X-59 : le pari de la NASA pour réinventer le supersonique après le Concorde

X-59 : le pari de la NASA pour réinventer le supersonique après le Concorde

Dans le couloir de son objectif de permettre les voyages supersoniques commerciaux, l'agence spatiale américaine NASA avait dévoilé en janvier 2024 son nouvel avion supersonique silencieux conçu pour le transport aérien.

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Un demi-siècle après le Concorde, la NASA dévoile le X-59 QueSST, un démonstrateur technologique destiné à faire taire le mur du son. Cet appareil expérimental pourrait rouvrir la voie au transport supersonique civil, interdit au-dessus des terres depuis les années 1970.

Le rêve supersonique, interrompu trop tôt

Lorsque le Concorde franco-britannique entrait en service en 1976, il incarnait le futur de l’aviation : franchir l’Atlantique en trois heures et demie, voler à deux fois la vitesse du son, relier Paris ou Londres à New York comme on prendrait un train rapide. Mais ce rêve technologique n’a jamais atteint la rentabilité commerciale et sa fin a été tragiquement précipité par un accident stupide comme le sont souvent les accidents.

Le Concorde, limité à une centaine de passagers, était bruyant, gourmand en carburant et contraint de voler supersonique seulement au-dessus de l’océan. En cause : le bang supersonique, ce fracas assourdissant provoqué par les ondes de choc, qui interdisait son usage au-dessus des zones habitées. Après 27 ans de service et l’accident de juillet 2000, le dernier Concorde s’est posé en 2003, emportant avec lui une légende et une désillusion.

Le X-59, un « silencieux supersonique »

C’est précisément ce problème que la NASA entend résoudre avec le X-59 QueSST (Quiet SuperSonic Technology). Construit par Lockheed Martin Skunk Works, cet appareil expérimental ne transporte pas pour l’instant de passagers : il est conçu comme un laboratoire volant pour prouver que l’on peut franchir le mur du son sans provoquer d’explosion sonore.
Avec son fuselage très allongé, son nez de dix mètres et son moteur placé au-dessus du fuselage, le X-59 redessine la répartition des ondes de choc. Résultat attendu : un bruit équivalent à un simple « thump », comparable à une portière qui claque, et non à une détonation. Ce design inédit doit convaincre les régulateurs internationaux que le supersonique n’est plus synonyme de nuisances.

Performances et missions

Le X-59 est conçu pour voler à environ Mach 1,4 (1 510 km/h) à 16 800 mètres d’altitude. Bien moins rapide que le Concorde (Mach 2), il reste assez rapide pour diviser par deux le temps de trajets long-courriers.

Son premier vol est prévu d’ici la fin de 2025, suivi de campagnes d’essais au-dessus de zones habitées aux États-Unis dès 2026. La NASA recueillera les impressions des riverains afin d’évaluer la tolérance sociale à ce nouveau bruit atténué. Ces données seront ensuite transmises à la Federal Aviation Administration (FAA) et à l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dans l’espoir d’adapter les règles interdisant aujourd’hui le supersonique au-dessus des terres.

Concorde vs X-59 : deux visions, deux époques

La comparaison s’impose :

  • Concorde : avion commercial opérationnel, Mach 2, 100 passagers, prestige mais déficit chronique, limité aux routes transatlantiques.
  • X-59 : démonstrateur expérimental, Mach 1,4, aucun passager, mission scientifique et politique avant tout : prouver que le supersonique peut devenir acceptable.

Là où le Concorde symbolisait l’audace technologique et l’élitisme du voyage aérien, le X-59 se veut l’instrument d’une normalisation du vol rapide. Si le projet aboutit, il pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’avions supersoniques commerciaux, développés par des acteurs privés, capables de relier Paris à Montréal ou Tokyo à Sydney sans contraintes réglementaires.

Une renaissance du supersonique ?

Le Concorde a marqué l’imaginaire collectif mais a échoué économiquement. Le X-59, lui, ne promet pas de billets d’avion dans l’immédiat : il prépare le terrain pour l’industrie du futur. Plusieurs start-up américaines et européennes travaillent déjà à des avions civils supersoniques de petite ou moyenne capacité.

Reste à savoir si la promesse d’un supersonique silencieux convaincra le public et les régulateurs, dans un monde préoccupé par les émissions carbone et la durabilité. L’avion de la NASA ne résout pas la question environnementale, mais il vise à lever le verrou acoustique.

Un héritage et un pari

En un sens, le X-59 est bien l’héritier du Concorde : il s’attaque au même défi, celui de réduire les distances à l’échelle planétaire. Mais il le fait avec une méthode inverse : plutôt que de séduire les voyageurs, il cherche d’abord à convaincre les législateurs. Si la démonstration réussit, le supersonique pourrait faire son retour dans le ciel au cours de la prochaine décennie. Avec une différence de taille : cette fois, le rêve pourrait être partagé par tous, sans faire trembler les fenêtres au sol.

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