mardi.

"Pour la première fois, trois États majeurs (...) la Grande Bretagne et la France et le Canada ont décidé ensemble qu'ils s'opposeraient à ce qui est en train de se passer" dans la bande de Gaza "et qu'ils reconnaîtraient ensemble l'Etat de Palestine. Et ce mouvement qui a été lancé est un mouvement qui ne s'arrêtera pas", a déclaré François Bayrou devant l'Assemblée nationale lors de la séance des questions au gouvernement.

Il répondait à la cheffe de file des députés de la France insoumise Mathilde Panot, qui lui demandait s'il comptait "reconnaître l'État de Palestine lorsqu'il n'y aura plus de Palestiniens".

Les dirigeants français, britannique et canadien, Emmanuel Macron, Keir Starmer et Mark Carney ont prévenu lundi qu'ils ne resteraient "pas les bras croisés" face aux "actions scandaleuses" du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu à Gaza, menaçant de "mesures concrètes" s'il ne cesse pas son offensive militaire et ne débloque pas l'aide humanitaire.

"Cette condamnation, ces avertissements multipliés sont absolument clairs dans leur destination et ils s'imposent à nous", a ajouté le chef du gouvernement français, qui défend une solution à deux États.

"La situation qui a été créée à Gaza, (...) est une situation humainement et humanitairement inacceptable", a encore dit M. Bayrou.

Paris est déterminé à reconnaître un Etat de Palestine, a souligné mardi le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot sur France Inter, répétant que c'était "dans l'intérêt des Palestiniens mais aussi de la sécurité d'Israël".

Cette reconnaissance devrait intervenir lors de la conférence internationale co-présidée par la France et l'Arabie saoudite pour relancer une solution pacifique au conflit israélo-palestinien dite "à deux Etats", qui se tiendra du 17 au 20 juin.

  1. Barrot a dénoncé la "violence aveugle, le blocage de l'aide humanitaire par le gouvernement israélien (qui) ont fait de Gaza un mouroir, pour ne pas dire un cimetière".

"C'est une violation absolue de toutes les règles du droit international", a-t-il ajouté. "Et c'est contraire à la sécurité d'Israël à laquelle la France est attachée parce que qui sème la violence récolte la violence".

Il a une nouvelle fois demandé à Israël de laisser entrer une aide humanitaire "massive" et "sans aucune entrave".

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a autorisé une quantité limitée d'aide humanitaire après plus de deux mois et demi d'un blocus complet du petit territoire palestinien en proie à une situation humanitaire catastrophique.

Après avoir rappelé plusieurs dizaines de milliers de réservistes, Israël a lancé samedi une offensive élargie sur l'ensemble de la bande de Gaza, sous prétexte d'anéantir le Hamas et de récupérer les détenus israéliens à Gaza, alors qu’il est avéré que l’objectif initial et ultime est de vider les Palestine de ses Palestiniens.

Londres suspend ses négociations commerciales avec Israël et convoque l'ambassadrice

Le Royaume-Uni a annoncé mardi suspendre ses négociations pour un accord de libre-échange avec Israël et convoquer l'ambassadrice de ce pays au Royaume-Uni, Tzipi Hotovely, en réponse à l'intensification de ‘’l'offensive’’, en fait le génocide israélien

 à Gaza.

Le gouvernement britannique a également annoncé de nouvelles sanctions contre des colons en Cisjordanie, que les autorités israéliennes ont aussitôt qualifiées d'"injustifiables et regrettables".

L'escalade à Gaza est "moralement injustifiable, totalement disproportionnée et contre-productive", a dit le ministre des Affaires étrangères britannique David Lammy devant la chambre des Communes, dans un discours très virulent contre le gouvernement de Benjamin Netanyahu.

"Cette guerre laisse une génération d'orphelins et de traumatisés, prêts à être recrutés par la Hamas", a-t-il ajouté.

Londres a "suspendu les négociations avec le gouvernement israélien sur un nouvel accord de libre-échange", a annoncé David Lammy. Le Royaume-Uni va "réexaminer la coopération" avec Israël, a-t-il poursuivi.

"Les actions du gouvernement Netanyahu ont rendu cela nécessaire", a estimé David Lammy, condamnant également les agissements de colons "extrémistes" en Cisjordanie.

Londres a imposé des sanctions financières et des interdictions de voyage contre trois personnes, dont Daniella Weiss, "cheffe de file des colons" déjà visée par le Canada, ainsi que deux organisations.

Elles sont accusées d'avoir "soutenu, incité et encouragé la violence" contre des Palestiniens en Cisjordanie, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Le porte-parole du ministre des Affaires étrangères israélien Oren Marmorstein a accusé Londres d'avoir une "obsession anti-israélienne" et minimisé les annonces concernant l'accord commercial bilatéral. "Les négociations sur l'accord de libre-échange n'étaient pas du tout avancées", a-t-il dit.

Selon le gouvernement britannique, Israël était le 44e partenaire commercial du Royaume-Uni en 2024. Les deux pays ont échangé 5,8 milliards de livres (6,8 milliards d'euros) de biens et services l’an dernier.

Ils ont ouvert en 2022 des négociations en vue de conclure un accord de libre-échange.

Le secrétaire d'Etat britannique chargé du Moyen-Orient, Hamish Falconer, a indiqué que l'ambassadrice d'Israël, Tzipi Hotovely, allait être convoquée afin de protester contre "l'escalade totalement disproportionnée de l'activité militaire à Gaza".

La Suède plaide pour des sanctions de l'UE contre "certains ministres israéliens"

La Suède plaide pour des sanctions européennes contre "certains ministres israéliens", faute d'amélioration de la situation des civils à Gaza, a indiqué mardi à l'AFP la ministre des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard.

"La Suède est amie d'Israël, mais (...) nous devons désormais encore hausser le ton. Nous allons plaider en faveur de sanctions européennes contre certains ministres israéliens" qui "soutiennent une politique de colonisation illégale et s'opposent activement à une future solution à deux États", a-t-elle écrit dans un message à l'AFP.

La liste des personnes visées doit être discutée au sein de l'Union européenne, selon elle.

Les ministres des Affaires étrangères des 27 sont réunis mardi à Bruxelles.

"Nous considérons avec une très grande gravité la manière dont le gouvernement israélien continue d'aggraver la situation, tant par ses déclarations que par ses actions", a souligné Mme Stenergard dans son message.

"Depuis longtemps, dans toutes nos relations avec le gouvernement israélien, nous avons exigé un meilleur accès humanitaire et avons été très critiques du fait qu'il ne l'ait pas garanti", a-t-elle ajouté.

Lundi, Maria Malmer Stenergard avait déjà condamné le projet d'Israël visant à "prendre le contrôle" de l'ensemble de la bande de Gaza, dénonçant "une annexion contraire au droit international".

La ministre a également exhorté Israël à autoriser la reprise de l'aide humanitaire. Le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est alarmé lundi du risque de famine qui augmente dans la bande de Gaza où, a-t-il dit, "deux millions de personnes sont affamées".

L'ONU a indiqué mardi avoir été autorisée à faire entrer "environ 100" camions d'aide dans le territoire palestinien assiégé de Gaza.

La Suède reconnaît l'Etat palestinien depuis 2014.

La Défense civile de la bande de Gaza a fait état mardi de la mort de 44 personnes dans de nouveaux bombardements israéliens sur le petit territoire palestinien en guerre.  (Quid avec AFP)