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Reconnaissance de la Palestine : Une moquerie et un terrible piège – Par Abdelahad Idrissi Kaitouni
En quoi cette idée de reconnaissance de la Palestine est-elle pernicieuse, et donc inacceptable ? Juste parce qu’elle est, dans un champ de ruines, en pratique inapplicable ! Elle reste cependant la seule manière pour l’Occident de garder les choses en l’état. (Photo AFP)
La reconnaissance de l’État palestinien, brandie aujourd’hui par certains dirigeants occidentaux, n’apparaît pas comme une avancée réelle vers une solution juste. Elle ressemble plutôt, selon Abdelahad Idrissi Kaitouni, à une manœuvre destinée à sauver Israël d’un isolement croissant et à détourner l’attention des crimes commis à Ghazza. Derrière ce geste présenté comme courageux, se cache en réalité un piège politique et moral.

Par Abdelahad Idrissi Kaitouni
Le réveil tardif de certaines consciences qui, aujourd’hui critiquent vivement Israël, m’indispose au plus haut point. Or c’est le contraire qui devait m’inspirer, et je me dois donc, à priori, me féliciter pour ce retournement de situation. Est-ce vraiment gratifiant de voir, enfin, les yeux de certains des appuis inconditionnels de l’État hébreu, se déciller jusqu’à nommer l’innommable de ce qui se passe à Ghazza ? Pas plus qu’on ne saurait être gratifié en écoutant les chantres du sionisme hier, mettre des mots durs sur ce que fait le sionisme aujourd’hui en leur nom ?
Pas sûr qu’on puisse passer l’éponge avec autant de facilité sur des crimes imprescriptibles ! D’où ce sentiment de gêne, voire de dégoût qui m’afflige. Dégouté, je le suis en constatant avec quelle rapidité ces gens ont basculé d’un soutien inconditionnel à Israël, à une critique surfaite du seul Netanyahu. Peut-on absoudre les pousse-au-crimes d’hier pour leur offrir une belle virginité ? Comment peut-on passer par pertes et profits leur contribution, effective ou par le silence, au renforcement du pouvoir de Netanyahu et ses acolytes ? Comment oublier leur hargne contre toute velléité de critique des dérapages constatés et reconnus des gouvernants israéliens ? Pourquoi fallait-il qu’ils attendent qu’Israël franchisse le seuil de l’irréparable pour se décider enfin à parler ?
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des accents de sincérité chez nombre de personnes qui critiquent aujourd’hui Israël. Je crois à la grâce qui accompagne parfois la mauvaise conscience. Mais j’ai beaucoup de peine à croire tous les critiques au vu du passé récent des apologistes du sionisme.
Mais la question n’est pas de savoir qui est sincère, de qui ne l’est pas. Il s’agit de savoir ce que cache ce revirement, ou même pour certains, ce semblant de repentance. Pour une fois Israël n’a pas gagné la guerre, il ne l’a pas perdu non plus, même si tout le monde s’accorde à dire qu’il a perdu la bataille de l’opinion.
La suite de la guerre est des plus incertaine. Et pour cause : Israël ne sait plus pourquoi il se bat. Netanyahu est incapable de dire comment il voit le lendemain de la guerre. De plus en plus d’Israéliens se rendent compte qu’il n’a pas de plan de sortie de guerre. Aucune perspective ! La preuve, ils étaient habitués à des guerres éclaires, quelques jours, ou au plus, deux à trois semaines. Maintenant que les opérations durent depuis deux ans, et qu’elles ont été étendues au Liban, la Syrie, le Yémen et même l’Iran, on peut poser la question de savoir s’il n’y a pas comme une fuite en avant.
Ce qui renforce cette idée de fuite en avant, c’est l’absurdité du pilonnage des ruines. Il n’existe plus de bâtiments debout à Ghazza, pourtant ils ne font que bombarder les gravats, tout en laissant aux maladies et à la famine le soin d’achever les survivants. À ce stade des destructions, Netanyahu doit bien se rendre compte de la stupidité de la poursuivre ces pilonnages.
Pourtant il continue, car il sait que tant que la guerre est là, l’Occident restera son otage, un otage bien sage. Ce dernier est appelé à remettre systématiquement à niveau l’armement et les capacités militaires d’Israël, et à rétablir l’équilibre de ses finances, passablement éprouvées par le coût des opérations. Tout cela se fait et se fera évidemment en temps et en heure.
Mais le plus difficile est de restaurer l’image d’Israël, totalement abîmée par son aventure à Ghazza. Alors pour essayer de désamorcer la pression de l’opinion mondiale, les sionistes les plus retords viennent de sortir comme par miracle l’idée saugrenue, car inapplicable, de la reconnaissance de l’État de Palestine.
L’idée portée par un sioniste aguerri, Emmanuel Macron, assisté par un quarteron de chefs d’États et de gouvernements occidentaux, est de jeter une bouée de sauvetage à Israël, en pleine déperdition après ses immondes forfaitures à Ghazza. C’est un piège innommable tendu aux milliards de personnes qui sont outrées par les massacres menés sous bannière israélienne.
En quoi cette idée de reconnaissance de la Palestine est-elle pernicieuse, et donc inacceptable ? Juste parce qu’elle est en pratique inapplicable ! Elle reste cependant la seule manière pour l’Occident de garder les choses en l’état.
Comment peut-on oublier un instant, que ces responsables occidentaux qui nous donnent aujourd’hui l’impression d’infléchir leur position, sont ceux-là même qui, au lendemain du 7 octobre, ont encouragé avec véhémence Netanyahu à « éradiquer la vermine » ? Peut-on occulter le fait que ces mêmes responsables continuent à armer Israël jusqu’aux dents, et à aider l’État hébreu au-delà de ses propres attentes ?
L’initiative de Macron et consorts est très suspecte. Car de quel État palestinien parle-t-on ? De la Cisjordanie qui ne présente aucune continuité géographique à cause de la multitude de colonies israéliennes, qui sont autant de sauts d’obstacles qui imposent des détours considérables pour parvenir à la rue juste à côté, située à moins d’un jet de pierre ? Ou de la bande de Ghazza, un champ de ruines qui demandera au moins deux générations avant d’être viable ?
L’État palestinien est une fable, pour beaucoup une plaisanterie qui ne repose plus sur aucun fait tangible. La fable et la plaisanterie débouchent souvent sur la moquerie. Ainsi donc, et sans vergogne, l’Occident se moque-t-il du reste du monde en proposant une idée chimérique d’un État non viable. Il veut donner l’impression d’avoir changé, d’avoir cédé sur son intransigeance à l’égard de la Palestine, mais en fait il vient juste à la rescousse d’Israël empêtré jusqu’au cou dans une autre Shoah, celle-là totalement indicible !
Il n’y a qu’un moyen et un seul pour la mise à l’épreuve de la sincérité de l’Occident, c’est qu’il sanctionne Israël avec la même sévérité que la Russie lorsqu’elle avait envahi l’Ukraine. Toute autre initiative occidentale restera suspecte et devra être rejetée. Accepter autre chose que les sanctions, revient à seulement participer au sauvetage d’Israël !