Théâtre et politique - Par Samir Belahsen

Théâtre et politique - Par Samir Belahsen

Les acteurs principaux de la confrontation Israël-Iran-USA, les discours et les rebondissements soigneusement orchestrés, et la scénographie du conflit-pièce nous ont en présence d’un spectacle mondial : une dramaturgie géopolitique de mauvais aloi.

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Le théâtre et la politique partagent depuis l’Antiquité un lien profond où la scène devient miroir du réel, lieu de contestation et de réflexion. De Sophocle à Brecht, la dramaturgie a interrogé le jeu du pouvoir, tandis qu’aujourd'hui, du conflit IranIsraël à la diplomatie américaine, la scène géopolitique devient ellemême une représentation où chacun tient son rôle, où la parole devient arme, la dramaturgie devient stratégie, et le spectateur, malgré lui, devient l’otage du jeu.

Parfois, ce n'est qu'en quittant la scène qu'on peut savoir quel rôle on a joué.”

 Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées

“Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent. ”

Arthur Adamov / Ici et maintenant

Le couple théâtre et politique est des plus singuliers… Ils entretiennent des liens privilégiés depuis l’Antiquité et jusqu’à nos jours de manière plus ou moins discrète qui ne se limitent pas à la sémantique politico-théâtrale.

Le théâtre est souvent considéré comme le miroir qui reflète les réalités et les luttes politiques, sociales et humaines. Il est à la fois lieu de réflexion, de contestation et de critique du pouvoir. Rappelons, ici, quelques perles occidentales !

Antigone de Sophocle, réécrite par Jean Anouilh, traitait du conflit entre loi et morale.

Dans Cinna, la tragédie en cinq actes en vers, Corneille se demande comment mettre fin à la violence, il questionne la solution du pouvoir fort et clément.

Alfred de Musset dans Lorenzaccio traite de la tyrannie d’Alexandre de Médicis appuyée par le Saint siège et de la révolte d’un jeune de 19 ans vouée à l’échec.

Beaumarchais dans sa comédie « Le Mariage de Figaro » dénonce les privilèges archaïques de l’aristocratie et la société inégalitaire. Louis XVI l’avait trouvée « exécrable ».

On peut ajouter les pièces de Brecht maitre du théâtre épique et de l’engagement politique…

Ces pièces questionnent les différentes formes de pouvoir : politique, familial, religieux ou social.

Elles mettent en lumière les mécanismes de domination, les abus de pouvoir, les tensions et les luttes, les rebellions inhérentes à la société.

La force de la parole et la puissance de la mise en scène, peuvent éveiller les consciences et susciter au moins le débat.

Le fait que l’auteur s’exprime à travers ses personnages permet une critique plus subtile et plus efficace, pouvant échapper à la censure.

Plusieurs auteurs ont été confrontés à la censure et à la répression, preuve du pouvoir subversif du théâtre.

Du théâtre politique à la politique théâtrale

La couverture médiatique et la gestion politique de la guerre des 12 jours (pour reprendre l’appellation d’El Conquistador) entre l’Iran et Israël donnent parfois l’impression d’assister à une véritable pièce de théâtre. Les acteurs principaux, les discours et les rebondissements soigneusement orchestrés, et la scénographie du conflit-pièce nous mettent en présence d’un spectacle mondial : une dramaturgie géopolitique

Chefs d’État, porte-parole, médias, armées, alliés et opposants, spectateurs et téléspectateurs, chacun joue son rôle.

La "scénographie" du conflit-pièce est précise, le choix des images, la sélection des informations, les fréquences des répétitions, la mise en avant de certains récits …

Le scénario comprend manipulation, suspense et retournements des tensions, des soupçons, des menaces, des négociations secrètes, des trahisons et de coups de « théâtre ».  Et le public est en haleine.

Qui a vraiment écrit cette pièce ?

Qui détient la plume ?

Trump ?

Netanyahu ?

Les iraniens ?

Ou bien s'agit-il d'une écriture collective ?

La « pièce » que constitue la guerre Iran-Israël n’aurait pas un auteur unique, mais résulterait d’une écriture collective, où chaque acteur majeur — dirigeants politiques, militaires, lobbies, alliés internationaux et médias — joue un rôle plus ou moins important dans la construction du scénario et de sa mise en scène.

John Millington Synge disait “Sur la scène, il faut du réel, il faut aussi de la joie.”

Alors, à Téhéran comme à Tel Aviv, chaque acteur a proclamé sa victoire et sa joie. A Washington le « faiseur de paix » a fêté la sienne. 

Ce qui parait évident, c’est que comme toujours au théâtre, ce sont les spectateurs de cette mauvaise pièce géopolitique qui paient.