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De Ghbila aux scènes de Rabat et Tanger, une rentrée culturelle en mouvement
À Tanger, le Théâtre Riad Sultan prépare la reprise de ses activités après une saison 2025-2026 riche en créations et en rencontres. Son bilan compte 63 événements : 23 concerts, 17 représentations théâtrales, 16 rencontres culturelles, 3 ateliers et 2 projections cinématographiques
Parution d’un ouvrage consacré au futur musée carcéral de l’ancienne prison de Ghbila, lancement de la nouvelle saison du Théâtre National Mohammed V et bilan de 63 événements dressé par le Théâtre Riad Sultan, la vie culturelle reprend à Rabat et Tanger, entre mémoire, création, spiritualité et diversité artistique.
La mémoire carcérale entre au musée
La mémoire des prisons marocaines quitte le silence des murs pour entrer dans le patrimoine. L’ouvrage « Exposer la peine : La prison au prisme du musée », de Yasmine Belmahi, vient de paraître à l’initiative de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion. Publié aux éditions « La boîte à culture », il accompagne la naissance du musée carcéral prévu dans l’ancienne prison de Ghbila.
Le livre rassemble des photographies documentant la mémoire carcérale au Maroc et les composantes de l’espace pénitentiaire. Sa version française présente aussi des objets et créations de détenus : tableaux, maquettes et produits d’artisanat. Ces réalisations montrent que les ateliers artistiques et culturels ne sont pas de simples programmes d’animation, mais remplissent une fonction sociale plus profonde et ouvrent, au cœur de l’enfermement, un espace de création.
Sa couverture représente la porte de Ghbila, l’un des sites carcéraux les plus emblématiques du Maroc. Symbole de clôture, elle devient le seuil d’un lieu de mémoire. Le futur musée marque ainsi le passage d’une mémoire dispersée à une mémoire pensée, structurée et ouverte à l’interprétation et au dialogue.
Des objets devenus témoins
Selon Yasmine Belmahi, le musée respecte les principes fondamentaux du travail muséal : collections originales, pièces rares ou particulières et parcours pédagogique guidant le visiteur. Les objets ne sont plus considérés comme de simples outils fonctionnels. Mis à distance et interrogés, ils deviennent des témoins précieux de l’histoire et de différentes expériences humaines.
Dans son mot de présentation, le Délégué général à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion, Mohamed Salah Tamek, explique : « Le bâtiment de la prison désaffectée, plutôt que d’être abandonné à l’oubli, va accueillir une nouvelle fonction, celle de dire avec toute la charge symbolique liée à son identité première, sans fascination morbide, sans encensement aucun, sans esthétisation de la souffrance, l’histoire du monde carcéral au Maroc. »
Les murs des prisons, ajoute-t-il, « racontent bien plus que l’enfermement et la détention. Ils témoignent des conceptions successives de la peine, de l’autorité, de la dignité, de la réinsertion et de la rédemption. Ils portent les traces des passages des femmes et des hommes qui y furent détenus, mais également de ceux qui y exercèrent, souvent dans l’ombre, leur mission avec exigence : surveillants, médecins, éducateurs ou personnels administratifs. »
Un musée de la société à travers la prison
Mohamed Salah Tamek décrit aussi « un espace profondément humain qui donne voix aux détenus comme aux personnels pénitentiaires, aux parcours individuels comme aux trajectoires collectives, et qui ne se réduit pas simplement à la réhabilitation d’un bâtiment, à la monstration d’objets ou à la reconstitution d’espaces de détention ».
Selon lui, « le musée carcéral ne serait donc pas, en cela, un musée de la prison, mais serait un musée de la société à travers la prison. Faire entrer cet héritage dans le champ du patrimoine, c’est reconnaître que l’histoire des prisons est indissociable de l’histoire des sociétés qui les ont édifiées, c’est refuser de condamner la prison à un double enfermement : celui de ses murs puis celui de notre mémoire ». Des phases conceptuelles et opérationnelles préserveront l’âme du site, dans le geste architectural comme dans les techniques de réhabilitation. Le lieu clos et interdit deviendra un espace de découverte doté d’une forte centralité culturelle dans son environnement urbain.
