Premières dames africaines : entre glamour, scandales et pouvoir ostentatoire ou discret – Par Hatim Betioui

Premières dames africaines : entre glamour, scandales et pouvoir ostentatoire ou discret – Par Hatim Betioui

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En politique, les projecteurs sont généralement braqués sur les chefs d’État, laissant souvent leurs épouses dans l’ombre malgré leur influence notable. En Afrique, certaines premières dames ont pourtant réussi à combiner glamour, controverses et pouvoir, marquant leur époque de leur présence singulière.

Grace Mugabe : l'extravagance faite reine

Grace Mugabe, ancienne première dame du Zimbabwe, est devenue célèbre tant pour son luxe extravagant que pour son influence politique controversée. Interrogée un jour par un journaliste occidental : « Est-il vrai que vous avez dépensé deux millions de dollars rien que pour des chaussures ? », elle répondit sans décontenancer, mi sérieuse mi ironique : « Non. C'était uniquement pour mon voyage à Paris. Vous n'avez pas compté ceux de Genève et de Rome ! »

Surnommée « Grace Gucci » ou « Première acheteuse », la première dame zimbabwéenne s'est distinguée par son goût prononcé pour les vêtements et les bijoux luxueux, rivalisant notamment avec Chantal Biya, première dame camerounaise. Il était courant que Grace voyage accompagnée de plus de quinze valises, obligeant parfois les équipages à réserver la moitié du chargement de l'avion à ses bagages.

Son parcours au sommet a débuté lorsqu'elle était secrétaire à la présidence, avant d'épouser en 1996 le président Robert Mugabe, alors qu’elle était mariée, lors d’un événement qualifié par la presse locale de « mariage du siècle ». Ambitieuse, Grace avait même annoncé son intention de briguer la présidence pour succéder à son mari vieillissant. Elle avait également obtenu une thèse de doctorat en sociologie en à peine trois mois, déclenchant railleries et critiques dans les cercles académiques.

Son implication dans l'éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa en 2017 précipita un coup d'État qui mit fin au règne de son mari, permettant à Mnangagwa de prendre le pouvoir.

Grace s'est même offert le luxe de se retrouver impliquée dans une altercation avec une mannequin à Johannesburg, où elle a utilisé un câble électrique, recourant par la suite à son immunité diplomatique pour éviter d'être jugée. En 2018, figure controversée jusqu’au bout elle a été accusée de gérer un réseau de trafic d’ivoire d’éléphant sous couvert de « cadeaux diplomatiques ».

Antoinette Sassou Nguesso : l’élégance de fer

Antoinette Sassou Nguesso, première dame du Congo-Brazzaville, affiche, elle, un style raffiné et une influence subtile mais puissante. Toujours accompagnée de son coiffeur personnel, elle a suscité la polémique en célébrant ses 70 ans par des vacances luxueuses à Saint-Tropez, estimées à un million d'euros.

Sous une apparence calme et chaleureuse, Antoinette est surnommée « la féroce élégante » en raison de son rôle influent dans la gestion des affaires de l'État. Connue pour sa répartie piquante, elle déclara un jour : « Je suis la plus petite ici, mais je vois bien plus haut que vous ne le pensez ! », référence claire à son poids politique réel.

Appréciée du public pour sa spontanéité, elle aime danser lors de manifestations publiques, notamment avec des femmes et des enfants, renforçant ainsi sa popularité.

Jeannette Kagame : la discrétion au service du changement

Contrairement à ses homologues extravagantes, Jeannette Kagame, première dame du Rwanda, préfère une influence discrète et pragmatique. Elle nie toute ingérence directe dans la politique mais reste néanmoins une partenaire incontournable de son mari, le président Paul Kagame, notamment sur les dossiers sociaux tels que l’éducation, la santé et l’autonomisation des femmes.

Surnommée « la mère nationale », elle est connue pour son sourire chaleureux et son engagement profond lors de visites sur le terrain, auprès d'écoles, hôpitaux et centres dédiés aux victimes du génocide. Ancienne réfugiée en Ouganda devenue l'une des femmes les plus influentes d'Afrique, elle est aujourd'hui surnommée « la leader cachée », privilégiant l'action concrète loin du tumulte médiatique.

Les premières dames africaines incarnent ainsi une mosaïque d’influences et de styles, conjuguant pouvoir politique, mode et engagements sociaux avec autant de passion que de discrétion, tout en restant au cœur de la scène politique continentale.