El Othmani, Trump, Macron et le Corniaud…

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Confinement, jour 22 – Troisième séquence.

Scène surréaliste et entièrement reconstituée. Mais à prendre au mot la circulaire du chef du gouvernement aux ministres de son cabinet, elle se présente comme plausible. Les syndicats les plus représentatifs du secteur public, dont la raison d’être est de revendiquer auprès du chef du gouvernement des augmentations salariales vont le voir pour exiger le prélèvement sur les mensualités de leurs syndiqués de trois jours de salaire.

Ils ne veulent pas être en reste de l’élan de solidarité nationale dans la lutte contre le coronavirus.

Le chef du gouvernement dont le reflexe premier est de toujours refuser toute augmentation au nom des équilibres macro-économiques, signe et persiste à contre sens dans son reflexe : il refuse le prélèvement. Son refus prend la forme de l’hésitation. En vérité, il doit en référer. Au cas où, sait-on jamais, pareille décision engendrerait quelque mécontentement dont il aurait à subir les conséquences. Son bon sens paysan lui dicte de ne pas monter au figuier goûter aux figues de peur que, enfin vous connaissez l’histoire.

Il n’a aucune envie de déguster, Saâdeddine El Othmani. Nous non plus.

Finalement ce sera trois jours de salaire étalés sur trois mois. C’est la bonne vieille recette machiavélique, diviser pour mieux (faire) régner la cohésion. C’est ça la force du coronavirus, contraindre tous à un jeu de rôle, les obliger à la prudence. C’est pourtant celle-ci qui va faire défaut au chef du gouvernement quelques heures avant que le coronavirus ne devienne officiellement le compagnon de nos grises journées et l’intime interlocuteur de nos nuits blanches. Qui ne se souvient de Saâdeddine El Othmani, à la toute première conférence de presse au ministère de la santé, tout rire ou tout sourire - avec lui on ne sait jamais s’il rit, s’il sourit ou quand il grimace - invitant les Marocains à ne rien changer de leurs habitudes, à continuer de vivre comme si de rien n’était, à persévérer dans les péchés capitaux. 

Selon mes informations, comme le coronavirus, le proverbe qui résume bien la situation est chinois : « Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire. » Sans jamais vraiment y arriver.

Au cas où ça pourrait le consoler, notre chef du gouvernement n’est pas le seul abonné aux bêtises coronavirusiennes. Il y y a même de la bonne et belle compagnie. Donald Trump himself. L’homme le plus fort du monde, le chef de la plus grande puissance de tous les temps, le patron de services de renseignement qui ont retenu dans leur rapport sur Comment sera le monde en 2025, le scénario fort probable d’une pandémie incontrôlable, prophétisait que tout cela sera fini fin mars.  On est le 16 avril (jour où j’écris) et tout ce que l’on voit, des Etats Unis qui comptent leurs morts par milliers, l’hôte de la Maison Blanche et les gouverneurs des Etats qui s’étrillent sur déconfiner ou continuer dans le confinement, le président qui demande de libérer des Démocrates les Eats de l’Union gouvernés par des Démocrates. 

Si je ne craignais pas les jeux de mots faciles, j’aurais dit tout cela confine à l’absurde.

Mais si Saâdeddine El Othmani trouve la compagnie de Trump trop happy few pour lui, il peut toujours se rabattre sur les femmes et les hommes d’Emmanuel Macron. A la condition sine qua non qu’il soit vacciné contre la suffisance.

Le jour même où le président de la Métropole et des territoires et départements d’Outre Hexagone s’apprêtait à discourir pour annoncer le début du commencement du déconfinement - le 11 mai, a-t-il avancé - j’ai reçu une vidéo donnant le chapelet des séquences où les responsables français ont raté l’occasion de tourner leur langue sept fois avant de proférer.

Florilège d’un montage espiègle : 

Le coronavirus n’avait pas encore atteint la France. Un Je-ne-sais-qui, mais apparemment une autorité en quelque chose, assurant plein d’assurance : « il pourrait y avoir un cas, mais je pense qu’on va très rapidement le contenir. Il ne va pas y avoir d’épidémie en France, parce qu’on est justement préparés ». Jaillit dans un éclat de rire inimitable un Gérard Depardieu pas encore en surcharge pondérale.

Suit une autre autorité, médicale vraisemblablement parce qu’en blouse blanche. Sur le synthé on peut clairement lire : « 423 cas contaminés en France, 7 décès ». Sans y faire attention, elle franchit le Mur de Çon tel que seul Le Canard Enchainé pouvait l’imaginer : « C’est une infection réellement bénigne, on est parfaitement organisés dans le système hospitalier » qu’elle dit. Surgit la scène culte d’Un Diner de cons où Francis Huster est pris d’un fou rire devant un Thierry Lhermitte le regard furieux devant le burlesque de ses affres conjugales.

Dans le même registre, mais une gamme au-dessous, défile la porte-parole du gouvernement. Impayable dans son rôle. Sur un ton qui ne souffre pas la contestation elle assène : « on ne va pas fermer les écoles, comme quand on a une épidémie de grippe en France on ne ferme pas toutes les écoles de la France ». Au festival de Cannes, elle aurait remporté une palme de quelque chose qui reste à définir. Pour cette fois elle doit se satisfaire du double rire mythique et contagieux de Louis De Funès et Bourvil dans le Corniaud.

Vient ensuite le tour du ponte cathodique de la médecine française, Michel Simes, deux boutons ouverts, si beau, si serein, si sûr, si certain qu’il en est rassurant : « c’est un virus de plus, c’est comme on dit souvent une forme de grippe, je ne suis pas très inquiet… » La claque de Jean-Paul Belmondo à un jeune prétentieux qu’il envoie se rafraichir les idées dans une belle piscine le rate de peu. C’est une séquence que le monteur de la vidéo a réservée à un autre personnage. Michel Simes, lui, doit se contenter d’un second rôle qui donne la réplique à Depardieu : « Qu’est-ce que c’est que ce mec, d’où il sort ? »  

Et ainsi de suite. Comme dans ce beau monde il n’y a personne pour en racheter l’autre, passeront d’une même cuvée la ministre démissionnaire de la santé, le ministre de l’enseignement et quelques autres spécimens. Songeurs, on se prend la tête dans les mains se disant, ils ont tout de même de le la chance que le ridicule n’est pas dans la fourmillante famille des coronavirus un proche parent du SARS-CoV- 2.

Vidéo   

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