Le livre déploie cette réflexion à travers neuf thèmes : « Vers un musée carcéral : mémoire, justice et société », « Exposer la peine : un défi mémoriel », « La mémoire carcérale », « Le téléphone : entre lien et contrôle », « La porte : fermer pour contenir », « La cellule, lieu clos, tensions ouvertes », « Le quotidien carcéral : entre travail, soin et humanisation », « Au-delà des murs : la création » et « Le musée carcéral : une ambition en devenir ».
Le Théâtre National Mohammed V retrouve son public
À Rabat, la rentrée se joue aussi sur scène. Le Théâtre National Mohammed V lance sa nouvelle saison en septembre avec une programmation mêlant théâtre, musique, patrimoine et spiritualité. En coproduction avec l’établissement, la troupe « Théâtre Arlequin » présente, mardi 8 septembre, « Qaïd Al Oued », écrite et mise en scène par Omar Jadli, avec Abderrahim El Meniari, Mounia Lamkimel, Jawad El Alami et Hamid Mourchid.
Le 10 septembre, Teresinha Landeiro, nouvelle étoile du fado, montera sur scène pour la 16e édition du Festival du Fado. Organisé sur deux jours sous le thème « Le fado et les quartiers de Lisbonne », ce festival itinérant fait découvrir les rythmes et les grandes figures de cet art à travers 21 étapes annuelles dans de grandes villes d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.
Le samedi 12 septembre au soir, la troupe officielle de la zaouïa Cherkaouia, dirigée par Hadj Mohamed al Ghorf, proposera une soirée de spiritualité au rythme de la louange et de l’écoute. La programmation se poursuivra, les 17 et 18 septembre, avec la 6e édition du Festival « Rabat, Capitale des Lumières de la culture et des arts ». Le Syndicat professionnel marocain des créateurs de la chanson l’organise en partenariat avec le département de la Culture et en collaboration avec le Théâtre National Mohammed V. Placé sous le thème « Festival des grands orchestres », il associera la symphonie du oud à des fragments du patrimoine andalou.
À Tanger, une saison en 63 rendez-vous
À Tanger, le Théâtre Riad Sultan prépare la reprise de ses activités après une saison 2025-2026 riche en créations et en rencontres. Son bilan compte 63 événements : 23 concerts, 17 représentations théâtrales, 16 rencontres culturelles, 3 ateliers et 2 projections cinématographiques. Cette diversité répond à la volonté de proposer une programmation plurielle et accessible à des publics aux intérêts et sensibilités variés.
Les concerts ont ouvert le lieu à différents styles, tandis que les représentations ont confirmé la place des arts vivants. Les rencontres culturelles ont nourri le dialogue entre invités et public. Les ateliers ont favorisé l’apprentissage et la transmission, et les projections ont complété l’offre.
Au-delà des chiffres, le Théâtre Riad Sultan a accueilli artistes, créateurs, professionnels et amateurs d’art. Chaque rendez-vous a renforcé le lien avec le public et encouragé le dialogue entre disciplines, générations et sensibilités.
Un travail collectif et une nouvelle page
Le bilan met en avant le travail collectif des artistes, équipes administratives et techniques, partenaires, collaborateurs et acteurs culturels. Le Théâtre Riad Sultan remercie son public, dont la confiance, la présence et le soutien ont nourri la vitalité du lieu.
Cette saison confirme son engagement en faveur de la création, de la diffusion culturelle et d’une culture ouverte, diversifiée et accessible.
Porté par cette dynamique, le Théâtre Riad Sultan prépare de nouveaux projets, collaborations et rendez-vous artistiques. Après une saison placée sous le signe de la diversité et du partage, il entend continuer à animer la scène culturelle et à contribuer au rayonnement de Tanger.