International
Netanyahu sans retenue face à Macron qui qualifie l'offensive militaire d’Israël à Gaza de désastre
Une jeune Palestinienne s'enfuit du site des frappes aériennes israéliennes sur un immeuble de six étages dans le quartier de Saftawi, à l'ouest de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 19 août 2025. (Photo de Bashar TALEB / AFP)
La tension est montée d’un cran entre Paris et Tel-Aviv après la lettre d’une rare arrogance de Benjamin Netanyahu accusant Emmanuel Macron "d’alimenter l’antisémitisme" en France. Une riposte sans retenue à l’annonce de la reconnaissance prochaine de l’État de Palestine par la France, alors que le président français qualifie l’offensive israélienne à Gaza de "désastre annoncé" pour les deux peuples.
Dans un courrier officiel adressé au président français, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a accusé ce dernier "d'alimenter le feu antisémite" en France en appelant à la reconnaissance internationale de l'Etat de Palestine.
"Je suis préoccupé par la montée alarmante de l'antisémitisme en France et par le manque d'actions décisives de votre gouvernement pour y faire face. Ces dernières années, l'antisémitisme a ravagé les villes françaises", écrit M. Netanyahu.
Il affirme que l'antisémitisme a encore augmenté depuis que M. Macron a annoncé fin juillet que la France allait reconnaître l'Etat de Palestine à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre.
Cette analyse "est erronée, abjecte et ne demeurera pas sans réponse", a répondu la présidence française. "La période exige gravité et responsabilité, pas amalgames et manipulations", a-t-elle ajouté, indiquant que "la République protège et protègera toujours ses compatriotes de confession juive".
Selon les derniers chiffres fournis par le ministère de l'Intérieur, entre janvier et mai 2025, un total de 504 actes antisémites ont été recensés (dont 323 atteintes aux personnes). C'est une baisse de 24% sur un an, mais un doublement (+134%) par rapport à la même période de 2013.
"Arme diplomatique" -
"Je ne dis pas que la République ne fait pas, la République fait énormément mais il y a tellement d'actes d'antisémitisme qu'aujourd'hui il semble que ça déborde", a souligné mercredi sur Franceinfo l'ambassadeur d'Israël en France Joshua Zarka, précisant qu'une lettre a aussi été envoyée au Premier ministre d'Australie.
C'est en France que vit la plus grande communauté juive d'Europe occidentale, avec environ 500.000 personnes, en même temps qu'une très importante communauté arabo-musulmane, très sensible au sort des Palestiniens de Gaza.
Face à cette nouvelle crise entre les deux pays, le représentant du Crif, tente de temporiser et souligne que "dans un contexte marqué par la hausse des actes antisémites", les institutions juives ont établi un "dialogue régulier avec les pouvoirs publics concernant la lutte contre l'antisémitisme depuis une vingtaine d'années".
"Instrumentaliser l'antisémitisme comme une arme diplomatique est honteux non seulement parce que ça affaiblit la lutte nécessaire contre l'antisémitisme, mais surtout parce que cela vise à assimiler les juifs dans le monde à une politique génocidaire d'un criminel poursuivi par la Cour pénale internationale", a déclaré la présidente du groupe insoumis(gauche) à l'Assemblée nationale Mathilde Panot, dont le parti est lui-même régulièrement accusé d'ambiguïtés sur cette question.
"Netanyahu est un leader d'extrême droite qui instrumentalise la notion d'antisémitisme, alors même que l'antisémitisme est bien réel dans notre pays", a également commenté mercredi Chloé Ridel, porte-parole du Parti socialiste sur Franceinfo.
Après avoir affiché sa solidarité avec Israël après les attaques du 7 octobre 2023, Emmanuel Macron a depuis pris ses distances et multiplié les critiques à l'égard de la stratégie du gouvernement israélien à Gaza.
Fin juillet, le chef de l'Etat a annoncé que la France allait reconnaître l'Etat de Palestine en septembre, à l'Assemblée générale de l'ONU qui prendra fin précisément le 23. M. Netanyahu a sommé le président français de "remplacer la faiblesse par l'action" sur la lutte contre l'antisémitisme avant cette date claire de début de nouvelle année juive.
Un véritable désastre
Emmanuel Macron a de nouveau affirmé mercredi que "l'offensive militaire que prépare Israël", avec le rappel de 60.000 réservistes pour la prise de Gaza-ville, "ne peut conduire qu'à un véritable désastre pour les deux peuples", palestinien et israélien.
Cette opération de conquête "entrainera la région dans une guerre permanente", ajoute le président français dans un message sur X, rendant compte d'appels téléphoniques avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et avec le roi Abdallah de Jordanie.
Il reprend ainsi les termes de sa précédente mise en garde il y a dix jours et plaide à nouveau pour une "mission de stabilisation internationale" élaborée notamment avec l'Egypte et la Jordanie.
Ce nouvel avertissement fait suite à la décision du ministre israélien de la Défense, Israël Katz, qui a "approuvé le plan d'attaque de l'armée à Gaza-ville" et ordonné le rappel "des réservistes nécessaires".
Ce feu vert est intervenu au lendemain d'une proposition de trêve négociée par l'Egypte et le Qatar, et acceptée par le Hamas, prévoyant un cessez-le-feu de 60 jours et la libération "en deux vagues" des otages encore détenus à Gaza.
Mais le gouvernement israélien continue d'exiger la libération de "tous les otages" en préalable à la cessation des combats.
Le président français défend, pour sa part, un "processus" passant d'abord par "un cessez-le-feu permanent" à Gaza, la "libération de tous les otages", un "acheminement massif d'aide humanitaire" et le "désarmement du Hamas", accompagnés du déploiement d'une "mission de stabilisation internationale".
Par ailleurs, M. Macron s'est engagé à reconnaître l'Etat de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies en septembre. Une dizaine d'autres pays lui ont emboité le pas, dont le Canada et l'Australie. (Quid avec AFP et MAP)