Relations euro-méditerranéennes, Moyen orient : constats sans complaisance et solutions claires de Nasser Bourita

Relations euro-méditerranéennes, Moyen orient : constats sans complaisance et solutions claires de Nasser Bourita

Nasser Bourita sur le processus euroméditerranéen : Une "indécision ontologique" sur l’identité même de ce partenariat, encore en quête d’une vision commune et d’objectifs clairs, une "asymétrie de motivation" entre un Nord focalisé sur la sécurité et un Sud en quête de développement et de mobilité, une "fragmentation géopolitique" qui a fait perdre à l’espace Euromed sa centralité, et "une incapacité à gérer les crises" (Photo MAP)

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Rabat – Depuis la capitale marocaine, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a livré un double message fort et sans les boursouflures de la complaisance : l’urgence de réinventer le Partenariat euro-méditerranéen pour le rendre efficace et l’inflexible condamnation des déclarations évoquant l’occupation de Gaza et la déportation de ses habitants. Deux discours, un seul fil conducteur qui clarifie les positions du Maroc au cœur des enjeux régionaux et du droit international.

Redonner du souffle au processus euro-méditerranéen

En ouvrant la Retraite de haut niveau sur "L’avenir des relations euro-méditerranéennes", Nasser Bourita n’a pas mâché ses mots : le Partenariat euro-méditerranéen doit sortir de l’impasse. Vingt-neuf ans après la Déclaration de Barcelone, l’initiative peine à répondre aux défis de l’époque. "Bien plus qu’une mer ou une frontière, la Méditerranée est un écosystème et un bien commun qui doit rassembler", a déclaré le ministre, insistant sur la nécessité d’un sursaut collectif.

Le choix de Rabat pour accueillir cet événement n’est pas anodin. "Le Maroc est un hôte légitime et évident pour cette réflexion stratégique", a rappelé M. Bourita, mettant en avant la constance du Royaume dans son engagement euro-méditerranéen. De fait, le Maroc a souvent été précurseur : premier pays à bénéficier du Statut avancé, à mettre en place un sous-comité des droits de l’Homme, à lancer un Partenariat mobilité et à traduire ses engagements environnementaux en actions concrètes.

Un diagnostic sans complaisance

Le ministre a dressé un état des lieux sans détour du processus euroméditerranéen. Premier constat : une "indécision ontologique" sur l’identité même de ce partenariat, encore en quête d’une vision commune et d’objectifs clairs. Deuxième constat : une "asymétrie de motivation" entre un Nord focalisé sur la sécurité et un Sud en quête de développement et de mobilité. Troisième constat : une "fragmentation géopolitique" qui a fait perdre à l’espace Euromed sa centralité, alors que se multiplient d’autres cadres de coopération. Enfin, M. Bourita a dénoncé "une incapacité à gérer les crises", qu’elles soient sanitaires, énergétiques ou alimentaires, et "un déficit de visibilité sociale", qui rend ce projet trop élitiste aux yeux des citoyens.

La vision marocaine : quatre piliers d’action

Pour sortir de l’ornière, le ministre a proposé une vision articulée autour de quatre axes.

Le premier consiste à sécuriser les approvisionnements stratégiques, notamment en énergie et en sécurité alimentaire, dans un contexte de perturbations mondiales.

Le deuxième axe vise à connecter les économies en optimisant la Méditerranée comme plateforme de co-production et en créant de véritables corridors stratégiques reliant la Méditerranée à l’Afrique et à l’Atlantique.

Le troisième pilier met l’accent sur la mobilisation des talents, en transformant la migration en opportunité grâce à une mobilité intelligente et à des dispositifs durables de formation et de reconnaissance des diplômes.

Enfin, M. Bourita appelle à refonder le dialogue politique en instituant un "Forum politique méditerranéen" sous l’égide de l’Union pour la Méditerranée, afin de dépasser les blocages et de renouer avec un dialogue franc et inclusif.

Des coalitions volontaires pour passer à l’action

Au-delà du diagnostic, le ministre a présenté des solutions concrètes. Il préconise la création de coalitions volontaires, réunissant au moins un pays du Nord et un pays du Sud, capables d’agir rapidement sur des projets spécifiques sans être paralysées par les abstentionnistes. Pour soutenir ces initiatives, il propose un Fonds euro-méditerranéen de cohésion, reposant sur un mécanisme hybride de garanties et assurant un financement prévisible.

Autre innovation : instaurer des mécanismes de redevabilité vis-à-vis des citoyens pour restaurer la légitimité sociale du projet. "La Méditerranée doit cesser d’être un simple dossier pour redevenir un projet collectif", a résumé le ministre, invitant les partenaires à se réengager sur des bases pragmatiques.

Gaza : des déclarations dangereuses et inacceptables

En marge de cette rencontre, Nasser Bourita a réagi avec fermeté aux récentes déclarations évoquant l’occupation de Gaza et la déportation des Palestiniens. "Ces propos sont dangereux et inacceptables, ils doivent être traités avec la fermeté et la rigueur nécessaires", a-t-il martelé devant la presse. Le recours à la famine et le ciblage de journalistes, d’innocents et de civils sans défense interpellent la conscience humaine avant d’interpeller le droit international, a ajouté M. Bourita.

Pour le chef de la diplomatie marocaine, ces menaces ne concernent pas uniquement les habitants de Gaza, mais compromettent aussi la stabilité des pays voisins et de toute la région. "Sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Président du Comité Al Qods, le Maroc condamne et rejette catégoriquement ces déclarations provocatrices", a rappelé M. Bourita, y voyant non seulement une violation du droit international mais aussi une atteinte directe aux fondements de la stabilité régionale.

Défense de la solution à deux États

Le ministre a insisté sur la nécessité de replacer la solution à deux États au cœur du processus de paix. "La gravité de ces déclarations doit être appréciée à la lumière de décennies d’efforts pour parvenir à une solution fondée sur la coexistence de deux États", a-t-il déclaré. Toute atteinte à ce principe et toute action aux antipodes de cette tendance ne fait qu’alimenter les tensions, la haine et l’extrémisme, a ajouté M. Bourita.

Le ministre a aussi mis en garde contre les pratiques qui visent Al Qods et les incursions répétées qui risquent de transformer un problème politique en un conflit religieux. "La Ville sainte est un symbole de coexistence, y toucher, c’est attiser des foyers de haine dont nul ne peut prévoir les conséquences", a-t-il averti.

Solidarité avec la Syrie et le Qatar

Le ministre a par ailleurs condamné les agressions ayant visé la Syrie et le Qatar. Sur instructions royales, le Maroc a publié un communiqué réaffirmant sa solidarité avec Doha face à l’atteinte à sa souveraineté et soutenant la tenue d’un sommet arabe extraordinaire pour répondre à ces violations.

Ces positions traduisent, affirme M. Bourita, la constance de la diplomatie marocaine : attachement au droit international, défense des civils et refus de toute escalade. Il a rappelé que le Maroc agit sur tous les fronts – Ligue arabe, OCI, Nations Unies – pour mettre fin aux violations et promouvoir un règlement pacifique.

La paix comme horizon

Au terme de son intervention, le ministre a réitéré que la paix demeure le seul choix stratégique pour la région. "Sans un État palestinien avec Al Qods-Est pour capitale, la stabilité restera hors de portée", a-t-il affirmé, soulignant que les négociations sont le cadre légitime pour parvenir à cet objectif.

Le message est clair : pour le Maroc, il ne s’agit pas seulement d’une question diplomatique, mais d’une exigence morale et politique. La situation à Gaza interpelle autant la conscience universelle que les institutions internationales, a conclu Nasser Bourita.