À New Delhi, le Maroc pour une intelligence artificielle souveraine et solidaire

À New Delhi, le Maroc pour une intelligence artificielle souveraine et solidaire

L’IA peut transformer en profondeur les systèmes de santé, moderniser l’éducation, optimiser la gestion des ressources naturelles et améliorer l’efficacité des services publics. Mais cette révolution comporte aussi des risques majeurs : creusement des inégalités, dépendance technologique accrue et fragilisation de la souveraineté numérique des États. (Amal El Fallah Seghrouchni)

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En Inde, lors d’un sommet mondial consacré à l’intelligence artificielle, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, a exposé la stratégie marocaine en matière d’IA. Une vision structurée autour de la souveraineté technologique, de l’innovation et d’une coopération Sud-Sud assumée, en droite ligne des Hautes Orientations Royales.

À New Delhi, le Maroc a porté une voix claire dans le concert mondial sur l’intelligence artificielle. Invitée à prendre part à une table ronde ministérielle de haut niveau dans le cadre de l’“IA Impact Summit”, présidée par le Premier ministre indien Narendra Modi, Amal El Fallah Seghrouchni a défendu une approche marocaine à la fois ambitieuse et prudente face aux bouleversements technologiques en cours.

Pour la ministre, l’IA représente une opportunité historique. Elle peut transformer en profondeur les systèmes de santé, moderniser l’éducation, optimiser la gestion des ressources naturelles et améliorer l’efficacité des services publics. Mais cette révolution comporte aussi des risques majeurs : creusement des inégalités, dépendance technologique accrue et fragilisation de la souveraineté numérique des États.

Une stratégie nationale de long terme

Le Maroc, a-t-elle rappelé, ne conçoit pas l’intelligence artificielle comme un simple outil technique. Il s’agit d’un choix stratégique de long terme, inscrit dans la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui place l’investissement dans les énergies renouvelables, l’IA et les technologies émergentes au cœur du nouveau modèle de développement.

Cette orientation se traduit par l’initiative “AI Made in Morocco”, présentée comme la feuille de route nationale en matière d’intelligence artificielle. L’objectif est clair : positionner le Royaume non pas uniquement comme consommateur de solutions étrangères, mais comme producteur de technologies souveraines, capables de répondre aux besoins spécifiques du pays et de son environnement régional.

Cette stratégie repose sur trois piliers complémentaires, articulés autour de la souveraineté, de l’innovation et de l’impact concret sur la société.

Souveraineté, confiance et gouvernance des données

Le premier pilier concerne la souveraineté technologique et la confiance. Il s’agit de mettre en place un cadre national pour une IA responsable, adossé à une gouvernance sécurisée des données et à des infrastructures souveraines de cloud et de calcul.

Pour la ministre, l’enjeu est double : protéger les droits des citoyens et garantir que les données stratégiques restent sous contrôle national. L’IA doit servir l’intérêt général, tout en respectant la sécurité et la souveraineté des États.

Les efforts engagés commencent à porter leurs fruits. Le Maroc a progressé dans le Government AI Readiness Index 2025, gagnant quatorze places pour atteindre le 87e rang mondial. Un signal encourageant pour un pays qui entend s’imposer comme acteur crédible sur la scène numérique internationale.

Innovation et compétitivité au service du développement

Le deuxième pilier vise à renforcer l’innovation et la compétitivité. Il passe par le développement de communs numériques, l’appui à la recherche et développement et la création de solutions adaptées aux réalités économiques et sociales du Royaume.

L’enjeu n’est pas seulement de suivre le rythme mondial, mais de créer un écosystème national capable de générer de la valeur. Start-up, centres de recherche, universités et entreprises sont appelés à contribuer à cette dynamique, afin de bâtir une économie numérique robuste et inclusive.

Dans cette perspective, l’IA est envisagée comme un levier transversal, susceptible d’irriguer des secteurs clés tels que l’agriculture intelligente, la gestion de l’eau, la transition énergétique ou encore la modernisation de l’administration publique.

Impact, adoption et capital humain

Le troisième pilier met l’accent sur l’impact mesurable et l’adoption concrète des solutions d’IA. Il ne s’agit pas de multiplier les projets pilotes sans lendemain, mais de déployer des applications opérationnelles dans la santé, l’éducation, l’énergie, l’agriculture et les services publics.

Au cœur de cette stratégie figure le capital humain. Amal El Fallah Seghrouchni a insisté sur l’effort massif engagé en matière de formation et de montée en compétences. Plus de 500 programmes digitaux ont été accrédités, avec 22.649 étudiants inscrits dans des domaines stratégiques comme l’IA, la data science, la cybersécurité, le cloud et l’ingénierie logicielle.

L’ambition est d’atteindre 22.500 diplômés par an d’ici 2027, contre 8.000 actuellement. À cela s’ajoutent des programmes d’upskilling et de reskilling, dont “JobInTech”, qui prévoit de former 14.000 apprenants en trois ans. Déjà, plus de 2.600 personnes sont en formation à travers les différentes régions du Royaume.

Sur le plan académique, plus de 550 bourses de doctorat seront financées d’ici 2027 dans des disciplines liées à l’IA et aux technologies numériques avancées. Une manière de consolider la recherche nationale et d’ancrer l’excellence scientifique dans la durée.

Une IA pour tous, portée par la coopération Sud-Sud

Au-delà des frontières nationales, le Maroc défend une vision inclusive de l’intelligence artificielle. Pour la ministre, l’IA ne doit pas devenir une ligne de fracture entre pays dotés de capacités de calcul et de données massives, et ceux qui en sont privés.

La coopération Sud-Sud constitue ainsi un axe central de la diplomatie numérique marocaine. L’initiative “Digital for Sustainable Development”, développée avec le Programme des Nations unies pour le développement, vise à faire du Maroc un hub régional de l’IA et de la data science, au service de l’Afrique et du monde arabe.

Le Royaume s’implique également activement au sein de la Digital Cooperation Organization, plaidant pour une transformation numérique inclusive et opérationnelle, intégrant pleinement les priorités du Sud global.

Dans son intervention, Amal El Fallah Seghrouchni a insisté sur la nécessité d’éviter une IA “à deux vitesses”. Les bénéfices de la révolution technologique doivent être partagés entre territoires et au profit des populations les plus vulnérables.

Organisé sous le thème “Bien-être pour tous, Bonheur pour tous”, l’IA Impact Summit a réuni plus d’une centaine de représentants gouvernementaux, dont une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement, ainsi que des dizaines de ministres, chercheurs et leaders mondiaux du secteur. Dans ce forum stratégique, le Maroc a affirmé sa volonté de contribuer non pas comme simple utilisateur de technologies importées, mais comme acteur, producteur et partenaire d’une intelligence artificielle fiable, utile et solidaire.

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