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Le poids des confédérations au sein de la FIFA : l’Europe et l’Afrique au cœur du rapport de forces – Par Hassan Zakariaa
Le président de la FIFA, Gianni Infantino (à gauche), et le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe (à droite), s'entretiennent avant le match des 32es de finale de la Coupe du monde 2026 opposant l'Afrique du Sud au Canada, au Los Angeles Stadium d'Inglewood, le 28 juin 2026. (Photo de PATRICK T. FALLON / AFP)
Déterminées à obtenir le départ de Gianni Infantino de la présidence de la FIFA, l’UEFA, la Concacaf et l’AFC ont appelé lundi la « famille du football » à se rassembler autour d’une exigence de leur cabale contre Infantino. Si l’opération de déstabilisation initiée par l’UE soutenue par l’UE pour. Conserver sa domination sur les recettes du football mondial, les trois confédérations devraient convaincre fédération par fédération de se rallier à leur volonté de faire tomber l’actuel président de la FIFA. Ce qui est encore loin d’être gagné.
Par Hassan Zakariaa
Une offensive politique assumée
Dans une lettre ouverte commune, l’UEFA, la Concacaf et l’AFC affirment que le football « n’appartient à aucun individu » et que le pouvoir au sein de ses institutions doit rester un « devoir de service envers la famille du football ».
Sans nommer directement Gianni Infantino, les trois confédérations estiment que lorsqu’un dirigeant « se place au-dessus du collectif qui lui a confié l’autorité », il abandonne ce devoir.
La démarche intervient alors que le président de la FIFA, encore récemment donné favori pour une réélection le 18 mars 2027 à Rabat, tente de surmonter la crise provoquée par un projet de société commerciale préparé sans concertation et finalement abandonné.
Des excuses jugées insuffisantes
La lettre adressée la semaine dernière par la FIFA à ses 211 fédérations, dans laquelle l’instance reconnaissait des « erreurs », n’a pas convaincu les trois confédérations frondeuses.
Selon elles, le problème ne se limite pas à une faute de procédure. Le projet de céder une participation dans la Coupe du monde constitue, à leurs yeux, « une grave défaillance de jugement » et une « rupture fondamentale de confiance » envers les institutions que la FIFA est censée servir.
Elles critiquent également la réunion d’urgence organisée à Rabat, où la FIFA et son secrétaire général Mattias Grafström ont réaffirmé leur soutien à Infantino. Les signataires dénoncent « du silence là où il devrait y avoir des responsabilités » et « de la distance là où il devrait y avoir de la transparence ».
Rassurer les fédérations hésitantes
L’UEFA, la Concacaf et l’AFC cherchent parallèlement à convaincre les nombreuses fédérations restées silencieuses. Elles assurent que leur combat « ne porte pas sur l’argent » et réaffirment leur soutien à une redistribution responsable des importantes réserves financières de la FIFA.
Elles précisent également ne pas vouloir remettre en cause l’élargissement des compétitions, les dotations de la Coupe du monde ni les décisions prises collectivement.
Sur le papier, les trois confédérations disposent d’un poids électoral considérable. Mais cette force reste théorique : aucune discipline de vote n’est garantie. Le Mexique a déjà réaffirmé son soutien à Infantino, tandis que plusieurs fédérations asiatiques, dont le Qatar, le Koweït, le Liban, l’Indonésie ou encore les Philippines, se sont également rangées derrière le président de la FIFA.
La bataille qui s’ouvre est donc moins arithmétique que politique : elle se jouera dans la capacité de chaque camp à rallier les fédérations encore indécises.
Avec 211 associations membres disposant chacune d’une voix au Congrès de la FIFA, l’équilibre électoral de l’instance mondiale du football repose largement sur le poids numérique des six confédérations continentales. L’UEFA et la CAF dominent ce rapport de forces, tandis que l’AFC et la Concacaf constituent également des ensembles électoraux déterminants lors des grandes décisions et des élections à la présidence de la FIFA.
Une association, une voix
Le fonctionnement du Congrès de la FIFA repose sur un principe fondamental : chaque association membre dispose d’une voix, quelle que soit la taille de son pays, sa population, son poids économique ou son importance footballistique.
Sur les 211 voix composant le corps électoral mondial, l’Europe occupe la première place. L’UEFA compte 55 fédérations membres de la FIFA, soit 55 voix et environ 26,1 % du total.
