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Désertification, le pari marocain de la restauration des écosystèmes
Loin d’être une simple avancée des sables du désert, la désertification désigne en réalité la dégradation persistante des écosystèmes arides sous les effets pernicieux du changement climatique et des activités humaines.
Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse, célébrée sous le thème « Pâturages : reconnaître. Respecter. Restaurer », porte l’attention sur l’urgence de préserver les écosystèmes fragilisés par le changement climatique. Au Maroc, la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 », les programmes de reboisement, de conservation des sols et de protection de la biodiversité traduisent une mobilisation croissante face à un phénomène qui menace les ressources naturelles, la sécurité alimentaire et l’équilibre socio-économique des territoires ruraux.
Par Ilias Khalafi – MAP
Rabat - Attisé par la hausse des températures et l’irrégularité des cycles pluviométriques, le fléau de la désertification s’accélère dans de nombreuses régions du globe, frappant de plein fouet les écosystèmes forestiers et les terres arables. Ce péril écologique fragilise les moyens de subsistance des populations rurales, creuse la pauvreté et les inégalités sociales, provoque des pertes économiques et financières pharamineuses, et menace la stabilité socio-économique des communautés les plus vulnérables.
Loin d’être une simple avancée des sables du désert, la désertification désigne en réalité la dégradation persistante des écosystèmes arides sous les effets pernicieux du changement climatique et des activités humaines. D’après les chiffres des Nations unies, une superficie de 100 millions d’hectares de terres saines et productives se dégrade chaque année en raison de la sécheresse et de la désertification, des phénomènes dus principalement à la hausse des températures et à une mauvaise gestion des terres., déclenchant une spirale délétère d’érosion des sols et d’altération de la biodiversité qui fragilisent les économies rurales et compromettent la sécurité alimentaire. Privées de leurs ressources, les populations cèdent à l’exode pour fuir des zones devenues hostiles à toute vie humaine.
Dans ce contexte alarmant, le monde commémore, mercredi, la Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse sous le thème "Pâturages : reconnaître. Respecter. Restaurer", une occasion idoine pour dresser le bilan des actions d’adaptation, tout en sensibilisant l’opinion publique aux risques liés à l’avancée inexorable des sables.
Au Maroc, où les dérèglements climatiques deviennent de plus en plus sévères, les autorités ne lésinent pas sur les moyens. Des stratégies d’envergure sont mises en place pour faire face à ce phénomène, alliant reboisement intensif, préservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles. Ainsi, la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030", portée par l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF), s’articule autour de plusieurs axes, notamment la restauration des écosystèmes forestiers, le renforcement et l’extension du couvert forestier, la protection des sols, ainsi que l’amélioration des conditions de vie des populations rurales.
Le programme national de reforestation poursuit de son coté sa montée en puissance avec l’objectif d’atteindre près de 100.000 hectares reboisés annuellement à l’horizon 2030, en privilégiant les espèces autochtones et adaptées aux conditions climatiques locales. Le programme de conservation des eaux et des sols, a permis, lui, de traiter plus d’un million d’hectares de terrains menacés par la dégradation, selon des données de l’ANEF, contribuant ainsi à la lutte contre l’érosion, à la protection des bassins versants et à l’amélioration de la résilience des écosystèmes.
Dans le cadre du programme de la conservation et la valorisation de la biodiversité, l’actualisation du Plan Directeur des Aires Protégées (PDAP) a permis de prévoir une extension importante des zones à forte valeur écologique, qui passent de 2,5 à plus de 7,6 millions d’hectares. Pour la protection des forêts contre les incendies, le programme marocain se distingue au sein du bassin méditerranéen par l’un des taux les plus faibles de surfaces incendiées, reflétant l’efficacité probante de la démarche proactive.
Parallèlement, le Maroc a mis en œuvre un Plan national de lutte contre la sécheresse reposant sur des mécanismes de prévision, d’alerte précoce, de préparation et de réponse aux épisodes de sécheresse.
Au-delà de ces mesures ambitieuses, la préservation durable des forêts et la lutte contre la désertification ne peuvent être assurées sans l’implication active des populations locales. Il s’agit de les transformer en de véritables partenaires de la préservation et du développement des espaces forestiers.
Abdelali Tahiri, expert en énergies renouvelables et changements climatiques, estime ainsi que "les communautés locales, en tant que détentrices du savoir traditionnel, maîtrisent des techniques ancestrales de gestion de l’eau et des sols qui s’avèrent souvent plus durables et adaptées que les solutions industrielles". L’expert au sein de "Ecology Moroccan Technology", un centre d’études et de recherche spécialisé dans les domaines des énergies renouvelables et de l’ingénierie climatique et environnementale, insiste sur "l’adhésion des populations locales, qui plantent, protègent et entretiennent les écosystèmes au quotidien, et sans laquelle les projets de reboisement courent le risque d’échouer par manque de suivi".
M.Tahiri fait également valoir que les nouvelles technologies peuvent jouer un rôle clé dans la lutte contre l’avancée du sable. Selon lui, l’Intelligence Artificielle (IA) et les technologies spatiales sont des outils très puissants pour cartographier, surveiller et mettre en place des actions adaptées pour protéger le couvert végétal contre la désertification. Soulignant que ces outils performants peuvent assister à la mise en place de projets de reforestation intelligents, il a expliqué que l’utilisation de drones et de capteurs IoT (Internet des objets) permet de gérer l’eau plus efficacement et d’implanter des ceintures vertes ou des barrières végétales adaptées au stress hydrique.
Alors que les stratégies étatiques fixent un cap clair et ambitieux, l’endiguement de la désertification s’apparente à une véritable course contre la montre, nécessitant des synergies efficaces entre les pouvoirs publics, la société civile et les populations locales. Certes, la préservation des sols et du couvert végétal marocain revêt un intérêt environnemental de premier plan, mais il s’érige également en impératif majeur pour garantir la sécurité alimentaire et la stabilité socio-économique des générations futures.