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Comme avec la bulle des dotcom, la bulle de l’IA générative pourrait exploser : le Maroc doit choisir la voie des systèmes experts - Par Dr Az-Eddine
Le Maroc : revenir aux fondations de l’IA raisonneuse et miser sur l’IA générative telle qu’elle est aujourd’hui est une erreur stratégique
À l’heure où l’intelligence artificielle générative suscite un engouement mondial, le Maroc est invité à prendre de la hauteur. Il ne peut pas se permettre de rester simple consommateur de solutions IA étrangères. Dans cette tribune, face aux limites des grands modèles de langage et aux risques d’une bulle spéculative, Dr Az-Eddine Bennani propose une alternative : une IA raisonneuse, explicable, alignée avec les priorités nationales et les spécificités culturelles. Entre lucidité critique et ambition géopolitique, une troisième voie se dessine pour la souveraineté numérique du Royaume.

Par Dr Az Eddine Bennani
À l’échelle internationale, l’intelligence artificielle est au cœur d’un affrontement conceptuel.
Les partisans des grands modèles de langage (LLM) misent sur la puissance de calcul et l’entraînement massif de données pour simuler des capacités cognitives.
Les tenants d’approches symboliques cherchent à restaurer le raisonnement explicite et l’explicabilité.
Deux voix françaises incarnent ces visions : Gilles Babinet et mon ami et collègue Zyed Zalila. Mais pour le Maroc, ce débat ne peut se réduire à une opposition technique : il doit être orienté par nos besoins stratégiques et nos réalités socio-culturelles.
La position de Gilles Babinet : lucidité mais prudence
Gilles Babinet, entrepreneur et co-président du Conseil national du numérique, met en évidence les limites des LLM : hallucinations, opacité, coût énergétique, incapacité à raisonner réellement.
Il estime que l’IA générale est lointaine et qu’il faut explorer d’autres approches, comme l’IA symbolique.
Mais sa posture reste celle d’un observateur : il ne tranche pas nettement sur l’abandon du modèle connexionniste, laissant ouverte la possibilité de continuer à investir dans une technologie qu’il juge pourtant fragile.
La position de Zyed Zalila : rupture technologique et vision contrariée
Professeur à l’Université de Technologie de Compiègne, Zyed Zalila est le fondateur, depuis 1998, de la spin-off Intellitech, issue de l’UTC, qui a conçu et développé XTRACTIS — une IA qui « raisonne » réellement.
XTRACTIS incarne l’IA Cognitive Floue Augmentée :
- Capable d’induction, de déduction et d’abduction.
- Produisant des règles explicites SI…ALORS.
- Totalement explicable, auditable et certifiable.
Pour Zyed Zalila, les réseaux de neurones ne manipulent aucune connaissance et ne peuvent pas valider la véracité de leurs productions.
Les LLM sont condamnés au mimétisme statistique et ne deviendront jamais des IA générales robustes.
Malgré son potentiel scientifique et opérationnel, XTRACTIS n’a jamais bénéficié du soutien financier nécessaire pour être commercialisé à l’échelle internationale, freinant ainsi la diffusion mondiale d’une technologie européenne capable de concurrencer les approches américaines dominantes.
Ma position pour le Maroc : revenir aux fondations de l’IA raisonneuse
Dans mes écrits, j’ai toujours insisté sur ce point : pour le Maroc, miser sur l’IA générative telle qu’elle est aujourd’hui est une erreur stratégique.
- Nos besoins en matière de santé, d’éducation, d’environnement ou de gouvernance nécessitent des décisions robustes, vérifiables et explicables, ce que les LLM ne peuvent garantir.
- Nos ressources matérielles et énergétiques doivent être optimisées : les approches lourdes en GPU et en données ne sont pas soutenables à long terme.
- Nos valeurs culturelles et linguistiques doivent être intégrées nativement dans les modèles, ce qui est impossible avec des architectures « boîtes noires » conçues ailleurs.
C’est pourquoi je recommande de privilégier les systèmes experts et leurs évolutions modernes, capables de raisonner explicitement, de justifier chaque décision et de s’adapter à nos contextes locaux.
Ces systèmes, enrichis par les avancées de l’IA cognitive floue, sont plus adaptés à notre souveraineté numérique et à nos réalités culturelles.
L’hypothèse d’une bulle IA : une leçon des dotcom de 2000
Comme Zyed Zalila, je considère que la dynamique actuelle de l’IA générative présente tous les signes d’une bulle spéculative : valorisations astronomiques, promesses technologiques irréalistes, absence de modèles économiques solides.
L’histoire récente nous rappelle celle de la bulle des dotcom en 2000 : une période où l’euphorie autour d’Internet a conduit à des investissements massifs, souvent sans véritable produit ni rentabilité, avant un éclatement brutal.
Si la bulle de l’IA générative venait à éclater, le choc pourrait être encore plus systémique, compte tenu de la dépendance accrue des entreprises et des administrations à ces technologies.
Une troisième voie marocaine : raisonnement, souveraineté, inclusion
La voie que je propose pour le Maroc combine :
- La lucidité critique de Gilles Babinet sur les limites des LLM.
- La rupture technologique de mon ami et collègue Zyed Zalila avec XTRACTIS.
- Mon ancrage systémique : aligner la technologie sur notre souveraineté numérique, nos priorités économiques, nos langues, nos patrimoines et l’inclusion sociale.
En clair, il s’agit d’adapter et de développer au Maroc une IA raisonneuse inspirée des systèmes experts, modernisée par les méthodes floues et hybrides, et déployée dans les secteurs critiques pour soutenir notre développement national.
Un choix stratégique et géopolitique
Le Maroc ne peut pas se permettre de rester simple consommateur de solutions IA étrangères.
Nous devons bâtir un modèle :
- Autonome technologiquement.
- Aligné avec nos priorités nationales et nos valeurs.
- Exportable vers l’Afrique et le monde arabe, pour peser dans le Sud global.
En faisant ce choix, nous pouvons créer une IA qui ne soit pas seulement performante, mais juste, explicable et souveraine, et qui serve véritablement l’avenir de notre pays.