Science & tech
Entrée de la biotechnologie et de l’Internet médical dans le champ de la cyberguerre - Par Dr Anwar Cherkaoui
Des scénarios inquiétants circulent autour de l’utilisation possible d’objets médicaux connectés dans les opérations de renseignement qui ont visé des responsables de haut niveau en Iran
À l’heure où les tensions géopolitiques s’intensifient au Moyen-Orient, un nouveau front technologique semble émerger à la croisée de la médecine, de la cybersécurité et du renseignement stratégique. Selon certains analystes et sources médiatiques internationales, la surveillance technologique autour des dirigeants iraniens aurait atteint un niveau inédit, combinant dispositifs médicaux connectés, collecte de données physiologiques et piratage des systèmes de caméras déployés à Téhéran pour suivre les déplacements et la sécurité du guide suprême Ali Khamenei et de ses proches collaborateurs. Dans ce contexte, la biotechnologie et l’Internet médical pourraient devenir de nouveaux terrains de la cyberguerre contemporaine, où le corps humain, ses données et ses dispositifs médicaux entrent potentiellement dans l’arsenal du renseignement stratégique.

Dr Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Les dispositifs médicaux connectés portée par les hauts dignitaires iraniens seraient des outils de surveillance… voire des instruments de guerre invisible des USA contre l’Iran.
Dans un monde où la technologie médicale sauve chaque jour des millions de vies, une question troublante commence à émerger dans certains cercles géopolitiques et technologiques : et si les dispositifs médicaux connectés pouvaient aussi devenir des outils de surveillance… voire des instruments de guerre invisible ?
Selon des informations évoquées dans certains médias internationaux, dont le The Wall Street Journal et des sources diplomatiques britanniques citées par plusieurs analystes, des scénarios inquiétants circulent autour de l’utilisation possible d’objets médicaux connectés dans les opérations de renseignement qui ont visé des responsables de haut niveau en Iran.
Ces hypothèses, difficiles à vérifier pour le moment, illustrent toutefois une évolution profonde : l’entrée possible de la biotechnologie et de l’Internet médical dans le champ de la cyberguerre.
La vulnérabilité biologique, une faille stratégique
Les dispositifs médicaux connectés — pacemakers, pompes à insuline, implants cochléaires ou moniteurs cardiaques — appartiennent à ce que les spécialistes appellent aujourd’hui l’Internet des objets médicaux connectés (IoMT).
Leur fonction première est évidemment thérapeutique : surveiller en continu des paramètres vitaux et transmettre des données aux médecins pour améliorer la prise en charge des patients.
Mais cette connectivité permanente crée aussi une nouvelle vulnérabilité potentielle.
Ces appareils émettent des signaux radio, parfois via Bluetooth ou d’autres protocoles de communication.
Théoriquement, ces signaux pourraient être détectés, interceptés ou analysés.
Dans certains scénarios évoqués par des experts en cybersécurité, cette « signature électronique biologique » pourrait permettre d’identifier ou de localiser une personne spécifique équipée d’un dispositif médical.
La traque technologique à très haute altitude
Les récits les plus spectaculaires évoquent l’utilisation de drones furtifs capables de scanner l’environnement électromagnétique à grande altitude.
Ces plateformes pourraient analyser d’innombrables signaux radio pour tenter d’identifier des signatures spécifiques.
Grâce à des algorithmes avancés d’analyse de données, certains spécialistes imaginent qu’il serait possible d’isoler un signal particulier parmi des milliers d’autres, notamment celui émis par un dispositif médical implanté.
Dans un tel scénario, le corps humain lui-même deviendrait une sorte de balise involontaire.
Les données physiologiques deviennent un renseignement
L’autre inquiétude concerne la sécurité informatique des infrastructures qui gèrent ces dispositifs médicaux.
Les fabricants stockent souvent les données physiologiques des patients sur des serveurs sécurisés afin que les médecins puissent suivre l’évolution des paramètres vitaux à distance.
Des spécialistes de cybersécurité alertent depuis plusieurs années sur la nécessité de renforcer la protection de ces bases de données.
Car si ces systèmes étaient piratés, des informations extrêmement sensibles pourraient être accessibles : rythme cardiaque, activité physiologique, état de santé ou localisation approximative.
Dans les scénarios les plus extrêmes évoqués dans certains milieux stratégiques, ces données pourraient théoriquement servir d’indicateur pour déclencher une opération militaire ou une action ciblée.
Entre science, fiction et réalité technologique
Pour de nombreux experts, il est important de rester prudent. Aucune preuve publique solide ne confirme aujourd’hui l’utilisation opérationnelle de dispositifs médicaux connectés pour des assassinats ciblés par les États-Unis ou par tout autre État.
Cependant, la question de la cybersécurité des implants médicaux est bien réelle et fait déjà l’objet de recherches et de réglementations dans plusieurs pays.
Des chercheurs ont démontré dans des laboratoires qu’il était possible, dans certaines conditions, de pirater des dispositifs médicaux mal protégés.
Ces travaux ont conduit les autorités sanitaires et les fabricants à renforcer progressivement les systèmes de cryptage et de protection.
La grande question de la médecine connectée
L’essor de la santé numérique transforme profondément la médecine moderne.
Les objets médicaux connectés permettent un suivi continu des patients, réduisent les hospitalisations et améliorent la qualité de vie de nombreuses personnes souffrant de maladies chroniques.
Mais cette révolution technologique pose aussi une question essentielle : jusqu’où la connectivité doit-elle aller lorsque la technologie est implantée directement dans le corps humain ?
Dans un monde où les données biologiques circulent à travers les réseaux numériques, la sécurité ne concerne plus seulement les ordinateurs ou les téléphones.
Elle touche désormais le cœur même de notre physiologie.
Et c’est peut-être là que se joue l’un des grands défis médicaux et éthiques du XXIᵉ siècle.