Sport
Fouzi Lekjaa, la rançon du succès - Par Hatim Betioui
Érigeant en politique d’Etat la célèbre réplique de la pièce Le Barbier de Séville de Beaumarchais, ‘’calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose’’, les médias algériens ont affirmé sans vergogne que les autorités américaines lui avaient refusé un visa d’entrée sur leur territoire pour assister aux matchs de la sélection marocaine lors de la Coupe du monde.
À travers la figure de Fouzi Lekjaa, Hatim Betioui s’interroge sur les réactions suscitées par les succès récents du football marocain. Il pointe les campagnes médiatiques dont fait l’objet le président de la Fédération royale marocaine de football comme la traduction moins d’une critique de son action que d’une difficulté à accepter l’ascension sportive et institutionnelle du Maroc sur les scènes africaine et mondiale.

Hatim Betioui
Il est à la fois risible et affligeant de voir les médias d’un État s’accrocher à la diffusion de fausses informations dans le seul but de satisfaire des fantasmes devenus ataviques et obsessionnels, dans des esprits troublés et des âmes malades. Il est tout aussi regrettable de constater que le football, sport censé promouvoir la paix et ouvrir des espaces de dialogue entre les peuples, soit instrumentalisé à des fins politiques médiocres.
Une rumeur démentie par les faits
Le dernier exemple en date de cette dérive médiatique, dont l’unique objectif semble être de nuire à un pays voisin et de déverser des sentiments inutiles de haine et de rancœur, est l’information relayée récemment par plusieurs médias algériens au sujet de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football. Érigeant en politique d’Etat la célèbre réplique de la pièce Le Barbier de Séville de Beaumarchais ‘’calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose’’, ils ont affirmé que les autorités américaines lui avaient refusé un visa d’entrée sur leur territoire pour assister aux matchs de la sélection marocaine lors de la Coupe du monde. Une allégation d’autant plus surprenante que Lekjaa est également ministre délégué chargé du Budget au sein du gouvernement d’Aziz Akhannouch et membre du Conseil de la Fédération internationale de football (FIFA).
L’ironie de l’histoire est que Fouzi Lekjaa a bel et bien assisté à la rencontre opposant le Maroc au Brésil, au cours de laquelle les Lions de l’Atlas ont fait jeu égal avec la mythique Seleção, quintuple champion du monde. Il est même apparu dans les tribunes aux côtés du maire de New York, Zohran Mamdani, ainsi que du président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe.
Une figure devenue incontournable
Depuis son accession à la présidence de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa est devenu une véritable obsession pour une partie des médias algériens. Sous sa présidence de la FRMF, le football marocain a atteint un niveau de réussite inédit, couronné notamment par l’exploit historique de la sélection nationale, demi-finaliste de la Coupe du monde Qatar 2022 cependant que les U20 devenaient en 2025 au Chili champions du monde de leur catégorie. Une réussite qui s’inscrit dans une vision portée au plus haut niveau de l’État et visant à faire du Maroc un modèle inspirant dans l’univers du football.
Je ne connais pas personnellement M. Lekjaa et n’entretiens avec lui aucune relation particulière, même si nous avons des connaissances communes. Mais le suivi attentif de son parcours permet de comprendre les raisons de l’hostilité médiatique dont il fait régulièrement l’objet.
Au cours des dernières années, il est devenu l’une des personnalités sportives marocaines les plus ciblées par une large partie de la presse algérienne. Cette campagne coïncide avec l’ascension du football marocain sur les scènes continentale et internationale, ainsi qu’avec le renforcement de l’influence du Royaume au sein des instances sportives africaines et mondiales. Les considérations sportives se sont ainsi mêlées aux tensions politiques persistantes entre le Maroc et l’Algérie, notamment autour de la question du Sahara et du soutien algérien au Front Polisario.
Depuis 2021, certains médias algériens présentent Fouzi Lekjaa comme l’architecte de l’influence marocaine dans les rouages de la Confédération africaine de football (CAF). Sans jamais apporter de preuves tangibles, ils l’accusent d’orienter les décisions de l’instance continentale au profit du Maroc et au détriment de la sélection algérienne.
Mais les accusations sont allées encore plus loin. En 2024, une chaîne publique algérienne a diffusé un reportage affirmant que Lekjaa utilisait le logiciel Pegasus pour espionner les responsables de la CAF et manipuler leurs décisions. Une mise en scène qui le transformait quasiment en « Bond, James Bond » du football africain.
Les résultats comme réponse
Depuis son arrivée à la tête de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, porté par une vision claire et en cohérence avec les orientations du Roi Mohammed VI dans ce domaine, a profondément transformé le paysage du football national. Il a contribué à l’obtention par le Maroc de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2026, participé au succès de la candidature conjointe du Royaume avec l’Espagne et le Portugal pour la Coupe du monde 2030, renforcé la présence marocaine au sein de la CAF et de la FIFA, tout en favorisant le développement des infrastructures sportives et la création d’académies de formation.
À chaque nouveau succès marocain, les attaques visant celui que beaucoup considèrent comme l’architecte de la renaissance du football national se multiplient. Pourtant, l’intéressé a toujours évité les polémiques stériles. À plusieurs reprises, dans un discours mesuré et serein, il a rappelé que la place occupée aujourd’hui par le Maroc dans les institutions sportives internationales repose avant tout sur son histoire footballistique, sur ses investissements dans les infrastructures et sur sa politique de formation.
Fouzi Lekjaa sait poursuivre sa route vers des objectifs qui ambitionnent de faire du football marocain une puissance douce capable d’inspirer la jeunesse du Maroc et du monde, tout en incarnant l’espoir de l’Afrique et du monde arabe dans le domaine sportif. Il sait également que les critiques, qu’elles viennent d’adversaires ou parfois d’alliés, constituent le prix à payer pour la réussite, l’excellence et l’accomplissement.
Les opinions peuvent diverger sur sa méthode de gestion ou son style de gouvernance. Mais les chiffres et les réalisations demeurent plus éloquents que toutes les accusations et toutes les campagnes médiatiques. Le Maroc est aujourd’hui devenu un acteur incontournable du football africain et mondial. Dès lors, il n’est guère surprenant qu’un succès d’une telle ampleur suscite un niveau équivalent de critiques et de contestations. Ce qui demeure cependant dans la mémoire des peuples, ce n’est pas le bruit éphémère des polémiques, mais les résultats concrets et les réalisations qui marquent l’histoire.