Exclusif : Le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Covid-19 : ‘''Après l’heure, c’est plus l’heure''

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Plus de cinq mois se sont écoulés depuis l’apparition du premier cas de Covid-19, sans que le Conseil de Sécurité des Nations unies ait été en mesure de faire passer une seule résolution, au moment où l'Assemblée générale en a adopté deux en avril dernier. Cette inaction contraste avec le bilan alarmant de ce virus qui s'établit, à ce jour, à 6.400,000 personnes contaminées et 380.000 victimes de par le monde. 

Quatre essais, aucune transformation

Des projets ont été successivement présentés par l’Estonie, la Tunisie, la France et par le binôme germano-estonien, sans résultat. Pourtant, ces textes se limitent aux impératifs d’un cessez-le-feu général pour créer les conditions nécessaires pour l'acheminement de l’assistance humanitaire. 

L’impasse dans laquelle se trouve le Conseil nourrit les critiques sur le manque d'efficacité, de crédibilité et de légitimité de cet Organe, et justifie les appels persistants à sa réforme et à celle du système multilatéral dans son ensemble.  

Des raisons d’ordres juridique et politique expliquent cette incapacité du Conseil à se mettre d’accord sur le traitement de la crise Covid-19. Sur le plan juridique, la controverse entre les membres du Conseil se cristallise autour de l'élargissement, ou non, du champ d’application de la notion de “menace à la paix et à la sécurité internationales” au volet sanitaire de la sécurité humaine. Cette controverse sémantique cache mal la vraie et unique raison, celle de nature politique qui oppose la Chine aux Etats-Unis. 

Malgré les appels du Secrétaire général M. Guterres, de Sa Sainteté le Pape François, du Conseil Paix et Sécurité de l’Union africaine (UA) et d’un collectif de plusieurs centaines d’organisations non gouvernementales, le Conseil reste paralysé par le bras de fer que se livrent Washington et Beijing à l’intérieur du Conseil de Sécurité. 

Trop peu, trop tard  

Les négociations entre les membres du Conseil pour parvenir à un consensus sur la question de le Covid-19 ont démontré une érosion de la substance du texte en négociation à chaque étape du processus. L’adoption d’un texte, quel qu'il soit, est devenue - particulièrement aux yeux des membres non permanents, plus soucieux de la crédibilité et de l’image de l’Organisation mondiale -, une fin en soi, une manière de sauver la face de l’Organe exécutif onusien. Mais, même pour un texte minimaliste et complètement dilué, ni les Etats-Unis ni la Chine ne semblent prêts à faire la moindre concession. Bien au contraire, les deux pays se sont installés dans une logique de confrontation systématique, comme le montre leur duel à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la récente passe d’armes sur Taiwan au Conseil de Sécurité. De ce fait, les chances de voir le Conseil sortir de l’impasse paraissent très minces, voire nulles, surtout au regard des perspectives de sortie de crise, dans lesquelles se placent désormais la plupart des Etats. 

En effet, au moment où la majorité des pays ont entamé le processus de de-confinement et commencent à mettre en place les modalités de relance de leur tissu économique, l’adoption d’une résolution par le Conseil de Sécurité ne revêt d’importance que pour les défenseurs du multilatéralisme.

Pour les grandes puissances, cet enjeu paraît tout à fait secondaire et, même, dépassé. Une nouvelle “Guerre froide” s’installe entre une Amérique en campagne pour novembre 2020 et qui veut effacer les impressions négatives laissées par un début de gestion désordonné de la crise sanitaire, et une Chine qui a fait étalage de son soft power médical et de sa solidarité avec les pays du Nord et du Sud et ne cache plus ses ambitions économiques et stratégiques. 

Dans cette lutte sans concession, les deux pays semblent engagés dans un bras de fer où tous les coups sont permis.

Quant au système multilatéral, si l’ONU, l’OMS et l’OMC (Organisation mondiale du Commerce) ont été fragilisées par cette crise et sont appelées à se réformer, les Institutions financières de Bretton Woods, où dominent les Etats-Unis, en sortent renforcées par les perspectives d’endettement de la plupart des pays, aussi bien développés qu’en développement, en quête de relance de leurs économies. 

Lien de l'article sur le site de Policy Center: Le Conseil de Sécurité de l’ONU et le Covid-19 : ‘''Après l’heure, c’est plus l’heure''