La Confédération africaine de football, la CAF, suit de très près avec 54 associations membres de la FIFA. Elle représente ainsi 54 voix, soit 25,6 % du corps électoral.
À elles seules, l’UEFA et la CAF totalisent donc 109 voix sur 211, soit environ 51,7 % des suffrages potentiels au Congrès de la FIFA.
L’AFC, troisième force électorale
La Confédération asiatique de football, l’AFC, compte 47 associations au sein de sa propre organisation, mais 46 seulement sont membres de la FIFA et disposent donc d’une voix au Congrès mondial.
Avec 46 voix, l’Asie représente environ 21,8 % du corps électoral de la FIFA. Elle constitue ainsi la troisième confédération en termes de poids électoral, derrière l’UEFA et la CAF.
En additionnant les voix de l’Europe et de l’Asie, on obtient déjà 101 voix. Mais c’est surtout l’addition de l’UEFA, de la CAF et de l’AFC qui révèle l’ampleur de leur influence : ces trois confédérations rassemblent 155 voix sur 211, soit près de 73,5 % du corps électoral.
La Concacaf : 35 voix FIFA
La situation de la Concacaf mérite également une précision. La confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes compte 41 associations dans son organisation, mais toutes ne sont pas membres de la FIFA.
Seules 35 disposent d’une voix au Congrès de la FIFA. La Concacaf représente ainsi 16,6 % des 211 suffrages.
L’UEFA, la CAF, l’AFC et la Concacaf totalisent ensemble 190 voix, soit environ 90 % de l’ensemble du corps électoral de la FIFA.
Ce chiffre illustre à lui seul le poids considérable de ces quatre confédérations dans toute élection ou décision nécessitant une majorité importante.
CONMEBOL et OFC, des blocs plus réduits
La Confédération sud-américaine de football, la CONMEBOL, est la plus petite des grandes confédérations en nombre de fédérations. Elle regroupe dix associations membres de la FIFA, soit dix voix et environ 4,7 % du total.
L’Océanie dispose pour sa part de 11 associations membres de la FIFA. L’OFC représente donc 11 voix, soit environ 5,2 % du corps électoral.
La répartition complète est ainsi la suivante : 55 voix pour l’UEFA, 54 pour la CAF, 46 pour l’AFC, 35 pour la Concacaf, 11 pour l’OFC et 10 pour la CONMEBOL.
Au total, ces six confédérations regroupent les 211 associations membres de la FIFA.
Un poids théorique, pas nécessairement un vote de bloc
Ces données permettent de mesurer la capacité d’influence potentielle de chaque continent, notamment lors de l’élection du président de la FIFA ou des décisions stratégiques soumises au Congrès.
Il s’agit du poids théorique si toutes les fédérations d’une confédération votent de manière identique. Dans la pratique, les confédérations ne votent pas nécessairement en bloc.
Chaque fédération conserve en effet sa voix et peut voter indépendamment des orientations exprimées par sa confédération. Des alliances transcontinentales, des considérations nationales ou des accords entre dirigeants peuvent donc modifier profondément les rapports de forces apparents.
La CAF presque au niveau de l’UEFA
La comparaison entre l’Europe et l’Afrique est particulièrement significative. Avec 55 voix pour l’UEFA et 54 pour la CAF, les deux confédérations sont pratiquement à égalité sur le plan strictement électoral.
La différence n’est que d’une voix.
L’Afrique représente ainsi plus du quart du Congrès de la FIFA. Aucun candidat à la présidence de l’organisation ne peut raisonnablement négliger un ensemble de 54 fédérations, d’autant que la fragmentation éventuelle des autres confédérations peut rendre ce bloc déterminant.
L’Asie, avec ses 46 voix, possède, elle, aussi une capacité d’arbitrage majeure. Quant à la Concacaf, ses 35 voix peuvent faire basculer une majorité lorsqu’elles s’agrègent à celles d’une ou plusieurs autres confédérations.
Le Congrès de la FIFA présente donc un paradoxe : les différences de puissance économique et sportive entre continents sont considérables, mais leur traduction électorale dépend exclusivement du nombre d’associations membres. Dans les urnes de la FIFA, une petite fédération dispose exactement de la même voix qu’une grande puissance du football mondial. Et probablement qu’Infantino va jouer la carte du Sud Global.